L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une question de santé publique complexe, impliquant des dimensions éthiques, médicales, psychologiques et sociales. Cet article explore les risques et les conséquences potentielles de l'IVG, en se basant sur des études et des témoignages, afin d'offrir une perspective éclairée sur ce sujet délicat.
Introduction
L'IVG soulève des questions éthiques fondamentales concernant le statut de l'embryon, le droit à la vie, le rôle du père et la liberté des professionnels de la santé. Il est essentiel que les femmes envisageant un avortement soient pleinement informées de ces enjeux et des conséquences potentielles de leur décision. Les femmes qui choisissent l'avortement, souvent sous la pression, doivent être abordées avec empathie et compréhension, sans jugement simpliste.
Conséquences Physiques de l'IVG
Les conséquences physiques de l'IVG peuvent varier en fonction de la méthode utilisée (médicamenteuse ou chirurgicale) et du stade de la grossesse.
Syndrome du Cinquième Jour
Le syndrome du cinquième jour, moins grave, concerne uniquement l’IVG par aspiration. Ce syndrome est caractérisé par des douleurs, qui peuvent aussi être accompagnées de fièvre, de saignements et/ou de caillots.
Risques Infectieux
Les risques infectieux, tels que les infections à chlamydiae et les endométrites post-abortum, représentent le risque le plus fréquent, touchant 1 à 5 % des cas. Cherline Louissaint souligne que ces risques augmentent avec le trimestre de grossesse. Même la Fédération du Planning Familial américain reconnaît la possibilité de ces risques.
Lire aussi: Le rôle de l'équipe pluridisciplinaire auprès de l'enfant hospitalisé
Risque de Mortalité Maternelle
Contrairement à l'idée répandue selon laquelle les pays ayant des restrictions sur l'avortement ont des taux de mortalité maternelle plus élevés, les statistiques montrent souvent le contraire. Par exemple, au Chili, après l'interdiction de l'avortement en 1989, le taux de mortalité maternelle a diminué de moitié, passant de 41,3 à 22 décès pour 100 000 naissances en 2013.
Risque d'Accouchement Prématuré
Des études suggèrent que les femmes ayant déjà avorté présentent un risque accru d'accoucher prématurément lors de grossesses ultérieures. Le site Gènéthique mentionne des études indiquant que les femmes ayant déjà avorté ont 37 % de risques en plus d’accoucher plus tard d’enfants prématurés, et 64 % de risques en plus d’accoucher d’un grand prématuré, à moins de 32 semaines de grossesse9.
Complications Liées à l'Élargissement du Délai Légal
L'allongement du délai légal pour avorter en France à 14 semaines de grossesse soulève des inquiétudes quant aux complications potentielles. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) a exprimé ses inquiétudes. Si l’avortement est chirurgical, ‘‘il faut dilater beaucoup plus le col’’, pointe le Dr Cyril Huissoud, avec de potentielles conséquences pour les futures grossesses. Les potentielles faiblesses ou béances cervicales occasionnées par l’avortement pourraient conduire ultérieurement ‘‘à des fausses couches tardives ou à des menaces d’accouchement prématuré’’.
Risque de Cancer du Sein
Bien que les études soient contradictoires, certaines suggèrent un lien possible entre l'avortement et un risque accru de cancer du sein, en particulier chez les femmes n'ayant jamais mené une grossesse à terme. D’après une étude indienne de 2014, l’avortement affaiblit le tissu musculaire des seins, ce qui est une cause de sensibilité accrue aux cellules cancérigènes13. Cherline Louissaint explique que le risque de cancer du sein est corrélé avec la quantité d’œstrogènes sécrétés durant la vie. En 2005, le Collectif « 30 ans ça suffit ! » expliquait que l’augmentation des risques de cancer du sein liée à l’avortement était élevée surtout pour les femmes n’ayant jamais accouché d’un premier enfant. Dans le corps la femme enceinte, le niveau de plusieurs hormones augmente nettement. Trois d’entre elles : l’œstradiol, la progestérone, et surtout la hCG, stimulent les cellules des seins pour les faire parvenir à maturité. Un avortement provoque la chute brutale des niveaux de ces hormones, alors que les seins sont en plein processus de maturation.
