Introduction
L'avortement, qu'il soit spontané (fausse couche) ou induit (interruption volontaire de grossesse ou IVG), est une réalité complexe et multifactorielle. Comprendre les causes, les symptômes et les traitements associés est essentiel pour la prise en charge des femmes concernées et pour la prévention des risques. Cet article explore les différentes facettes de la maladie abortive, en s'appuyant sur des données scientifiques et médicales.
Les Causes d'Avortement chez la Jument : Une Étude de Cas
Une étude menée par l'équipe « Épidémiologie et Plateforme Resumeq » de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a analysé 851 fœtus équins en France entre 2010 et 2019. Cette étude a pu déterminer la cause de l'avortement dans 81 % des cas, avec la répartition suivante :
- Cause infectieuse (microbe) : 56 % des cas
- Cause non infectieuse : 25 % des cas
- Cause indéterminée : 19 % des cas
Bien que cette étude offre une indication sur les principales causes d'avortement chez la jument, il est important de noter qu'elle n'est pas nécessairement représentative de l'ensemble de l'élevage français. En effet, plus de 90 % des fœtus autopsiés provenaient de Normandie, et tous les cas d'avortement ne font pas l'objet d'une autopsie.
Causes Infectieuses
Les bactéries sont les agents pathogènes les plus fréquemment responsables d'avortements d'origine infectieuse (82 % des cas). Une placentite macroscopique est visible dans un quart de ces cas. Une quarantaine d'espèces bactériennes ont été isolées, la plus fréquente étant Streptococcus zooepidemicus (20 % des avortements d'origine bactérienne).
Les infections virales représentent 9 % des cas d'avortement d'origine infectieuse, avec une prédominance des virus de la rhinopneumonie forme abortive, notamment l'herpèsvirus de type 1 (HVE-1).
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Les infections fongiques (mycoses) et les infections mixtes (bactériennes et fongiques) sont plus rares, représentant respectivement 1,5 % et 2,5 % des cas. Une placentite est observée dans 95 % de ces types d'infection. La placentite ascendante, une infection du placenta par des bactéries ayant pénétré par la vulve, est une cause fréquente d'avortement.
Prévention des Causes Infectieuses
La prévention des infections bactériennes passe par le maintien de bonnes conditions d'hygiène pour les juments gestantes. Les boxes ou stabulations doivent être régulièrement entretenus pour limiter les risques de contamination microbienne. Les palpations vaginales chez les juments pleines sont fortement déconseillées.
Une mauvaise conformation de la vulve peut favoriser l'entrée de bactéries. Dans ce cas, une suture adéquate (vulvoplastie) peut être nécessaire. Une modification de l'orientation de la vulve, consécutive à un amaigrissement, peut également être à l'origine de placentite.
Rhinopneumonie
La forme abortive de la rhinopneumonie, due à l'herpèsvirus équin de type 1 (HVE-1), est une cause importante d'avortements. Dans ces cas, l'avortement survient souvent sans signes prémonitoires, généralement en fin de gestation (entre le 9ème et le 11ème mois), mais parfois dès le 4ème mois. Le fœtus et le placenta sont expulsés sans difficultés, et la jument n'est pas malade. Dans certains cas, le poulain naît à terme et vivant, mais il présente des difficultés respiratoires et meurt dans les jours suivant la naissance. Ces poulains sont hautement contagieux.
Il existe des vaccins qui contribuent à prévenir les avortements découlant d'une infection par le HVE-1, mais ils ne garantissent pas une protection totale.
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Autres Causes d'Avortement chez la Jument
- Torsion du cordon ombilical : Un excès de torsion du cordon ombilical peut bloquer la circulation sanguine en direction du fœtus, entraînant sa mort. Un cordon trop long est un facteur prédisposant.
- Gestation gémellaire : La jument ne peut généralement pas assurer le développement à terme de deux poulains. Une résorption spontanée d'une vésicule peut se produire, mais si la gestation gémellaire persiste, l'avortement des deux fœtus est fréquent.
- Maladies générales : Certaines maladies de la jument, telles que des coliques sévères, la grippe, la piroplasmose ou la leptospirose, peuvent provoquer l'avortement. Certains médicaments peuvent également avoir cet effet.
- Traumatismes : Un décollement placentaire peut être occasionné par un traumatisme, comme un coup de pied.
Comment Prévenir l'Avortement chez la Jument ?
Il est important d'examiner quotidiennement les juments dans les deux derniers mois de gestation (mamelle, vulve) et de consulter un vétérinaire en cas d'anomalie. Une échographie du placenta peut être réalisée pour confirmer une suspicion de placentite. Un traitement antibiotique précoce peut permettre d'éviter l'avortement.
Un diagnostic échographique de gestation précoce permet de détecter les gestations gémellaires et de prendre les mesures nécessaires.
L'Avortement Spontané (Fausse Couche) chez l'Humain
L'avortement spontané, ou fausse couche, est la perte non provoquée d'un fœtus avant le 180e jour de gestation. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) définit l'avortement comme l'expulsion de « produits ovulaires » pesant moins de 500 grammes et avant 22 semaines d’aménorrhée.
Les fausses couches spontanées représentent 10 à 20 % des interruptions de grossesse.
Causes des Fausses Couches
Les causes des fausses couches peuvent être maternelles ou ovulaires.
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- Causes maternelles : Elles regroupent les causes génitales (malformations utérines, synéchies, fibrome, béance du col utérin), les causes hormonales (insuffisance en œstrogènes ou progestérone, hypothyroïdie), et les causes générales (carence alimentaire, intoxication, maladie infectieuse, diabète, syphilis, traumatismes).
