Le doudou, souvent perçu comme un simple objet, occupe une place significative dans le développement émotionnel et l'autonomie de l'enfant. En Occident, le terme "doudou" évoque douceur et tendresse, souvent matérialisé par un tissu ou une peluche. Cet article explore en profondeur le rôle du doudou, en particulier le doudou bleu, dans la gestion de la peur, le développement de l'intelligence émotionnelle, et la transition vers l'autonomie.
Le Doudou : Objet Transitionnel et Premier Pas vers l'Autonomie
Dans les années 50, Donald Winnicott, pédiatre-psychiatre-psychanalyste britannique, a mis en lumière la fonction d’objet transitionnel, expliquant que cet objet permettait à l’enfant de faire le pont entre sa relation « primitive » au sein maternel, et le monde extérieur. Pour lui, tout enfant normalement constitué ne pouvait se passer d’un objet transitionnel.
Qu’est-ce qu’un objet transitionnel ?
Le concept s’est depuis largement vulgarisé. Aujourd’hui, d’après la définition la plus communément répandue, l’objet transitionnel servirait à rassurer le bébé lorsque ses parents, et notamment sa mère, ne sont pas là. Pour la pédopsychiatre Marie-Pierre Blondel, un enfant qui utilise un objet transitionnel, débute avant tout sa vie intra - psychique. « L’objet transitionnel va lui permettre de créer un espace intermédiaire pour créer, penser, imaginer », assure-t-elle. L’objet-doudou est le témoin de cet espace transitionnel qui s’organise. Typiquement, on observe des temps de rêverie lorsque le petit tient son objet transitionnel, concentré sur lui-même, les yeux dans le vague. Si certains spécialistes avancent que l’objet transitionnel fait son apparition autour de l’âge de 8 mois, Marie-Pierre Blondel affirme qu’il est difficile de déterminer un moment où l’enfant ferait usage de son doudou comme d’un objet transitionnel. Selon elle, l’objet transitionnel peut faire son apparition plus tôt, dès l’âge de 3 mois. Ainsi, un enfant peut utiliser un doudou comme objet transitionnel à la crèche bien plus tôt qu’on ne le croit.
Le Doudou : Pas Toujours un Objet Transitionnel
Contrairement aux idées reçues, le doudou ne joue pas systématiquement le rôle d’objet transitionnel, et ce n’est pas parce qu’il il y a un objet investi dénommé doudou qu’il y a un espace transitionnel. Si on donne le doudou dès que le petit enfant commence à pleurer sans même comprendre la nature de son malaise, ni essayer de le rassurer, alors, il ne pourra pas faire la différence entre ses émotions (la peur, la faim, la douleur, la fatigue…) qui peuvent le faire pleurer. Le doudou ne doit pas non plus se substituer au réconfort par l’adulte. Si l’objet transitionnel permet de supporter l’absence, le « doudou » proposé comme solution à toute situation perd cette fonction, il devient « fétiche », déniant l’absence et le manque. Cet objet fétiche n’aménage pas d’espace créatif dans l’esprit du petit. L’enfant en devient totalement « dépendant », et aura du mal à s’en dégager. Parfois, et c’est regrettable, dans les lieux de vie de l’enfant, le doudou lui est donné (presque toujours couplé à la tétine qui n’est qu’exceptionnellement transitionnelle) automatiquement et systématiquement, sans distinction de la demande.
L’Objet Transitionnel : Supporter l’Absence de la Mère
On parle d’objet transitionnel car ce dernier est un objet trouvé (il vient du monde extérieur), et en même temps créé (c’est la manière dont l’enfant l’investit qui compte). Ce processus aboutira ensuite à « l’internalisation de l’objet (c’est-à-dire des images parentales) », explique le Dr Blondel. Le doudou, s’il est un vrai objet transitionnel, est à la fois « le prolongement de la mère, mais aussi un peu du bébé lui-même », note la Suzanne Vallières, psychologue. Son odeur est très importante car elle rappelle au bébé de bons moments dans son environnement sécurisant. Au fur et à mesure, le doudou aide l’enfant à se dégager du besoin de sa mère, car il est le garant de la permanence de l’objet.