Conséquences Psychosomatiques de l'IVG
De nombreuses femmes témoignent de troubles psychosomatiques à long terme après un avortement. Ces problèmes de santé sont réels : il ne faut pas confondre les problèmes de santé psychosomatiques avec l’hypocondrie, où la personne croit être malade sans l’être. Le Docteur Pascale Pissochet mentionne des témoignages de migraines, des troubles fonctionnels abdominaux, des douleurs abdominales, des troubles du sommeil et des troubles de la sexualité. Pour exprimer le traumatisme de l’IVG, le Docteur Pissochet parle de « rupture du cheminement naturel maternel » : « Il s’agit du triste constat d’une chair meurtrie dans une maternité qui n’intègre plus dans son corps le petit corps qui habitait ses entrailles. Oui, une chair qui finit par souffrir, non seulement du geste traumatique de l’avortement, mais aussi du vide abyssal laissé par le départ de son enfant. » C’est parfois des années après l’acte que des femmes se retrouvent totalement effondrées psychologiquement.
Lire aussi: Grossesse et troubles de la mémoire : comprendre
Conséquences Psychiques et Psychiatriques de l'IVG
L'IVG peut entraîner des conséquences psychiques et psychiatriques significatives pour les femmes, les hommes et les autres membres de la famille.
Deuil et Difficulté à Faire le Deuil
Comme la fausse couche, l’avortement est la perte d’un enfant, et entraîne un deuil. Philippe de Cathelineau nous fait remarquer combien le deuil est rendu plus difficile, lorsque tout le monde autour de soi nie la réalité de la perte. Le corps du défunt a été éliminé. Généralement, ce corps n’a même pas été vu par la mère.
Risque Accru de Troubles Psychiatriques
Les femmes ayant avorté présentent un risque d’être hospitalisées en psychiatrie dans les trois mois suivant l’accouchement ou l’avortement, de 53 % plus élevé que les femmes ayant porté leur enfant à terme. Le risque de dépression est de 37 % plus élevé (ou de 65 %, selon une autre étude19). Sans antécédents psychiatriques, les risques d’auto-mutilation sont de 70 % plus élevés pour les femmes ayant mis fin à leur grossesse que pour les femmes qui ont accouché. Les femmes ayant avorté se suicident plus que les autres femmes (155 % plus22), tandis que celles qui ont accouché d’un enfant se suicident moins que la moyenne des femmes. Les femmes ayant avorté sont plus souvent sujette à la tristesse et aux pleurs, à des peurs irraisonnées ou des attaques de panique. Elle expérimentent aussi plus souvent des changements brusques d’état émotionnel. Elles ont souvent de grandes difficultés à exprimer leurs émotions. Sans intervention thérapeutique, ces troubles peuvent évoluer vers un état de stress post-traumatique, qui est un trouble anxieux sévère. Les troubles psychiques expérimentés par certaines femmes ayant avorté n’apparaissent pas toujours tout de suite, ils peuvent se manifester pour la première fois des années après27. Qu’ils commencent immédiatement ou non, ces troubles peuvent évoluer vers l’indifférence de la dépression, ou vers une hypersensibilité au monde extérieur. L’avortement peut entraîner à long terme des sentiments de vide et de solitude, d’exclusion.
Sentiments de Honte, de Remords et de Culpabilité
Certaines femmes avaient déjà conscience de faire du mal au moment de l’acte. Pour les autres, il est bien entendu souhaitable qu’elles prennent conscience que leur acte n’était pas bon. Les femmes qui en avaient déjà conscience, et celles qui prennent conscience de la portée de l’acte d’avortement, peuvent éprouver des sentiments de honte, de remord, de culpabilité, voire des idées noires. Elles sont parfois saisies par le souvenir de l’IVG, qui les fait profondément souffrir. Leur souffrance peut être d’autant plus grande quand elles ont vécu plusieurs avortements30.
