La procréation médicalement assistée (PMA) est un sujet de société complexe, souvent débattu sous l'angle des droits des adultes. Cependant, il est essentiel de considérer l'expérience des enfants nés de ces techniques. Cet article vise à donner la parole à ces enfants, en explorant la diversité de leurs vécus, leurs réflexions sur leur identité et leur place dans la société.
Découverte du mode de conception : Révélations et remises en question
Pour beaucoup d'enfants conçus par PMA, la découverte de leur origine est un moment marquant, souvent lié à des circonstances particulières. Certains l'apprennent dès leur plus jeune âge, grâce à des parents ouverts et soucieux de transparence. D'autres, en revanche, le découvrent plus tard, parfois de manière inattendue, ce qui peut entraîner un bouleversement identitaire.
Une jeune femme de 24 ans témoigne de sa découverte accidentelle lors d'une dispute entre ses parents. Elle avait entendu sa mère dire à son père : « Arrête, si tu continues je dis aux filles que tu n’es pas leur père. ». Cette révélation a été le début d'un long silence et de nombreuses interrogations. Elle s'est posée toutes les questions possibles, imaginant différents scénarios pour expliquer cette situation.
Une autre personne témoigne avoir appris à l'âge de 13 ans qu'elle avait été conçue par fécondation in vitro avec donneur inconnu. Cette annonce a été vécue comme une expérience violente, remettant en question son identité et les treize premières années de sa vie. Elle a ressenti une perte de confiance en elle et un profond changement intérieur.
À l'inverse, certains enfants ont grandi avec cette information, intégrée naturellement dans leur histoire familiale. Une femme, impliquée dans l'association ADEDD, témoigne n'avoir aucun souvenir précis du moment où ses parents leur ont parlé, à son frère et à elle, de leur mode de conception. Sa mère leur montrait des albums dès l'âge de deux ans, modifiant l'histoire classique du « Comment on fait les bébés ? ».
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L'annonce et la manière dont elle est faite, ont un impact significatif sur le vécu de l'enfant. La transparence et l'ouverture semblent favoriser une meilleure acceptation et une construction identitaire plus sereine. Cependant, même dans ces conditions, des questions et des remises en question peuvent surgir, notamment à l'adolescence.
L'impact du secret : Honte, culpabilité et quête de vérité
Le secret entourant la conception par PMA peut avoir des conséquences psychologiques importantes sur l'enfant. La honte, la culpabilité et le silence peuvent s'installer, entravant la communication et la construction d'une identité solide.
Une personne témoigne avoir découvert tardivement, grâce à un test ADN récréatif, que son père n'était pas son père biologique et qu'elle avait des demi-sœurs. Elle était en quête de la vérité que ses parents s'efforçaient de cacher depuis des années. Elle décrit comment le silence de ses parents a créé un climat de honte, de culpabilité et de non-dits, l'emprisonnant et l'empêchant de se construire pleinement.
Elle explique comment elle a passé des années en thérapie, à creuser, à chercher et à s'épuiser. Elle a longtemps hésité à demander de l'aide à ses parents, car elle avait appris dès son plus jeune âge que, chez elle, on ne pose pas de questions. Elle s'est enfermée dans une timidité maladive, doutant de tout et surtout d'elle-même.
La découverte de la vérité, même si elle est douloureuse, peut être libératrice. Elle permet de donner un sens à des sentiments diffus, de comprendre des dynamiques familiales complexes et de se réapproprier son histoire. Cependant, ce processus peut être long et difficile, nécessitant un accompagnement psychologique adapté.
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La question de l'identité : Qui suis-je ?
La conception par PMA soulève des questions fondamentales sur l'identité. L'enfant peut se demander qui il est réellement, d'où il vient et à qui il appartient. La figure du donneur, souvent anonyme, peut susciter des interrogations et un sentiment de manque.
Jeanne, découvre à 30 ans qu'elle est née d'un don de sperme. Très jeune, elle se pose de nombreuses questions sur son identité, notamment sur sa différence physique avec ses parents. Des interrogations restées longtemps sans réponses qui ont perturbé son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte. Elle témoigne : "J'ai eu mes premières questions dès l'âge de 8-9 ans en me disant "il y a quelque chose qui ne va pas". Je rencontrais les parents de mes amis, je voyais bien qu'ils se ressemblaient et moi je voyais bien que je ne ressemblais pas du tout à mes parents".