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Le Professionnel Face à l’Objet Transitionnel
Les professionnels s’interrogent aujourd’hui sur la nécessité de laisser à libre-disposition le doudou à la crèche. De plus en plus de crèches mettent les doudous à disposition de l’enfant qui sait où le trouver quand il en éprouve le besoin. Certains laissent les doudous au sol, d’autres les mettent dans des boîtes accessibles ou sur demande. Pour Suzanne Vallières, le doudou joue un rôle de premier plan à la crèche et doit donc être mis à disposition de l’enfant. Selon elle, il rend l’enfant plus autonome et fait la transition entre le connu et l’inconnu. Il lui permet de faire le passage entre la maison et la crèche. La psychologue insiste bien sur le fait qu’il ne faut jamais menacer un enfant de lui retirer son doudou, car cela revient à le menacer de lui ôter un prolongement de sa mère et de lui-même.
Le Doudou : Jusqu’à Quel Âge ?
Si le doudou a été utilisé comme un objet transitionnel et non pas comme un objet fétiche, le petit n’aura pas de difficultés à s’en détacher. En règle générale, les enfants commencent à oublier leur doudou vers l’âge de 2 ans. Ils le laissent dans le salon, dans le bac à jouets… Vers l’âge de 3 ans, le doudou n’accompagne souvent plus l’enfant dans son quotidien. Davantage sécure, l’enfant se tourne de plus en plus vers ses petits camarades. Enfin, « si l’enfant a du mal à se détacher de son doudou, on va alors l’encourager à ne l’utiliser que pendant la sieste pour qu’il devienne davantage autonome d’un point de vue affectif », conclut Suzanne Vallières. Il conviendra alors de s’interroger sur la relation parentale et la manière dont le doudou a été investi par l’enfant.
Le Doudou Bleu et la Peur : Un Refuge Émotionnel
Le doudou, en particulier un doudou bleu, peut jouer un rôle crucial dans la gestion de la peur chez l'enfant. La couleur bleue est souvent associée à la tranquillité et à la sécurité, ce qui peut renforcer l'effet réconfortant du doudou.
Couleur Bleue : Symbolisme et Impact Psychologique
Youna, 8 ans et demi, se demande pourquoi on a longtemps dit que le bleu était pour les garçons et le rose pour les filles. Bibia Pavard, historienne, spécialiste en histoire des femmes et du féminisme, lui répond. Bibia Pavard trouve que Youna est très optimiste, car trouver des vêtements ou des jouets roses pour les filles et bleus pour les garçons dans les magasins, c'est encore très courant, mais c’est très contemporain : « Si on remonte dans le temps, ce n'était pas du tout le cas. Par exemple, au début du 19ᵉ siècle, les garçons et les filles, lorsqu'ils étaient petits, étaient habillés de la même façon et tous en blanc, c'était plus simple, car le blanc, ça se lave plus facilement. Et puis surtout, on peut passer les mêmes habits aux différents membres de la fratrie ».
Finalement, si on regarde la couleur bleue qu'on associe aujourd'hui aux garçons, c'était une couleur qui était davantage associée aux filles. Si on prend la fin du 19ᵉ siècle, le bleu, c'était la couleur de Marie, la maman de Jésus, qui porte cette longue robe bleue, tandis que le rouge était une couleur associée au pouvoir, donc plutôt au roi : « C’est intéressant de voir que la signification des couleurs peut évoluer. Aujourd'hui, c'est l'inverse et c'est plutôt après la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1970, qu'on voit cette nouvelle répartition des couleurs : bleu pour les garçons, roses pour les filles ».
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Le bleu est souvent perçu comme une couleur apaisante, favorisant la relaxation et réduisant l'anxiété. Un doudou bleu peut ainsi servir de point d'ancrage pour l'enfant, lui offrant un sentiment de sécurité lorsqu'il est confronté à des situations stressantes ou effrayantes.