Risque d'Addiction
Pour faire face à leurs souffrances psychiques et à leurs remords, certaines femmes tombent dans l’addiction à des substances anxiolytiques : médicaments, tabac, alcool, drogues. Une étude canadienne confirme que les risques de dépendance à la drogue et à l’alcool sont plus élevés respectivement de 142 % et de 287 % pour les femmes ayant avorté que pour celles ayant mené leur grossesse à terme. Malheureusement, il existe aussi une forme d’addiction à l’avortement. La souffrance même vécue dans cet acte peut conduire certaines femmes à le reproduire, comme pour essayer de changer ce qu’elles ont vécu, ou pour se donner la preuve que ce n’est pas un acte grave. Certaines sont comme écartelées entre leur désir de maternité et leur sentiment qu’il est impossible de vivre celle-ci. Cette répétition compulsive de l’avortement concernerait 45 % des avortements. Les conséquences psychiques et physiques d’une multiplication des avortements peuvent être très graves34.
Lire aussi: Figure d'attachement et soignant en pédiatrie
Impact sur la Maternité et les Relations Familiales
La naissance d’un enfant ne compense pas un avortement passé. Par ailleurs, si la mère vit une dépression ou d’autres troubles psychiatriques suite à son avortement, cet état peut avoir des conséquences sur la relation avec ses enfants, et même nuire à l’attachement à un nouveau bébé et conduire parfois à de la maltraitance. La maltraitance commise par une mère ayant avorté peut s’accompagner de paroles destructrices, comme : « C’est toi que j’aurais dû avorter ! Autre risque pour les enfants dont un membre de la fratrie a été avorté : peut-être que leurs parents ont avorté parce qu’ils croient en l’idéologie de l’enfant désiré, l’enfant qui répond à mon projet, et non l’enfant que j’accueille parce qu’il existe, parce qu’il est lui-même. Le risque, pour les enfants qui survivent à la planification, est qu’ils ne correspondent pas non plus à ce que leurs parents avaient désiré et planifié.
Impact sur la Vie de Couple
Il n’est pas étonnant que les blessures psychiques des femmes ayant avorté aient des répercussions sur leur vie de couple et leurs relations avec leur conjoint, le père de l’enfant avorté ou un autre. En effet, ce sont des relations avec un homme qui sont à l’origine de l’évènement traumatisant. On peut supposer que les conséquences relationnelles varient selon que l’homme avec qui la femme est en couple est le père de l’enfant avorté ou non. Suite à leur avortement, certaines femmes peuvent ressentir de la haine envers leur conjoint, un dégoût de la sexualité, voire un rejet envers tous les hommes. Des dysfonctionnement sexuels se produisent chez 31 % des femmes ayant avorté et chez 18 % de leurs conjoints. Certains hommes sont indifférents à l’avortement de leur compagne. D’autres ont fait pression sur celle-ci pour qu’elle avorte. Mais l’avortement est souvent décidé d’un commun accord, parce que les deux parents pensent que leur situation ne leur permet pas d’accueillir l’enfant. Parfois aussi, la femme avorte à l’insu du père, qui ne sait pas toujours qu’elle a été enceinte. Le Docteur Pissochet mentionne une étude comparative entre hommes et femmes, qui montre que, si les femmes sont 56,9 % à vivre une détresse psychologique après un avortement, les hommes sont tout de même 40,7 %40.
Impact sur les Frères et Sœurs
Les frères et sœurs d’enfants avortés sont confrontés à la souffrance portée par leur mère et peut-être par leur père. Mais, quand ils apprennent l’existence de cet avortement, ce qui est nécessaire à un moment de leur vie, ils sont confrontés au choc du fait que l’un des membres de la fratrie a été éliminé par les parents. L’une des questions qui peut les perturber est : « Et si ça avait été moi ? », et donc « Est-ce que maman s’est posé la question pour moi ? ». Le syndrome du survivant que peuvent vivre les frères et sœurs d’enfants avortés entraîne parfois des troubles psychologiques profonds. Ces enfants peuvent vivre les mêmes conflits psychologiques que ceux dont un frère ou une sœur est mort dans un accident ou une maladie. - La culpabilité existentielle. La personne pense que c’est elle qui aurait dû mourir. Ce trait se retrouve toujours dans le syndrome du survivant. - L’angoisse existentielle : « Je veux vivre mais il va forcément m’arriver quelque chose, puisque je suis coupable d’être vivant à la place de mon frère ou de ma sœur. - L’attachement anxieux et l’ambivalence affective. Des doutes concernent d’abord l’amour des parents, par qui l’enfant se sent aimé, tout en pensant qu’ils sont capables de le tuer. - La peur de la vérité. Elle résulte des non-dits concernant l’avortement. - La culpabilité ontologique. Elle peut s’ajouter à la culpabilité existentielle. La personne pense n’avoir pas de valeur, et elle renonce à développer ses talents. - La violence. La révolte entraîne d’abord une agressivité envers les parents, qui va parfois jusqu’au meurtre. - Le dédoublement de personnalité. Il existe surtout pour les enfants qui ont été mis au monde pour remplacer l’enfant avorté. - La perte du sens moral : la perte du respect d’autrui et de soi-même. - La tendance à avorter à son tour. - Le refus de Dieu.
