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La Menstruation, les Sorcières et l'Histoire des Bûchers : Démystification d'une Figure Féminine Complexe

L'histoire des sorcières est un récit complexe, entrelacé de peur, de pouvoir, de persécution et de réappropriation. Loin des stéréotypes du nez crochu et de l'alliance avec le diable, la figure de la sorcière a évolué au fil des siècles, devenant un symbole de résistance, de savoir féminin et de connexion à la nature. Cet article explore l'histoire de la sorcière, des bûchers de l'Inquisition à son statut actuel d'icône féministe, en passant par son lien avec la menstruation et les enjeux écoféministes contemporains.

Un Accident Mystérieux et le Spectre de la Sorcellerie

Un matin d'hiver glacial, sur une route verglacée aux abords de la mythique forêt de Brocéliande, en Bretagne, Diane, une guérisseuse et médium, trouve la mort dans un accident de voiture. Cette disparition tragique laisse derrière elle deux orphelines et un passé douloureux, ravivant le spectre de la sorcellerie. La question se pose : Diane a-t-elle été victime de magie noire ? Cette interrogation, posée par Stéphanie Janicot dans son roman « Le Réveil des sorcières », sert de point de départ à une déconstruction de l'image fantasmagorique des sorcières, mettant en lumière des femmes savantes et libres, à la fois victimes et rebelles insaisissables, qui fascinent les féministes d'aujourd'hui.

L'Ascension de la Sorcière dans la Culture Populaire

Longtemps reléguée au second plan dans la littérature jeunesse et les romans de fantasy, la sorcière connaît actuellement une ascension fulgurante dans les fictions, les essais et les ouvrages historiques. Le succès retentissant de l'essai de Mona Chollet, « Sorcières, la puissance invaincue des femmes », vendu à plus de 136 000 exemplaires depuis sa parution en 2018, témoigne de cet engouement. Les éditeurs ont su s'emparer de ce filon, surfant sur la vague du féminisme et du retour en grâce de la magie initié par Harry Potter.

Mickael Palvin, directeur marketing chez Albin Michel, souligne que la sorcellerie, longtemps cantonnée au rayon ésotérisme, connaît une consécration dans la littérature dite blanche. Isabelle Sorente, auteure de « Le Complexe de la sorcière », une enquête intime sur l'empreinte psychologique laissée par deux siècles de chasse aux sorcières, réfute l'idée d'un simple effet de mode. Selon elle, chaque femme porterait en elle les stigmates de ces persécutions, inscrivant l'histoire entre la sorcière et les livres dans une perspective longue et complexe.

La Sorcière : Une Figure Historique Persécutée

Le mythe de la femme maléfique s'est imposé en Europe au XVe siècle, trouvant sa source dans le « Malleus Maleficarum », un traité de démonologie rédigé par les dominicains Henri Institoris et Jacob Sprenger. Ce texte, diffusé massivement grâce à l'invention de l'imprimerie, a servi de socle à la répression des sorcières. En pleine Renaissance, des dizaines de milliers de femmes, suspectées de sorcellerie, ont été brûlées à travers l'Europe.

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Le terme de « sorcière », associé au culte du diable, a conservé sa charge symbolique et sa fonction d'ostraciser le savoir des femmes et de condamner leur désir d'indépendance. Ce n'est que dans les années 1970 que les mouvements féministes se sont réappropriés ce terme, transformant l'image de la femme associée au bûcher en un symbole de fierté.

La Sorcière : Une Icône Féministe Moderne

Aujourd'hui, le mot « sorcière » véhicule une dimension politique. Depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, des milliers de militantes du collectif Magic Resistance lancent des sorts au président américain à chaque dernier croissant de lune. Mona Chollet affirme que la magie apparaît à nouveau comme l'arme des opprimés. Catherine Florian, de la librairie LGBT Violette & Co, à Paris, observe que la sorcière parle de domination, de persécution et de marginalité, et que son statut d'icône féministe se démocratise. Isabelle Sorente constate que la sorcière, dans le contexte de #MeToo, est celle qui dit : « Ça suffit ».

Les jeteuses de sorts ont également investi les réseaux sociaux, avec des millions de publications référencées sous le hashtag #WitchesOfInstagram. Jack Parker, auteure de l'essai « Le Grand Mystère des règles : pour en finir avec un tabou vieux comme le monde », a écrit un grimoire de sorcellerie moderne, « Witch Please », un outil d'introspection teinté de mysticisme. Parker explique que, dans un monde incertain, les gens sont rassurés de se dire qu'ils ont le pouvoir d'agir.

La Sorcière : Une Figure Anticapitaliste et Écologique

La sorcière, en tant que figure anticapitaliste, épouse parfaitement les aspirations écologiques des jeunes générations, qui se mettent à repérer les phases de la Lune pour lancer des sorts. Céline du Chéné résume que la sorcière lutte autant pour la planète que pour la juste place des femmes. Dans les sociétés ultracartésiennes, elle évolue au carrefour de l'ésotérisme, de la spiritualité et du développement personnel, questionnant la notion même d'irrationnel. Stéphanie Janicot souligne que la sorcière est une figure qui suscite un mélange de peur et d'espoir.

