L'aménorrhée, définie comme l'absence de menstruations chez une femme en âge de procréer, est un problème de santé féminine courant qui peut susciter inquiétude et incompréhension. Bien qu'elle ne soit pas une maladie en soi, elle indique un déséquilibre hormonal, métabolique ou émotionnel sous-jacent. Cet article explore en profondeur l'aménorrhée liée à la sous-nutrition, en abordant ses causes, ses conséquences et les stratégies pour retrouver un cycle menstruel sain.
Aménorrhée: un symptôme, pas une maladie
L'aménorrhée est classée en deux types principaux :
- Aménorrhée primaire : Absence de règles chez une jeune fille de 16 ans ou plus.
- Aménorrhée secondaire : Arrêt des menstruations pendant plus de trois mois chez une femme qui avait auparavant des cycles réguliers.
L'aménorrhée secondaire est un signal que le corps envoie, indiquant un déséquilibre qui nécessite une attention particulière. Elle peut être transitoire ou persistante, fonctionnelle ou liée à une cause organique.
Les causes de l'aménorrhée liée à la sous-nutrition
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'aménorrhée liée à la sous-nutrition, notamment :
- Disponibilité énergétique insuffisante : Un apport calorique trop faible par rapport à la dépense énergétique, souvent observé chez les athlètes ou les personnes suivant des régimes restrictifs, peut perturber le fonctionnement hormonal normal et entraîner l'arrêt des règles. Le corps, en mode survie, coupe la fonction de reproduction pour économiser de l'énergie.
- Stress physique ou psychologique : Le stress chronique augmente le taux de cortisol, une hormone qui peut inhiber l'hypothalamus, le centre de contrôle du cerveau qui régule le cycle menstruel. Le cortisol peut supprimer la libération de GnRH (hormone de libération des gonadotrophines), réduisant ainsi les niveaux de LH et de FSH, les hormones qui régulent les ovaires, entraînant une absence d'ovulation et donc d'aménorrhée hypothalamique.
- Carences en micronutriments : Un manque de nutriments essentiels tels que les graisses, l'iode, le zinc, le fer et les vitamines B peut perturber la production et la régulation des hormones nécessaires au cycle menstruel. Sans une quantité suffisante de graisses dans l'alimentation, le cholestérol (base de nombreuses hormones) n'est pas fourni en quantité suffisante. L'iode est nécessaire aux hormones thyroïdiennes, qui influencent considérablement le cycle menstruel. La vitamine B6 contribue à la régulation de l'activité hormonale.
- Troubles des conduites alimentaires (TCA) : Les athlètes, en particulier celles pratiquant des sports où la pression pour maintenir un poids bas est forte, peuvent être plus susceptibles de développer des TCA tels que l'anorexie et la boulimie, qui perturbent le fonctionnement hormonal normal et conduisent à l'absence de règles.
Les conséquences de l'aménorrhée
L'aménorrhée prolongée peut avoir des conséquences néfastes sur la santé, notamment :
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- Ostéoporose : L'absence d'œstrogènes, une hormone essentielle au maintien de la densité osseuse, peut entraîner une ostéopénie (début de la détérioration des os) et, à terme, une ostéoporose, augmentant le risque de fractures.
- Problèmes cardiovasculaires : L'œstrogène joue également un rôle dans la santé cardiaque, et son absence peut augmenter le risque de maladies cardiovasculaires.
- Infertilité : L'aménorrhée peut être un facteur d'infertilité féminine, bien que la plupart des femmes retrouvent un système de reproduction fonctionnel après avoir surmonté leurs troubles alimentaires.
Stratégies pour retrouver un cycle menstruel sain
La prise en charge de l'aménorrhée liée à la sous-nutrition nécessite une approche globale axée sur la restauration de l'équilibre énergétique et nutritionnel du corps. Voici quelques stratégies clés :
- Surveiller son alimentation : Veiller à manger à heures régulières, à consommer suffisamment de calories et à intégrer des graisses saines. Ne pas manger trop peu, même avec un poids normal. Intégrer les glucides de manière consciente, en privilégiant des sources riches en nutriments comme les fruits, les légumes riches en amidon et le riz.
- Réévaluer sa routine sportive : L'activité physique est bénéfique, mais si les entraînements sont très intenses, veiller à bien récupérer et à équilibrer les apports énergétiques. Envisager une pause dans le sport pour privilégier des promenades en nature ou du yoga doux.
- Prioriser le sommeil et réduire le stress : Le stress, qu'il soit physique ou émotionnel, augmente le taux de cortisol, ce qui peut perturber les signaux hormonaux nécessaires à l'ovulation. Dormir au moins 7 à 8 heures par nuit pour permettre au corps de se régénérer. Limiter les écrans le soir, se détendre à la lueur d'une bougie et aller se coucher tôt.