Echec d'une IVG
Rare, l'échec d'une interruption volontaire de grossesse (IVG) est tout de même possible, principalement lorsqu'il s'agit d'un avortement médicamenteux. Selon les derniers chiffres de la Drees publié en 2019, 232 200 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été enregistrées en France cette année-là. Le taux de recours est à son niveau le plus élevé depuis 1990 et atteint 15,6 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans en métropole. Le risque d'échec d'une interruption volontaire de grossesse médicamenteuse est faible : de 2 à 5 %, selon les chiffres communiqués par le ministère de la Santé. Le risque d'échec d'une IVG par aspiration est très faible, d'après le guide de l'interruption volontaire de grossesse du ministère de la Santé mais il n'y a pas de chiffres données. Certains antécédents médicaux, gynécologiques ou obstétricaux peuvent augmenter le risque d'échec d'un avortement médicamenteux. La multi-gestité (nombre de grossesse confirmée) est un facteur de risque significatif d'échec. En cas de poursuite de l'évolution de la grossesse après une IVG médicamenteuse, "la femme peut avoir les seins douloureux, des nausées, de la fièvre, des douleurs, des frissons, des vomissements persistants, une absence de règles depuis l'intervention", détaille le Dr Elizabeth Paganelli, secrétaire générale du syndicat des gynécologues médicaux et des gynécologues obstétriciens. "Une grossesse arrêtée non expulsée ou une rétention trophoblastique" sont également des signes d'échec. Si le sac gestationnel persiste, le praticien propose une IVG chirurgicale par aspiration. Deux prises de médicaments sont nécessaires lors d'une IVG médicamenteuse. Dans un premier temps, une consultation est nécessaire pour la prise de la mifépristone (Mifégyne ®) qui interrompt la grossesse et bloque l'action de l'hormone nécessaire au maintien de la grossesse. Dans les 36 à 48 heures suivantes, la femme prend à son domicile du misoprostol (Gymiso ®) qui est en général donné lors de la précédente consultation. Le misoprostol augmente les contractions et provoque l'expulsion de l'œuf. Il est ensuite nécessaire de se rendre à la consultation de contrôle 14 à 21 jours après l'IVG proposée par le praticien qui a conduit l'IVG médicamenteuse ou chirurgicale. "En cas d'échec, le praticien orientera la patiente", conseille Elizabeth Paganelli. Interruptions volontaires de grossesse : une hausse confirmée en 2019.
Soutien et Guérison
Toutes ces souffrances ne sont pas une fatalité, l’aide d’une thérapie peut aboutir à de vraies résurrections44. Bien sûr, rien ne pourra faire que l’enfant avorté n’ait pas été avorté. Mais Dieu nous demande de ne pas rester figés dans le mal qui a été fait. L’Église sait combien de conditionnements ont pu peser sur votre décision, et elle ne doute pas que, dans bien des cas, cette décision a été douloureuse, et même dramatique. En réalité, ce qui s’est produit a été et demeure profondément injuste. Mais ne vous laissez pas aller au découragement et ne renoncez pas à l’espérance. C’est à ce même Père et à sa miséricorde qu’avec espérance vous pouvez confier votre enfant.
tags: #mémoire #uterus #ivg #risques