La société est structurée en différentes couches sociales, un concept omniprésent dans le débat public mais souvent mal défini. Cet article vise à clarifier ces notions en explorant les différentes approches de définition des classes sociales, leurs évolutions et leurs implications.
Terminologie : Groupe, Milieu, Catégorie ou Classe Sociale ?
Le choix des mots est crucial. Les termes "groupe", "milieu", "catégorie" et "classe" sociale sont souvent utilisés de manière interchangeable, mais certains ont des connotations spécifiques. "Classes sociales" renvoie traditionnellement à la définition marxiste, qui oppose les capitalistes (propriétaires des moyens de production) aux prolétaires (vendant leur force de travail). Cependant, l'utilisation courante de "classes populaires" ou "moyennes" ne se réfère pas nécessairement à cette interprétation stricte. On peut parler de « catégorie sociale » sans se référer explicitement à l’Insee.
Définir les Classes Sociales : Approches et Méthodes
Plusieurs méthodes permettent de déterminer la hiérarchie sociale :
1. La Nomenclature Socio-Professionnelle (PCS)
Cette approche, utilisée par l'Insee, se base sur les professions exercées. Elle définit un statut social en fonction de multiples facteurs : revenus, niveau de diplôme, responsabilités, etc. La nomenclature distingue :
Cadres supérieurs : Ceux qui prennent les décisions.
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Professions intermédiaires : Un échelon intermédiaire.
Ouvriers et employés : Les exécutants.
Agriculteurs exploitants et indépendants : Une catégorie à part.
Les sociologues qualifient généralement les employés et ouvriers de catégories "populaires", les professions intermédiaires de "moyennes", et les cadres supérieurs sont divisés entre "moyennes" et "supérieures". Cet outil est précieux pour analyser la société sous divers angles (consommation, éducation, loisirs) en fonction de milieux sociaux homogènes. La plupart des études scientifiques, notamment en sociologie, utilisent ce découpage très élaboré et débattu régulièrement au sein des instances statistiques publiques.
2. Le Revenu
Une approche plus simple et intuitive consiste à classer les individus en fonction de leurs revenus : riches, pauvres et moyens. Bien que plus réductrice que l'approche basée sur les professions, elle est plus facile à appréhender. L'Observatoire des inégalités s'efforce de clarifier cette approche en définissant des critères précis pour éviter les amalgames, comme celui de considérer comme "moyennes" des personnes parmi les 10 % les plus riches.
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L’inconvénient d’utiliser les revenus, c’est que cela ne dit pas grand-chose du statut social des personnes. Si l’on veut comprendre comment se structure en profondeur la société française, passer par les professions est la méthode la plus pertinente. Parce qu’au fond elle nous parle de hiérarchie sociale dans son ensemble et du pouvoir qu’ont certains groupes sur les autres. Si l’on s’intéresse uniquement à la hiérarchie monétaire, alors on peut se contenter d’un classement fondé sur les niveaux de vie.
Les Classes Sociales Selon Karl Marx
Karl Marx a formulé une théorie des classes sociales basée sur la place des individus dans le système de production. Il identifie deux classes principales :
La bourgeoisie (ou capitalistes) : Propriétaires des moyens de production (entreprises, capital).
Le prolétariat : Ceux qui vendent leur force de travail en échange d'un salaire.
Selon Marx, la société capitaliste est marquée par une lutte constante entre ces deux classes, due à l'exploitation du prolétariat par la bourgeoisie. Cette lutte des classes favorise une prise de conscience de leurs intérêts communs, au de la classe ouvrière comme au sein de la bourgeoisie : la conscience de classe, d'appartenance à ces classes sociales, est ainsi une des autres caractéristiques des classes sociales pour Marx.
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Les Classes Sociales Selon Max Weber
Pour Max Weber, il n’y a pas forcément lutte des classes car les classes sociales peuvent n’être que des classe nominales (elles n’existent pas réellement contrairement à ce que pense Marx), construites pour comprendre la réalité économique. Parfois, elles forment des classes sociales réelles lorsqu’un conflit éclate entre créanciers et débiteurs (dans l’antiquité notamment), entre travailleurs et propriétaires fonciers sous l’ancien régime. Dans notre société, ce sont plutôt les groupes de statut qui ont une réalité sociale. Pour M. Weber, il peut exister une multiplicité des classes sociales, suivant les chances différenciées d’accès aux biens et aux services mais il est possible de distinguer quatre classes sociales : : « la classe ouvrière », « la petite bourgeoisie », « les intellectuels et les spécialistes sans biens (techniciens, employés de commerce et fonctionnaires) », « les classes des possédants et de ceux qui sont privilégiés par leur éducation ».