- Causes ovulaires : Elles correspondent à des anomalies fœtales et représentent environ 70 % des fausses couches. Ces facteurs agissent surtout pendant le premier trimestre de la grossesse et provoquent la mort embryonnaire avant expulsion. Dans environ 60 % des cas, et en particulier pendant le premier trimestre de la grossesse, les fausses couches sont dues à des anomalies de l’embryon qui empêchent son développement normal. Il peut s’agir d’anomalies au niveau des chromosomes ou d’anomalies du développement embryonnaire. Parfois, les membranes embryonnaires et le placenta se développent en l'absence d'un embryon, ce que l'on appelle un « œuf clair ».
Certaines maladies maternelles augmentent le risque de fausse couche, notamment la toxoplasmose, la rubéole, la listériose, l’infection par les salmonelles ou le cytomégalovirus.
Contrairement à ce que croient de nombreuses personnes, l'activité physique, les efforts physiques, le travail ou les relations sexuelles n'ont aucun effet sur le risque de fausse couche.
Le risque d’avortement spontané augmente avec l’âge de la mère. On estime que ce risque est de 9 % à 20 ans, de 20 % à 35 ans, de 40 % à 40 ans et de 80 % au-delà de 45 ans.
Si une fausse couche unique n’a aucune influence sur le succès des grossesses futures, l’existence de deux fausses couches successives (avec le même père) semble augmenter le risque d’en développer une nouvelle.
Signes et Symptômes d'une Menace d'Avortement
En début de grossesse, les signes d'une menace d'avortement consistent en des métrorragies (petites pertes de sang rouge) indolores ; des coliques s'y associent parfois. L'augmentation croissante des pertes sanguines et des douleurs, accompagnées de l'ouverture du col, annonce l'avortement proprement dit. Les fausses couches tardives se traduisent essentiellement par des contractions utérines et parfois de légers saignements vaginaux avant l’expulsion.
Si les saignements vaginaux sont abondants et que la femme enceinte présente des signes de choc (faiblesse, vertiges, étourdissements, confusion, nausées, vomissements, variation de la température corporelle ou du rythme cardiaque), la consultation est urgente.
Prise en Charge d'une Fausse Couche
Le repos absolu au lit, accompagné d'un traitement médical (hormones, antispasmodiques), se révèle le meilleur moyen de lutter contre les menaces d'avortement.
L'avortement est dit complet lorsque le contenu de la cavité utérine est expulsé ; il ne nécessite aucun traitement particulier. En revanche, s'il y a rétention placentaire dans la cavité utérine, une aspiration ou un curetage peut être pratiqué sous anesthésie générale ou péridurale afin d'assurer la vacuité utérine. Des antibiotiques sont prescrits immédiatement pour prévenir une éventuelle infection.
Lorsque l’expulsion n’est pas totale ou que la patiente ne souhaite pas attendre que la fausse couche se termine naturellement, un traitement peut être prescrit. Dans le cas du médicament, le misoprostol est administré soit par voie orale soit par voie vaginale. Il provoque des contractions musculaires et l’ouverture du col de l’utérus afin de permettre l’expulsion du placenta et des tissus embryonnaires.
Impact Psychologique des Fausses Couches
Les fausses couches spontanées à répétition (FCSR) peuvent engendrer un traumatisme psychologique important chez les patientes, comparable à celui de la mort fœtale in utero ou à la perte d’un enfant en période néonatale. Il est essentiel de proposer un soutien psychologique adapté aux femmes concernées.
Lien entre Qualité du Sperme et Fausses Couches
Des études récentes ont mis en évidence un lien entre la qualité du sperme et le risque de fausses couches répétées. Le sperme des hommes dont les partenaires ont subi des fausses couches récurrentes présente souvent un ADN deux fois plus endommagé que la normale, ainsi qu'une concentration plus élevée de molécules réactives à l'oxygène.
L'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG)
L’IVG, ou Interruption Volontaire de Grossesse, est un acte médical permettant à chaque femme enceinte d’avorter si elle le souhaite, dans le respect des délais légaux. En France, l’IVG est un droit acquis depuis 1975.
Méthodes d'IVG
Il existe deux méthodes d'IVG : l'IVG médicamenteuse et l'IVG chirurgicale.
- IVG médicamenteuse : Elle consiste en la prise de deux types de médicaments à différents intervalles. Ces derniers ont pour effet d’interrompre la grossesse et d’expulser l’œuf. L’IVG médicamenteuse est autorisée jusqu’à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d’aménorrhée (9 SA).
- IVG chirurgicale : Elle est pratiquée sous anesthésie locale ou générale, par aspiration endo-utérine.
Effets Indésirables et Complications de l'IVG
Les effets indésirables qui surviennent le plus fréquemment pendant la réalisation d’une IVG médicamenteuse sont les douleurs, les troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhées) et les saignements.
Les complications après une IVG médicamenteuse ou chirurgicale sont rares, mais peuvent inclure une hémorragie, une infection ou des douleurs persistantes.
Suivi Post-IVG
Afin de s’assurer de l’absence de complications post IVG, une consultation de contrôle est programmée 15 à 21 jours suivant l’IVG.
Impact sur la Fertilité
L'IVG, réalisé dans de bonnes conditions (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé), n'a pas d'impact sur la fertilité de la femme.
Soutien Psychologique Post-IVG
Après une IVG, il est important de pouvoir parler, se sentir écoutée et soutenue. Il est possible de se confier à une personne de confiance, à un professionnel de santé ou à un psychologue.
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