Pour elle, savoir qui était son géniteur pour comprendre qui elle était réellement sur le plan physique était capital. Elle a souhaité connaître son identité pour mieux comprendre qui elle était sur le plan physionomique. Elle a eu ce qu'elle attendait, c'est-à-dire des photos de lui jeune. Et donc effectivement, il n'y a pas de doute. Elle a obtenu des réponses à ses questions dans la mesure où il a raconté son histoire.
Margaux, conçue grâce au don d’ovocyte d’une femme anonyme, a toujours senti qu’elle était différente, mais elle ne savait pas comment l’expliquer. Elle avait le sentiment d’appartenir à une famille, sa famille, d’être du même sang qu’eux, tout en ressentant un fossé, une différence, un écart. Elle a eu la chance de se rendre à Barcelone dans la clinique Eugìn, où elle a été conçue. Ce jour fut le plus beau de sa vie. Elle voyait, comprenait enfin d’où elle venait. Elle s'est sentie soulagée. Elle ne rencontrera jamais la femme qui a fait le don, mais savoir qu'elle est en vie grâce à elle lui suffit.
Ces témoignages illustrent l'importance de l'accès aux origines pour certains enfants nés de PMA. La possibilité de connaître l'identité du donneur, ou à défaut, d'obtenir des informations sur son profil, peut être un élément clé dans la construction de leur identité.
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Le regard des autres : Normalité et stigmatisation
Les enfants nés de PMA sont confrontés au regard des autres, qui peut être bienveillant, interrogateur ou stigmatisant. La question de la normalité est souvent au cœur des préoccupations, tant pour l'enfant que pour son entourage.
Dans le documentaire “PMA-GPA, les enfants ont la parole”, plusieurs enfants témoignent de leur rapport à la normalité. Lucie, 9 ans, née d’une PMA avec don anonyme faite par sa mère célibataire, lance : “Moi je me trouve normale, je suis une fille comme les autres, je suis une humaine, il n’y a pas à croire que je suis une extraterrestre”. Lou Ann, 11 ans, née d’une insémination artisanale faite à la maison, qui a deux mamans et un papa, expose pour sa part : “Il n’y a pas de normal, je ne vois pas pourquoi ce mot existe, car il n’y a rien de normal dans la vie, tout le monde n’est pas normal, il n’y a jamais quelqu’un qui est parfaitement normal (…) Donc non, je ne suis pas normale comme 100% des humains”.
Cependant, même si eux se sentent normaux, c’est le regard des autres qui fait peser sur eux la différence. Jade, 13 ans, née d’une mère porteuse, s’inquiète : “J’ai peur de comment ils vont réagir, ils vont peut-être se moquer, ne pas rester avec moi (…) Ils vont me dire que je suis trop différente”. Sacha, 9 ans, conçu par PMA en Belgique et qui a deux mamans, conseille : “Il vaut mieux le dire direct, parce que s’ils sont contre la PMA et qu’ils découvrent ça à ton anniversaire, ça devient un peu risqué”.
Ces témoignages mettent en évidence la nécessité de sensibiliser la société aux différentes formes de familles et de lutter contre les préjugés et les discriminations. L'éducation et l'ouverture d'esprit sont essentielles pour permettre à ces enfants de grandir sereinement et de s'épanouir pleinement.
L'importance du soutien : Famille, associations et professionnels
Le soutien de l'entourage est primordial pour les enfants nés de PMA. Les parents, la famille, les amis, les associations et les professionnels de santé peuvent jouer un rôle essentiel dans leur développement et leur bien-être.
Une personne témoigne avoir trouvé du réconfort et un lieu d'échange au sein de l'association PMAnonyme. Elle a pu partager son expérience avec d'autres personnes nées d'un secret, se sentir comprise et reconnue.
D'autres témoignages soulignent l'importance d'une équipe soignante bienveillante et à l'écoute. Eugénie, une maman solo ayant eu recours à la PMA, témoigne avoir rencontré une équipe soignante formidable qui a su l'accompagner avec beaucoup de bienveillance.
Ces exemples montrent que le soutien, qu'il soit familial, associatif ou professionnel, est un facteur déterminant dans le vécu des enfants nés de PMA. Il permet de les aider à surmonter les difficultés, à construire leur identité et à s'épanouir pleinement.
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