Tendances Actuelles
Le sentiment d'appartenance à une classe sociale au sens de Marx affirmée diminue : la conscience de classe n'est plus aussi nette qu'autrefois. De plus, la classe sociale "subjective" d'appartenance (celle à laquelle on pense appartenir) est de plus en plus fréquemment la classe moyenne, qu'il est bien difficile de définir.
On assisterait donc à une moyennisation de la société, contre la bipolarisation prévue par Marx : un mode de vie de classe moyenne tendrait à se généraliser dans la population, ce qui fait dire à certains que la classe moyenne devient la "classe centrale". Au final, il n'y aurait donc plus de classes rivales, en lute, identifiées clairement, mais plutôt des constellations non homogènes de groupes sociaux ou d’individus, gravitant autour de la classe moyenne.
Ces deux tendances expliqueraient la baisse de la conflictualité sur le marché du travail, la perte de puissance des partis de travailleurs, notamment révolutionnaires, et le déclin syndical.
Enjeux et Débats
L'enjeu essentiel de l’analyse marxiste des classes sociales reste la constitution d'une conscience de classe : un ensemble d'individus peut-il constituer une classe sociale sans en avoir conscience ? En effet, une classe "en soi", c'est à dire matériellement observable, objective, peut exister sans que le sentiment d'y appartenir ne soit discernable. Pour passer à une classe "pour soi", il faut que les individus prennent conscience d'un rapport d'exploitation, ce qui ne va pas sans difficultés. Dans la vision marxiste, cette prise de conscience va pousser à la révolte, qui se manifeste de prime abord par l'organisation des travailleurs en partis et syndicats. C'est donc cette conscience de classe qui permettra finalement d'initier la lutte des classes dans l'analyse marxiste.
Aujourd'hui, il y a donc plusieurs débats :
- Les classes sociales existent-elles encore objectivement ?
- L'individualisme de masse limite-t-il toute possibilité d'organisations sociales et d'actions collectives ?
- Le travail n'est-il plus qu'un élément parmi d'autres dans la formation des identités sociales ?
Les Inégalités et le Féminisme
Le féminisme offre une perspective critique sur les classes sociales, en soulignant la nature patriarcale de la société. Les féministes affirment que les inégalités entre les genres sont socialement construites et non biologiquement déterminées. Les rôles et les attentes liés au genre, assignés dès la socialisation primaire, profitent généralement aux hommes et perpétuent les inégalités.
Revenus et Catégories Sociales : Une Vue d'Ensemble
À partir de quel niveau de revenus est-on riche ou pauvre ? Qui appartient aux classes populaires, moyennes ou aisées ? Ces questions, centrales, sont souvent laissées dans le vague. Tout d’abord, nous utilisons le seuil de pauvreté, fixé à 50 % du niveau de vie médian. En haut de l’échelle des revenus, nous déterminons le seuil de richesse comme le double du niveau de vie médian. Ensuite, nous définissons les classes populaires comme les personnes dont les revenus sont parmi les 30 % les plus faibles. Elles comprennent donc les pauvres. Les classes aisées regroupent les personnes dont les revenus se situent parmi les 20 % les plus élevés. Elles incluent donc les riches.
Enfin, selon la composition de la famille à laquelle on appartient, on n’est pas riche ou pauvre avec le même niveau de revenus.
Revenus des Catégories Populaires, Moyennes et Aisées Selon le Type de Ménage
| Personne seule | Famille monoparentale avec un enfant de moins de 14 ans | Couple sans enfant | Couple avec un enfant de moins de 14 ans | Couple avec deux enfants de plus de 14 ans | Couple avec trois enfants, dont un de moins de 14 ans | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Seuil de pauvreté | 1 073 | 1 395 | 1 610 | 1 931 | 2 683 | 3 004 |
| Classes populaires | Moins de 1 683 | Moins de 2 188 | Moins de 2 525 | Moins de 3 029 | Moins de 4 208 | Moins de 4 712 |
| Classes moyennes | De 1 683 à 3 119 | De 2 188 à 4 055 | De 2 525 à 4 679 | De 3 029 à 5 614 | De 4 208 à 7 798 | De 4 712 à 8 733 |
| Classes aisées | Plus de 3 119 | Plus de 4 055 | Plus de 4 679 | Plus de 5 614 | Plus de 7 798 | Plus de 8 733 |
| Seuil de richesse | 4 293 | 5 581 | 6 440 | 7 727 | 10 733 | 12 020 |
Revenus mensuels par ménage, après impôts et prestations sociales. Lecture : les personnes seules aisées ont des revenus situés au-dessus de 3 119 euros par mois. Les personnes seules sont ainsi considérées comme pauvres si leur revenu est inférieur à 1 100 euros mensuels (Insee, données 2023). Jusqu’à 1 700 euros environ, elles appartiennent aux classes populaires et, entre 1 700 et 3 100 euros, aux classes moyennes (montants arrondis). Pour les couples sans enfant, le seuil de pauvreté se situe à 1 600 euros par mois. Ces couples appartiennent aux classes moyennes s’ils disposent de revenus compris entre 2 500 et 4 700 euros.
