"Allons enfants de la Patrie…" Ces mots, qui ouvrent La Marseillaise, sont connus de tous. Cet article se propose de retracer l'histoire de ce chant emblématique, de sa création à son adoption comme hymne national, en explorant les controverses qui l'entourent et son évolution à travers les époques.
Contexte Historique: Strasbourg, Avril 1792
Au printemps 1792, la France est en pleine tourmente révolutionnaire. La monarchie constitutionnelle, instaurée en septembre 1791, est fragile et Louis XVI, bien que toujours sur le trône, voit ses pouvoirs limités. L'Europe monarchique, menacée par les idées révolutionnaires, se coalise contre la France. Le 20 avril 1792, la France déclare la guerre à l'Autriche, suivie de la Prusse.
Strasbourg, ville frontalière, se retrouve en première ligne face à la menace d'invasion. La ville est également divisée politiquement entre les Feuillants, partisans d'une monarchie constitutionnelle, et les Jacobins, plus radicaux. Philippe-Frédéric de Dietrich, maire de Strasbourg et membre de la Société de l'Auditoire du Temple Neuf, est un homme des Lumières, proche des milieux libéraux et de La Fayette. Il reçoit dans son salon des hommes d'affaires, des professeurs, des artistes et des militaires.
La Genèse du Chant de Guerre pour l'Armée du Rhin
C'est dans ce contexte de crise interne et externe que, le 25 avril 1792, Dietrich commande à Claude Joseph Rouget de Lisle, capitaine du génie en garnison à Strasbourg, un "Chant de guerre pour l'Armée du Rhin". Rouget de Lisle, également poète et musicien, est un familier de la famille Dietrich et partage leurs convictions politiques.
Ce soir-là, au dîner chez les Dietrich, il est question de menaces et de comment remotiver une armée du Rhin, très affaiblie. La musique est alors indispensable aux armées : elle sert à communiquer sur le champ de bataille, à marcher en rythme, à encourager les soldats, à régler la vie quotidienne et la discipline dans le camp militaire, à fêter la victoire, à pleurer les morts, à se divertir… Rouget de Lisle, le sait bien et compose dans la nuit le Chant de Guerre pour l’Armée du Rhin, qu’il interprète le lendemain chez les Dietrich.
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Plusieurs versions diffèrent sur les circonstances exactes de sa création : le soir même lors d’un dîner chez Dietrich, le maire de Strasbourg, le lendemain matin après une nuit de composition, ou encore chantée lors d’un repas de corps. L’histoire a conservé le récit immortalisé par Lamartine dans son Histoire des Girondins et le tableau d’Isidore Pils, peint en 1849, dans l’euphorie de la proclamation de la IIe République.
Rouget de Lisle: Créateur ou Usurpateur?
La paternité de La Marseillaise par Rouget de Lisle est parfois remise en cause. Certains suggèrent qu'il se serait inspiré d'affiches placardées dans les rues de Strasbourg par la Société des amis de la Constitution, reprenant des expressions comme "Aux armes citoyens". D'autres évoquent une possible influence d'un chant protestant écrit en 1560.
Au-delà du texte, l'origine de la musique est également sujette à débat. L'hypothèse la plus probable est celle d'un dérivé de l'oratorio "Esther" de Jean-Baptiste-Lucien Grisons, maître de chapelle à Saint-Omer. L'air des "Stances de la calomnie" présenterait des similitudes frappantes avec la musique de La Marseillaise.
Cependant, il faut reconnaître le talent de Rouget de Lisle qui a su rassembler ces différentes influences pour créer un hymne puissant et mobilisateur.
De Strasbourg à Marseille: L'Ascension d'un Chant
Le chant est joué pour la première fois en public, le 29 avril, à Strasbourg sur la place d’Armes - actuelle Place Kléber - par la Garde nationale et se diffuse dans toute l’Alsace, jusque dans le sud de la France sous forme de feuillets vendus à bas prix dans la rue. François Mireur, un jeune médecin de Montpellier, découvre le Chant de l'Armée du Rhin et le fait connaître à ses coéquipiers.
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Le 22 juin 1792, à Marseille, Mireur entonne le chant lors d'un banquet. L'assemblée est conquise et reprend le chant avec ferveur. Les bataillons marseillais, en route pour Paris, en font leur chant de marche, diffusant son air et ses paroles à travers la France.
C'est à Paris, en juillet 1792, que le chant prend le nom de "La Marseillaise". Il devient le symbole des combats républicains et est enseigné sur les places publiques. Goethe le qualifie de "te deum révolutionnaire".
La Marseillaise: Un Hymne à Travers les Régimes
Le 14 juillet 1795, La Marseillaise est décrétée "chant national" par la Convention. Cependant, son histoire est loin d'être linéaire. Jugée trop jacobine, elle est interdite sous l'Empire et la Restauration.
Elle resurgit lors de la révolution des Trois Glorieuses en 1830, inspirant le célèbre tableau de Delacroix, "La Liberté guidant le peuple". Berlioz en réalise une orchestration qu'il dédie à Rouget de Lisle.
Après une nouvelle mise à l'écart sous le règne de Louis-Philippe, La Marseillaise revient en force lors de la révolution de 1848 et se propage dans toute l'Europe, inspirant les mouvements révolutionnaires du "Printemps des peuples".
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Le Second Empire interdit à nouveau La Marseillaise, lui préférant "Partant pour la Syrie". Ce n'est qu'avec la proclamation de la Troisième République en 1870 que La Marseillaise retrouve son statut d'hymne national en 1879.
La Marseillaise: Symbole de la Nation Française
La Marseillaise a traversé les époques, accompagnant les moments de gloire et les épreuves de la France. Elle a été le chant de "l'union sacrée" pendant la Première Guerre mondiale, l'hymne de la Résistance pendant l'Occupation, et continue d'être un symbole d'unité et de fierté nationale.
La Constitution de 1946, puis celle de 1958, mentionnent expressément que l’hymne national est La Marseillaise.
Aujourd'hui, La Marseillaise est bien plus qu'un simple chant patriotique. Elle est un symbole de la République, de ses valeurs et de son histoire. Elle résonne lors des cérémonies officielles, des commémorations et des événements sportifs, rappelant à tous les Français les idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité.
Controverses et Interprétations
Malgré son statut d'hymne national, La Marseillaise a suscité et suscite encore des controverses. Ses paroles guerrières et son association avec la Révolution française ont été critiquées par certains. Des interprétations novatrices, comme la version reggae de Serge Gainsbourg, ont également provoqué des réactions passionnées.
Cependant, au-delà des polémiques, La Marseillaise reste un symbole fort de l'identité nationale française. Son enseignement aux jeunes générations est essentiel pour transmettre les valeurs qu'elle représente et pour perpétuer la mémoire de ceux qui se sont battus pour la liberté.
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