Le Doudou : Un Allié Face aux Émotions Déroutantes
Le cerveau des enfants est immature. Ce qui implique qu’ils ont des difficultés à gérer leurs émotions, d’où les tempêtes émotionnelles qu’ils subissent. Mais, nous pouvons les aide à développer leur intelligence émotionnelle. Paul Ekman, le psychologue qui a inspiré la série Lie to me, évoque 6 émotions primaires : la peur, le dégout, la colère, la surprise, la joie et la tristesse. Verbaliser le ressenti permet d’en réduire l’intensité. « J’éprouve de la tristesse », « j’éprouve de la colère ». C’est leur non-satisfaction qui déclenche les émotions. C’est donc la cause qu’il est important de traiter. La lecture est un simulateur d’émotions ! Quand on est humain, il est important de connaître le mécanisme d’une émotion tant il est au centre de nos réactions quotidiennes. Un événement inattendu et non maitrisé intervient au seuil de notre conscience. Ce qui provoque en nous une charge (ou une tension si nous prenons l’analogie à un élastique qui se tendrait). Notre corps réagit à ce stimulus en se tendant (comme un élastique) alors que l’émotion le traverse. Advient la « décharge » qui est un processus naturel à la tension du corps. Il vise à réduire cette tension. Enfin, la dernière étape est la récupération. Ces 4 étapes méritent d’être expliquées aux enfants et aux adultes car elles représentent un outil pour nous permettre de mieux nous connaître et de s’entrainer par exemple à verbaliser notre ressenti plutôt que de taper. Profitez des co-lectures pour aider les enfants à identifier et verbaliser les émotions.
Le doudou est bien plus qu’un simple objet pour votre enfant. Il sert de médiateur face aux émotions parfois déroutantes d’un jeune enfant, réduisant ainsi l’anxiété. Dans ces moments, l'enfant peut se tourner vers ce compagnon familier pour retrouver calme et sérénité, surtout lorsqu'il hésite à se tourner vers un adulte. Le doudou devient souvent un substitut verbal et affectif, facilitant ainsi la communication émotionnelle en toute sécurité et son intelligence émotionnelle.
Le Doudou et l'Autisme : Un Soutien Essentiel en Cas de Crise
La crise autistique est une réaction souvent soudaine et parfois impressionnante subie par un enfant ou un adulte autiste en situation de surcharge sensorielle ou émotionnelle. Quand on dit subie, c’est subie : l’intéressé.e n’a rien décidé et ne contrôle plus rien. Au-delà d’une « réponse » à un contexte donné, il est vraiment important de comprendre qu’il s’agit d’un mécanisme de régulation (involontaire et incontrôlé, on ne le dira jamais assez). L’autrice et illustratrice autiste, Élise Couval en parle ainsi : « C’est ok d’avoir un effondrement, c’est notre fonctionnement. Notre cerveau a trop accumulé, il est saturé et il n’arrive plus à traiter les données. Pour aller bien, on doit vider notre trop plein en pleurant ou en s’énervant. » Autrement dit : ces moments font partie de la vie des personnes atteintes de troubles du spectre de l’autisme (TSA).
Dans ces situations, le doudou est un allié irremplaçable lors des moments délicats. Lors d'un événement stressant, il sert d’ancre émotionnelle. Ce compagnon doux aide à apaiser les angoisses et favorise l’autonomie et le bonheur, ce qui contribue à la construction de leur confiance en soi.
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Choisir et Utiliser le Doudou de Manière Optimale
Le choix du doudou est une étape importante. Il doit être adapté à l'âge de l'enfant et répondre à ses besoins spécifiques.
Critères de Sélection du Doudou
Il est essentiel de choisir un doudou facile à manipuler et éviter tout risque d’étouffement. Les matières doivent être douces et non irritantes, en évitant les éléments trop petits ou plus rugueux. En général, les bébés peuvent commencer à utiliser un doudou dès l’âge de 6 mois, période où ils commencent à saisir et manipuler des objets.
Intégrer le Doudou dans le Quotidien de l'Enfant
Le doudou peut être intégré dans les routines quotidiennes de l'enfant, devenant ainsi un objet de jeu et de réconfort. Il est important de laver régulièrement le doudou, en suivant les instructions de lavage fournies par le fabricant. Si le doudou est en peluche, un lavage à la main peut être préférable pour éviter de l'endommager. Un doudou propre est essentiel, car il est constamment exposé à des germes.
