La maternité est souvent perçue comme un moment de bonheur intense dans la vie d'une femme. Cependant, cette période de transformation est également jalonnée de défis psychologiques significatifs. L'arrivée d'un enfant, qu'il s'agisse du premier ou non, est une expérience à la fois merveilleuse et déstabilisante, entraînant des changements profonds tant sur le plan personnel que professionnel. Il est essentiel de comprendre ces transformations pour mieux accompagner les femmes durant cette étape cruciale de leur vie.
L'Impact Psychologique de la Maternité
La maternité est bien plus qu'un simple changement de statut familial. Elle implique une réévaluation complète de l'identité personnelle, un processus complexe et riche connu sous le nom de matrescence. Ce terme, qui emprunte à la fois à l'adolescence et à la maternité, souligne les changements comparables que ces deux phases de la vie peuvent provoquer. La matrescence est une période de réévaluation de soi et de redéfinition de son identité, où la femme intègre les transformations émotionnelles et psychologiques profondes induites par la grossesse et l'accouchement.
La grossesse et l'accouchement entraînent des bouleversements psychiques qui peuvent affecter la perception de soi et des autres. Ces transformations ne se limitent pas aux neuf mois de grossesse, mais persistent pendant des années, voire des décennies, après la naissance de l'enfant. Des études récentes montrent que la physiologie des mères se modifie durablement, avec des changements notables dans le volume de la matière grise cérébrale, notamment dans les régions impliquées dans la cognition sociale et la capacité à se mettre à la place d'autrui.
Les Risques Psychologiques Périnatals
La périnatalité, période entourant la naissance, est une phase de vulnérabilité accrue pour les femmes. Selon une note de cadrage de la HAS (Haute Autorité de la Santé), 20% des causes de mortalité maternelle sont des suicides. Les risques psychologiques liés à cette période concernent toutes les femmes, qu'elles soient primipares ou multipares. Parmi ces risques, on retrouve :
Le Baby-Blues
Le baby-blues survient tôt après l'accouchement, généralement dès le troisième jour, et peut persister de quelques jours à trois semaines. On l'associe souvent à la baisse hormonale chez la femme, ainsi qu'à une vague d'émotions fortes liée à l'arrivée du bébé et au changement de rôle, ou d'identité, que vit la femme. Il se manifeste par une tristesse passagère, des pleurs fréquents, une irritabilité accrue et une fatigue intense.
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La Dépression Post-Partum
La dépression post-partum, également connue sous le nom de dépression postnatale ou maternelle, est une condition bien connue et crainte qui survient après l'accouchement. Près de 16,7% des femmes sont confrontées à ces difficultés, selon l'enquête périnatale de 2020. Souvent réduite à un diagnostic répétitif de dépression, elle englobe en réalité une gamme complexe et variée de difficultés maternelles. Elle se caractérise par une tristesse persistante, une perte d'intérêt pour les activités habituelles, des troubles du sommeil et de l'appétit, un sentiment de culpabilité et une difficulté à s'attacher au bébé.
L'Épisode Psychotique (Psychose Puerpérale)
L'épisode psychotique, ou psychose puerpérale, se distingue des autres troubles associés à la grossesse ou à l'accouchement. C'est un trouble psychiatrique sérieux qui survient généralement dans la semaine suivant l'accouchement. Il est crucial d'obtenir une prise en charge spécialisée dès les premiers signes psychotiques, car la confusion et les idées délirantes peuvent menacer la sécurité de la mère et de l'enfant. Bien que le diagnostic soit complexe, une intervention rapide peut significativement améliorer l'état de la mère et de l'enfant.
L'Effondrement Maternel
Avant la dépression post-partum, il y a un effondrement intérieur, souvent confondu avec le baby-blues. Derrière les mots, les silences et les comportements se cache une réalité souvent inexprimée : un effondrement intérieur secret. C'est un précurseur de la difficulté maternelle, gardé en silence, faute de pouvoir le partager. La maternité n'est pas toujours aussi instinctive et naturelle qu'on le pense ; elle est attendue de toute femme enceinte ou mère. L'étonnement et l'indignation surgissent lorsque ce n'est pas le cas, face à des comportements perçus comme anormaux. L'ignorance de ces expériences se transformerait alors en une forme atténuée de dépression et d'anxiété.
Le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT)
Selon un article paru dans Perinatalité 2020/4 (Vol 12), le trouble de stress post-traumatique affecterait entre 6% et 10% des femmes après l'accouchement, indépendamment du déroulement de celui-ci. Un accouchement sans complications médicales peut également engendrer un syndrome de stress post-traumatique. Les symptômes incluent des flashbacks, des cauchemars, une anxiété intense et une évitement des situations rappelant l'événement traumatique.
Les Manifestations de la Transformation
La maternité peut se manifester de différentes manières, affectant les émotions, les comportements et les relations de la femme. Une mère peut se sentir dépassée, doutant de sa capacité à s'occuper correctement de son enfant. Elle peut avoir du mal à apaiser ses pleurs, à le faire dormir, être perturbée par son regard ou inquiète de son absence, et même appréhender les moments d'intimité. Parfois, elle ne ressent pas d'affection pour lui ou se sent profondément triste et isolée malgré son amour. Il arrive aussi qu'elle ne parvienne plus à éprouver de sentiments pour lui.