- Faire le point sur ses apports en nutriments clés : Faire contrôler son bilan sanguin par un professionnel, en particulier les niveaux de fer, zinc, iode, vitamines B6 et B12, vitamine D, ainsi que les hormones thyroïdiennes. Cela permettra de détecter d'éventuelles carences.
- Consulter un gynécologue : Surtout si les règles ne sont pas revenues depuis plus de trois mois, quel que soit le poids.
L'alimentation au cœur du bien-être menstruel
L'alimentation joue un rôle crucial dans l'équilibre hormonal et le bon fonctionnement du cycle menstruel. Il est essentiel de consommer une alimentation nutritive et équilibrée, anti-inflammatoire, qui préserve une glycémie stable et permet une bonne gestion des déchets. Voici quelques recommandations :
- Fruits et légumes : Consommer une grande variété de fruits et légumes de saison, de préférence biologiques, pour faire le plein de micronutriments et de fibres.
- Glucides : Choisir des glucides complexes à index glycémique bas ou moyen, comme les céréales complètes, les légumineuses et les légumes riches en amidon.
- Protéines : Consommer des protéines de qualité et diversifiées, en privilégiant les viandes blanches, les produits de la mer, les œufs et les protéines végétales (légumineuses, tofu fermenté).
- Gras : Inclure des sources de "bon" gras, en particulier des oméga-3, présents dans les petits poissons gras (sardines, maquereaux) et les huiles végétales de première pression à froid (colza, lin, cameline).
- Super-aliments : Intégrer des super-aliments tels que les algues, les oléagineux, les graines germées et le pollen pour booster les apports nutritionnels.
- Hydratation : Boire suffisamment d'eau pure tout au long de la journée pour favoriser la détoxification et l'élimination des déchets.
Micronutriments pour un cycle menstruel sain
Certains micronutriments jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement normal du système hormonal :
- Iode : Contribue à la production normale des hormones thyroïdiennes. On le trouve dans le poisson, les fruits de mer, les algues, les œufs et les produits laitiers.
- Zinc : Favorise le maintien d'un taux normal de testostérone dans le sang. On le trouve dans la viande, les abats, les huîtres et les œufs.
- Vitamine B6 : Contribue à la régulation de l'activité hormonale. On la trouve dans la viande, le poisson, les fruits secs et les légumes.
- Fer : Contribue à la formation normale des globules rouges et de l'hémoglobine. Le fer d'origine animale est plus facilement absorbable que celui d'origine végétale. On le trouve dans la viande rouge et les abats.
- Vitamine C : Augmente l'absorption du fer.
Les aliments à limiter
Pour favoriser un cycle menstruel équilibré, il est conseillé de réduire la consommation de certains aliments :
- Graisses saturées : Charcuterie, excès de fromages, fritures, plats préparés.
- Sucres rapides : Boissons sucrées, pâtisseries, produits transformés.
- Alcool : Peut perturber l'équilibre hormonal et aggraver les symptômes prémenstruels.
- Caféine : À consommer avec modération, car elle peut augmenter le stress et perturber le sommeil.
- Soja : À limiter pour les femmes ayant des risques de cancer hormono-dépendant ou souffrant d'endométriose, ainsi qu'en cas de dysfonctionnement thyroïdien.
Aménorrhée et troubles alimentaires
Les troubles alimentaires tels que l'anorexie mentale sont souvent associés à l'aménorrhée. Plus de 80 % des patientes souffrant d'anorexie mentale n'ont plus leurs règles. La perte de poids, l'insuffisance de nutriments et le stress associés à l'anorexie peuvent entraîner une baisse de la sécrétion d'hormones régulant le cycle menstruel.
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Il est important de noter que l'aménorrhée n'est pas le seul symptôme de l'anorexie, et que toutes les personnes atteintes d'anorexie ne souffrent pas systématiquement d'aménorrhée. Si vous avez un trouble alimentaire, mais que vous n'êtes pas concernée par l'aménorrhée, ne vous considérez pas "suffisamment pas malade".
La guérison de l'anorexie et le rétablissement d'un poids santé sont essentiels pour retrouver un cycle menstruel normal.
Quand consulter un médecin
Il est important de consulter un médecin dans les cas suivants :
- Absence de règles pendant plus de trois mois (sans grossesse et sans contraception hormonale).
- Règles soudainement irrégulières, même si elles étaient auparavant régulières.
- Douleurs intenses pendant l'ovulation, pendant les règles ou de manière permanente.
- Après avoir arrêté la contraception hormonale, si le cycle ne s'est pas stabilisé après six mois.
- Saignements légers à la place des règles.
- Souhaite de grossesse sans ovulation.
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