J.K. Rowling et le Bûcher Médiatique

J. K. Rowling, l'auteure d'Harry Potter, a été victime de menaces et de divulgation de son adresse personnelle sur Internet, suite à des propos jugés transphobes. Cet événement soulève la question de savoir si la véritable cause de ce « bûcher médiatique » ne serait pas plus ancienne, liée à la réactivation d'un imaginaire païen et occulte qui fascine autant qu'il effraie. Dans l'Antiquité, la sorcière était assimilée à une parole libre, féminine et autonome, défiant l'ordre établi, et que la société se devait de réprimer.

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Féminisme, Écologie et le Retour de la Sorcière

Le mouvement écoféministe établit un lien entre la domination de la nature et la domination des femmes, affirmant que la révolution écologiste sera féministe ou ne sera pas. Françoise d’Eaubonne, pionnière de l’écoféminisme, dénonce une relation entre deux formes de domination : celles des hommes sur les femmes et celle des hommes sur la nature. L'écoféminisme met en évidence le fait que le « sexocide » des sorcières a coïncidé avec la naissance de la modernité et du capitalisme patriarcal. La sorcière, en tant que médecin du peuple et guérisseuse, possédait un savoir et un pouvoir sur les plantes et sur son propre corps, ce qui était perçu comme une menace par le système dominant.

Jeanne Burgart Goutal, professeure de philosophie, estime que la réapparition du mouvement des sorcières en France coïncide avec la COP 21, soulignant le lien entre le bûcher des sorcières et le capitalisme patriarcal. Le système fonctionne sur l’exploitation des prolétaires, des femmes, des colonies, de la nature et des enfants, et les sorcières représentaient une résistance à cette exploitation.

La Menstruation : Un Tabou Historique Lié à la Sorcellerie

Historiquement, les menstruations ont été associées à la sorcellerie, suscitant la peur et le dégoût chez les hommes. Le sang menstruel était perçu comme impur et dangereux, et les femmes qui menstruaient étaient souvent isolées et marginalisées. Cette association entre la menstruation et la sorcellerie a contribué à la stigmatisation des femmes et à la justification de leur oppression.

L'article « Pourquoi faut-il se regarder la chatte ? », publié sur la plateforme collaborative cyclique, revient sur l’histoire de la gynécologie moderne et institutionnelle, empreinte de sexisme, de racisme et de violence, soulignant la nécessité pour les femmes de se réapproprier leur corps et leur savoir.

La Sorcière : Un Symbole de Réappropriation et de Pouvoir Féminin

La figure de la sorcière est aujourd'hui réappropriée par les femmes comme un symbole de pouvoir féminin, de connexion à la nature, de savoir ancestral et de résistance à l'oppression patriarcale. Les cercles de femmes, les pratiques spirituelles et les mouvements écoféministes contribuent à la réhabilitation de cette figure longtemps diabolisée.

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L'essai de Mona Chollet, « Sorcières, la puissance invaincue des femmes », a joué un rôle important dans cette réappropriation, en mettant en lumière l'histoire des femmes persécutées pour leur savoir et leur indépendance, et en célébrant la force et la résilience des femmes d'aujourd'hui.

La Vie des Femmes au Moyen Âge : Entre Soumission et Résistance

Au Moyen Âge, la vie des femmes était marquée par la diversité des âges et des positions sociales. La société médiévale définissait les femmes en fonction de leur rôle dans la famille, de leur sexualité et de leur capacité à enfanter. Le mystère de l'enfantement inspirait la crainte des hommes et justifiait l'idée que la femme était un être démoniaque, capable de charmer et d'envoûter.

L'Église regardait les femmes instruites d'un mauvais œil, insistant sur l'éducation religieuse pour toutes. La jeune fille devenue pubère était étroitement surveillée par ses parents, et la beauté féminine était à la fois redoutée et désirée. Pendant des siècles, la femme incarna le maléfice, et les procès de sorcières furent l'aboutissement de longs siècles de misogynie cléricale.

Le mariage était arrangé par les parents dans toutes les classes sociales, et les femmes faisaient l'objet de négociations. Lorsque la femme ne pouvait donner d'héritiers mâles à son époux, elle s'exposait à la répudiation. Battre sa femme était courant au Moyen Âge et parfois conseillé.

L'Église n'admettait la sexualité que si elle avait pour but la procréation, et interdisait toute relation sexuelle pendant les règles, la grossesse et les fêtes religieuses. La grossesse et l'accouchement représentaient un grand danger pour la jeune mère, et la mortalité maternelle atteignait un pic entre vingt et trente ans.

Malgré ces contraintes, les femmes du Moyen Âge ont exercé de nombreux métiers et ont participé activement à la vie économique et sociale. Elles ont également joué un rôle important dans la transmission du savoir et dans la création artistique.

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