Gérer la Séparation du Doudou
La séparation du doudou peut être une source d'anxiété pour l'enfant. Il est donc important de gérer cette transition en douceur.
Préparer l'Enfant à la Séparation
Pour aider l'enfant à se détacher de son doudou, il est conseillé de réduire progressivement sa présence dans le quotidien. Commencez par limiter son utilisation aux moments de sommeil ou aux situations particulièrement stressantes. Encouragez l'enfant à explorer d'autres sources de réconfort, comme les activités créatives ou les jeux avec ses pairs.
Créer un Espace Sécurisé pour le Doudou
Proposez à l'enfant de créer un espace spécial dédié à ses souvenirs d’enfance, où le doudou pourra reposer en toute sécurité. Expliquez-lui que le doudou sera toujours là pour lui, même s'il n'en a plus besoin au quotidien.
Le Doudou : Un Allié en Cas de Régression
Dans certaines situations, comme lors d'une maladie ou d'un changement important dans la vie de l'enfant (déménagement, arrivée d'un nouveau bébé, etc.), il peut être utile de réintroduire temporairement le doudou. Le doudou peut alors redevenir un allié temporaire, offrant à l'enfant un sentiment de sécurité et de stabilité.
Le "Huggy Wuggy" : Un Contre-Exemple à la Douceur du Doudou
Il est important de noter que tous les personnages en peluche ne sont pas bénéfiques pour les enfants. Le phénomène "Huggy Wuggy" est un exemple de la façon dont un personnage initialement conçu pour être câlin peut devenir une source de peur et d'anxiété.
"Huggy Wuggy" : Un Personnage Troublant
Sorti en 2021, le jeu vidéo d'horreur Poppy Playtime est devenu très populaire sur les réseaux sociaux. Il se déroule dans une usine de jouets et de poupées, et met à l'honneur Huggy Wuggy, une peluche qui, sous ses airs au début inoffensifs, est réellement effrayante. Elle chante notamment des chansons aux paroles qui font grincer des dents : "Fais-moi un câlin / Mes dents vont s’enfoncer si profondément dans tes poumons", 'Veux-tu savoir jusqu’où je suis prêt à aller pour te trouver et commencer à dévorer ton âme", "Je sais où tu te caches, ne sais-tu pas que je te trouverai ? Peu importe où tu vas".
Le phénomène a pris une telle ampleur que les enfants en entendent parler lorsqu'ils peuvent accéder aux plateformes en ligne ou à YouTube sous la surveillance de leurs parents. A 6 ans, François a été traumatisé après avoir vu une vidéo d'Huggy Wuggy, raconte sa maman, Virginie, à Actu.fr. Cauchemars, anxiété… Le petit garçon est, comme de nombreux enfants, victime de troubles psychologiques après avoir vu le monstre bleu. Certains sont même touchés par des troubles du sommeil, des changements de comportement, des ruminations mentales encore de l'agressivité. Comme Virginie, de nombreux parents tirent la sonnette d'alarme sur le phénomène et des écoles, notamment en Belgique, ont banni Huggy Wuggy de la cour de récré.
Les Risques Psychologiques Liés à "Huggy Wuggy"
A son cabinet, elle a vu plusieurs enfants, âgés de 7 à 12 ans, traumatisés. "Huggy devient beaucoup plus dangereux dans la petite enfance lorsque les mécanismes cognitifs des enfants ne leur permettent pas de faire la différence entre la fiction et la réalité. Le personnage lui-même est problématique, explique la psychologue clinicienne Pascaline Bonnet à Actu.fr : "C'est d'autant plus trompeur pour l'enfant : Huggy Wuggy prend l’aspect d’un dessin animé, mais c’est un personnage d’horreur, créé pour faire peur.
Prévention et Communication
"Le plus important est la communication, vérifier si vos enfants ont peur ou s'inquiètent pour ce qu'ils voient ou de ce dont leurs amis parlent. Offrez-leur un espace sûr et soyez très prudent avec l'exposition aux réseaux.
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