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Maladie de Bouveret et Grossesse : Évaluation des Risques et Précautions

La maladie de Bouveret, également connue sous le nom de tachycardie par réentrée intranodale (TRIN), est une affection cardiaque caractérisée par des épisodes de palpitations, où le patient ressent une accélération soudaine du rythme cardiaque, pouvant provoquer une forte anxiété. Cette pathologie se manifeste généralement chez les individus plus jeunes, en particulier chez les femmes, qui ne présentent pas de problèmes cardiovasculaires sous-jacents. Bien que généralement bénigne, la maladie de Bouveret peut engendrer une angoisse considérable chez les patients.

Comprendre la Maladie de Bouveret

La maladie de Bouveret est un trouble du rythme cardiaque qui induit une tachycardie importante. Les patients décrivent des palpitations intenses, avec une fréquence cardiaque pouvant dépasser 180 battements par minute. Ces crises peuvent durer de quelques minutes à plusieurs heures. Le diagnostic repose sur la description des symptômes par le patient et est confirmé par un électrocardiogramme (ECG).

La tachycardie ou maladie de Bouveret tient son nom du Dr Léon Bouveret qui l'a décrite en 1889. En cardiologie, on parle précisément de "tachycardie par réentrée intranodale" (TRIN). C'est un trouble cardiaque bénin qui survient le plus souvent sur un cœur sain et peut survenir à tout âge de la vie mais débute généralement chez l'adolescent ou le jeune adulte.

La tachycardie de Bouveret est due à une particularité électrique cardiaque qui correspond à un court-circuit au milieu du cœur, entre les oreillettes et les ventricules, dans le nœud atrio-ventriculaire. Normalement, il n'y a qu'un seul chemin électrique à cet endroit.

Symptômes et Diagnostic

La symptomatologie de la maladie de Bouveret est très typique, se manifestant par des crises de tachycardies avec un rythme très élevé (parfois jusqu'à 180/min) à début et fin brusques, sans facteur déclenchant. Ces crises de palpitation sont désagréables et très anxiogènes pour le patient et sont parfois responsables d'attaques de panique. Elles peuvent durer de quelques minutes à quelques heures, et une émission importante d’urine est souvent rapportée à la fin de la crise.

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Le diagnostic de la maladie de Bouveret se porte essentiellement sur la clinique et l’interrogatoire. La confirmation du diagnostic repose donc sur l’électrocardiogramme (ECG), mais celui-ci doit être pratiqué durant la crise pour apporter le diagnostic, ce qui arrive rarement. Il peut néanmoins éliminer un syndrome de Wolff-Parkinson-White qui se manifeste à l’ECG hors crise, et qui reste le principal diagnostic différentiel.

Traitement de la Maladie de Bouveret

Le traitement initial vise à réduire la crise. Pour certains patients intolérants aux traitements médicamenteux, une intervention chirurgicale peut être envisagée.

Plusieurs manœuvres peuvent interrompre les crises de tachycardie jonctionnelles, on les appelle les « manœuvres vagales ». La plus efficace est appelée manœuvre de Valsalva, et consiste à effectuer un effort de poussée à glotte fermée (expiration bloquée). Pour améliorer son efficacité, elle peut être combinée à un changement de position brusque (passage en position allongée avec surélévation des jambes). D’autres manœuvres sont décrites comme par exemple le massage de l’artère carotide (au niveau du cou) ou le fait de boire un grand verre d’eau glacée. Si ces mesures sont inefficaces, la crise peut être interrompue par la prise d’un médicament par voie orale (inhibiteur calcique bradycardisant ou béta-bloquant).

Si les crises sont rares et peu gênantes, l’abstention thérapeutique est envisageable dans la plupart des cas. A l’inverse, lorsque les épisodes de tachycardies jonctionnelles sont fréquents et invalidants, le traitement de référence permettant de prévenir les récidives est la réalisation d’une intervention appelée « ablation par radiofréquence ». Le principe de l’intervention est de cautériser la zone responsable des tachycardies. Il s’agit d’une intervention durant en moyenne 1 heure. L’introduction de cathéters par les vaisseaux de l’aine permet l’accès aux cavités cardiaques de façon mini-invasive. Le court-circuit anormal est repéré puis cautérisé. Une nuit d’hospitalisation est habituellement nécessaire. La prise de médicaments au long cours pour prévenir les récidives est en général déconseillée, car moins efficace et plus risquée que l’ablation (risques d’effets secondaires).