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Ces sentiments peuvent être exacerbés par la pression sociale et les attentes irréalistes entourant la maternité. La maternité est souvent décrite comme une période instinctive et naturelle, ce qui peut rendre difficile pour les femmes d'exprimer leurs difficultés et leurs doutes. L'ignorance de ces expériences peut conduire à une forme atténuée de dépression et d'anxiété.
L'Impact sur l'Équilibre Professionnel
La naissance d’un enfant peut bouleverser l’équilibre professionnel d’une femme. Au niveau professionnel, on résume souvent la maternité au fameux « congé mat’ », mais c’est aussi une période de remise en question, d’affirmation de soi ou, au contraire, de perte de confiance. Pour Fabienne Sardas, psychologue clinicienne et psychanalyste spécialiste de la maternité, la maternité fragilise ou renforce l’identité première de la femme. C’est un révélateur puissant. La naissance d’un enfant peut donner la force à certaines de changer de vie au travail.
L’arrivée d’un enfant est une période particulièrement complexe pour la femme. Mais alors, quelle est l’ambition professionnelle d’une mère qui vient d’accoucher ? La maternité fragilise ou renforce l’identité première de la femme. C’est un révélateur puissant. Certaines femmes peuvent ressentir le besoin de réorienter leur carrière, de trouver un travail plus compatible avec leur rôle de mère, ou de se consacrer pleinement à leur enfant. D'autres peuvent au contraire trouver dans leur travail un équilibre et une source d'épanouissement.
Comment Faire Face aux Émotions Pendant la Grossesse
La grossesse est une période de transformation, de grands changements, et souvent de nombreuses questions et incertitudes. Elle entraîne des émotions très variées, parfois contradictoires. Elles surgissent parfois sans qu’on s’y attende dans notre quotidien. Ce flot d’émotions fait souvent partie du chemin pour devenir parents. Avec la grossesse, surtout la première, nos repères changent. Le corps de la femme change, avec le bébé qui grossit et les hormones de la grossesse. Et les esprits changent aussi.
La grossesse et l’arrivée de bébé nous projettent dans l’avenir. Beaucoup de situations nouvelles, inconnues, s’annoncent pour l’avenir. Elles peuvent amener bien des questions : La grossesse va-t-elle bien se passer ? Est-ce que mon bébé sera en bonne santé ? Est-ce que je vais savoir m’y prendre ? Est-ce que je vais aimer mon bébé tout de suite ? Et s’il ne me plait pas ? Et si lui ne m’aime pas ? D'un côté, l’idée d’avoir un bébé, de donner la vie, peut apporter un contentement, une joie et une fierté intenses. On peut aussi ressentir de l’harmonie, un accomplissement. De même, on peut à la fois être pressé que bébé arrive, et ressentir de l’anxiété, de l’inconfort voire du rejet à cette idée. Même quand on a désiré avoir un enfant, on peut ressentir la grossesse comme inconfortable, pénible.
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La peur est une émotion fréquente pendant la grossesse : peur de l’inconnu, de ne pas savoir quoi faire, de ne pas être prêt, de ne pas arriver à aimer son bébé, … Il y a aussi des peurs au sujet de l’accouchement et de la douleur. Et tout cela peut varier d’un jour à l’autre ! Beaucoup de futurs parents disent qu’ils ont l’impression de changer sans cesse d’avis, d’envies, de penser à la fois une chose et son contraire. Par exemple avoir peur de l’inconnu, de ne pas y arriver quand bébé sera là, et juste après se sentir serein et confiant. C’est ce qu’on appelle l’ambivalence. Elle n’est pas grave mais elle peut être désagréable, pour soi et pour les autres.
Stratégies d'Adaptation
Même si cela peut sembler difficile, surtout lorsqu’on a d’autres enfants et le quotidien à gérer, on peut tester quelques pistes pour mieux vivre avec ses émotions et éviter que le stress s’installe.
- Trouver ce qui nous apaise, et s’autoriser à le faire. On peut rester seul au calme ou, au contraire, prendre du temps en couple ou sortir avec des amis.
- Limiter les « obligations » que nous nous imposons. En faisant le tri entre ce qui est vraiment important pour nous et ce qui l’est moins, souvent on va pouvoir se redonner du temps, ralentir un peu. Un temps qui peut servir à porter un autre regard, plus apaisé, sur les choses qui nous inquiètent.
- Être à l’écoute de ses questionnements. Nos doutes, nos craintes, nos peurs, ne sont pas superficiels. Ils méritent notre attention. En étant attentif et attentionné envers soi-même, on peut se découvrir des forces à utiliser pour vivre au mieux avec les émotions de la grossesse. Peu à peu on prend confiance en soi.
- Rechercher du soutien. Si on en ressent le besoin, on peut parler de tout cela avec sa famille, ses amis ou un professionnel. On peut faire appel au médecin ou à la sage-femme qui suit notre grossesse, où en parler pendant les séances de préparation à la naissance et à la parentalité. On peut aussi pousser la porte du centre de PMI pour se confier. Pour se faire aider, on peut aussi solliciter un psychologue conventionné : l'Assurance maladie prend en charge jusqu'à 12 séances par année civile. Le dispositif Mon soutien psy permet à toute personne angoissée, déprimée ou en souffrance psychique, de bénéficier de séances d'accompagnement psychologique. Quand on est enceinte (à partir du 6ième mois de grossesse), avec une complémentaire santé, on peut être dispensée de l'avance de frais.
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