Pour comparer le revenu de ménages de composition différente, on utilise une échelle d’équivalence appelée « unités de consommation (UC) » dans le jargon des statisticiens. Il s’agit d’un système qui consiste à diviser le revenu du ménage en fonction d’un certain nombre de parts. Le premier adulte vaut une part, le second compte pour 0,5 part. Un couple n’a pas besoin de gagner deux fois plus qu’un célibataire pour vivre aussi bien : on n’a pas besoin de deux chaudières ou de deux cuisines, par exemple. On estime que le niveau de vie d’un couple est équivalent à 1,5 fois (1 part + 0,5 part) celui d’un célibataire. De même, les enfants comptent pour 0,5 part s’ils ont plus de quatorze ans et pour 0,3 part s’ils sont plus jeunes.
Évolution de la Structure Sociale en France
L’Insee livre régulièrement des données qui permettent de mesurer l’évolution de la structure sociale depuis le début des années 2000 de façon très détaillée. Ainsi, si l’on compte l’ensemble des inactifs (notamment les retraités), la catégorie « employés » regroupe un quart de la population (soit 15 millions de personnes) à elle seule. Ouvriers et employés représentent 45 % de la population, plus de la moitié même si l’on y intègre les personnes sans activité professionnelle, souvent très modestes. A l’opposé de l’échelle sociale, les cadres supérieurs forment 13 % de l’ensemble. Le cœur des classes moyennes, les professions intermédiaires, regroupent un Français sur cinq.
Entre 2003 et 2017, la part des cadres supérieurs est passée de 14,4 % à 17,1 %. Au cours des 14 dernières années, le groupe des cadres actifs s’est presque uniquement développé par le biais du privé : cadres administratifs ou ingénieurs (+ 1 point), cadres administratifs et commerciaux d’entreprise (+ 0,8 point). On note un phénomène que nous avions déjà signalé : depuis 2012, la part des cadres supérieurs dans la population stagne, du jamais vu depuis les années 1980.
Le cœur des classes moyennes (la catégorie « professions intermédiaires », ex « cadres moyens ») progresse autant que les cadres et occupe désormais un quart de la population active. Les professions de la santé et du travail social, ainsi que les agents de maîtrise et les techniciens du privé (représentants, chargés de clientèle bancaire, etc.), progressent le plus. Les professions intermédiaires du secteur public déclinent.
La part des employés s’érode, mais de façon contrastée : celle des employés du privé baisse fortement (- 2,3 points entre 2003 et 2017) mais celle des emplois domestiques, ainsi que des employés du commerce, augmente.
Le monde des ouvriers est celui qui décline le plus avec un perte de 2,7 points, notamment du fait du déclin industriel, qu’il s’agisse d’ouvriers qualifiés (- 1,6 point) ou non (- 0,9 point).
Enseignements
La structure sociale de la population active reste tirée vers le haut. L’arrêt de la progression de la part des cadres supérieurs depuis 2012 est un phénomène nouveau : s’agit-il d’un mouvement conjoncturel ou le signe d’un changement de fond ? Pour l’heure, il est surtout dû au frein mis sur l’emploi public.
Historiquement, l’élévation des qualifications et les mutations du travail ont entraîné l’essor des catégories du haut de la structure sociale. C’est encore le cas, mais cela ne le sera pas forcément toujours. L’accentuation d’une compétition par les coûts salariaux entre pays riches met la pression sur les salaires. Même si ce phénomène ne se traduit pas encore à grande échelle dans les données d’emploi en France, une économie inégalitaire qui ressemble à celle des pays en développement peut se satisfaire d’une classe très favorisée et d’une masse d’employés mal rémunérés à leur service. L’essor des employés du commerce et des services aux particuliers d’un côté, et le déclin de l’emploi public qualifié de l’autre, va dans ce sens.
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