Maladie de Bouveret et Grossesse : Risques et Gestion

Chez les femmes enceintes atteintes d'affections chroniques, l'administration de bêtabloquants peut être nécessaire. Une étude française cas-témoins a examiné si la prise de bêtabloquants pendant la grossesse avait un effet sur la fréquence cardiaque fœtale, ce qui pourrait conduire à une interprétation erronée de la modification de la fréquence cardiaque.

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Effets des Bêtabloquants sur la Grossesse

Les bêtabloquants sont des inhibiteurs sélectifs des récepteurs adrénergiques β1 et peuvent influencer les particularités physiologiques qu’implique la grossesse. Il s’agit notamment d’une augmentation de la puissance calorifique, de la fréquence cardiaque, d’une augmentation du volume sanguin et d’une diminution de la résistance vasculaire périphérique.

Des événements indésirables chez le nouveau-né, en lien avec une prise de bêtabloquants pendant la grossesse, ont été observés dans des études précédentes, en particulier :

  • Retard de croissance intra-utérine
  • Hypoglycémie néonatale
  • Bradycardie néonatale
  • Hypotension
  • Prolongation d’hospitalisation du nouveau-né

La fréquence cardiaque de la mère peut également être réduite par les bêtabloquants. Chaque modification potentielle de la fréquence cardiaque fœtale peut influencer la surveillance de l’accouchement et compliquer l’interprétation, car une modification peut indiquer une asphyxie ou une hypoxie nécessitant une intervention médicale rapide.

La prise de bêtabloquants chez les femmes enceintes augmente les risques d’une situation d’urgence fœtale, c’est pourquoi une surveillance précise de la fréquence cardiaque fœtale et l’interprétation correcte des résultats sont si cruciales. Les auteurs français de l’étude soulignent toutefois qu’il existe jusqu’à présent des lacunes significatives en matière de connaissances des effets pharmacologiques des bêtabloquants, en particulier pendant la grossesse.

Résultats d'une Étude sur les Bêtabloquants et la Grossesse

L’équipe de recherche a évalué rétrospectivement les données sur la fréquence cardiaque fœtale, enregistrées chez 90 femmes enceintes pendant leur accouchement. Pendant la grossesse, la moitié des femmes prenaient des bêtabloquants, l’autre groupe ayant servi de contrôle sain. La fréquence cardiaque fœtale n’était pas différente entre les deux groupes et se situait entre 110 et 150 bpm (battements par minute).

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Cependant, des cas de césarienne sont survenus plus fréquemment et le poids de naissance était significativement inférieur lors de la prise de bêtabloquants, ce qui indique un effet possible des bêtabloquants. Les auteurs recommandent une surveillance étroite des femmes enceintes lors de la prise de bêtabloquants afin de détecter et de traiter à temps les effets indésirables.

Détails de la Conception de l'Étude

Cette étude rétrospective de cas-témoins a porté sur 90 patientes ayant accouché suite à grossesse simple après 24 semaines de grossesse dans deux CHU d’Île-de-France, entre 2009 et 2021. Les mères ont été appariées sur la base de l’âge, de la parité et de l’âge gestationnel à l’accouchement.

Les chercheurs ont déduit rétrospectivement la fréquence cardiaque fœtale et maternelle à partir des enregistrements de la surveillance fœtale pendant l’accouchement. Ils ont également évalué les résultats secondaires obstétricaux et néonataux.

Ont été exclues les patientes ayant reçu uniquement du labétalol, un alpha/bêta-bloquant non cardio-sélectif, et les patientes traitées par propranolol en raison de la maladie de Basedow. Ils ont réparti les femmes en 2 groupes, un groupe de 45 patientes ayant reçu des bêtabloquants, l’autre groupe (n = 45) en tant que groupe contrôle sain.

Indications de la Prise de Bêtabloquants Durant la Grossesse

L’âge médian des patientes était de 31 ans dans les deux groupes. Les patientes ont reçu un bêtabloquant pour les indications suivantes :

  • Syndrome de Marfan (n = 36 ; 80 %)
  • Tachycardie sinusale (n = 2)
  • Migraine (n = 2)
  • Cardiomyopathie (n = 2)
  • Cardiomégalie avec dilatation
  • Insuffisance mitrale rhumatismale (n = 1)
  • Syndrome de Bouveret-Hoffmann (n = 1)

Le bisoprolol (2,5 mg à 10 mg/jour) était le traitement le plus fréquemment pris (n = 21 ; 46 %), suivi par l’aténolol (dans le syndrome de Marfan). La plupart des patientes (n = 37 ; 82 %) avaient déjà pris des bêtabloquants avant la grossesse. Une patiente est passée au bisoprolol en raison d’effets indésirables.

Impact sur la Fréquence Cardiaque Fœtale et Maternelle

Aucune différence significative n’a été observée entre le groupe traité et le groupe contrôle en ce qui concerne la fréquence cardiaque fœtale. Chez 87 % des femmes du groupe de traitement par bêtabloquants, la fréquence cardiaque fœtale était de 110 à 150 bpm. Dans le groupe témoin, la fréquence cardiaque fœtale était de 93 % des femmes dans cette plage (p = 0,71).

Dans le sous-groupe des femmes ayant reçu uniquement du bisoprolol, la fréquence cardiaque était de 110 à 150 bpm chez tous les fœtus (100 %). Les bêtabloquants ont toutefois eu une influence sur la fréquence cardiaque maternelle. Dans le groupe non traité, la fréquence cardiaque maternelle était significativement supérieure de plus de 100 bpm chez les femmes traitées par bêtabloquants (16 % contre 2,6 % ; p < 0,01).

Effets sur l'Accouchement et le Nouveau-né

Lors de l’évaluation des résultats secondaires sur les résultats d’accouchement et néonataux, il est apparu que chez les femmes ayant reçu des bêtabloquants, les contractions étaient apparues plus tôt et plus fréquemment que chez les femmes non traitées (53 % vs 8,9 % ; p < 0,01).

Les auteurs expliquent le taux plus élevé de césariennes, en particulier avant le début du travail, par la pathologie chronique de ces patientes. Le risque de césarienne serait plus élevé en raison de la décompensation cardiaque.

Le poids de naissance des nouveau-nés était également significativement inférieur chez les femmes traitées (2 890 g vs 2 625 g ; p < 0,01). Les résultats indiquent un lien possible entre un poids inférieur à la naissance et la prise de bêtabloquants.

Implications Cliniques et Recommandations

Les auteurs écrivent que les résultats fournissent une contribution précieuse à la meilleure compréhension de l’effet hémodynamique des bêtabloquants sur le fœtus. Aucune différence significative n’a été constatée pour la fréquence cardiaque fœtale chez les femmes ayant reçu des bêtabloquants pendant la grossesse par comparaison avec les femmes enceintes non traitées.

Sur la base de ces résultats, une mauvaise interprétation lors de la surveillance de la fréquence cardiaque fœtale pourrait être évitée, car les médicaments n’auraient pas influencé celle-ci de manière significative.

En cas de grossesse à haut risque chez les patientes atteintes d’une affection chronique et présentant un risque obstétrical accru, les bêtabloquants peuvent être utilisés selon ces connaissances. Cependant, la pertinence de l’étude est limitée en raison d’un nombre réduit de participants et d’une conception rétrospective. De même, une éventuelle modification de la variabilité de la fréquence cardiaque n’a pas été examinée dans cette étude, mais pourrait être pertinente.

Les auteurs de l’étude recommandent une surveillance étroite et une prise en charge clinique appropriée chez les femmes enceintes qui reçoivent des bêtabloquants afin de détecter les risques éventuels tels qu’une limitation de la croissance intra-utérine.

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