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Janusz Korczak : Un Pédiatre Juif au Service de l'Éducation et des Droits de l'Enfant

Introduction

Janusz Korczak, de son vrai nom Henryk Goldszmit, fut une figure emblématique de la pédagogie et un fervent défenseur des droits de l'enfant. Né à Varsovie vers 1878 et mort le 6 août 1942 au camp d'extermination de Treblinka, ce médecin, éducateur, écrivain et homme de radio polonais a consacré sa vie à la cause des enfants, laissant un héritage profond et durable. Son approche novatrice de l'éducation, centrée sur le respect et la reconnaissance de l'enfant comme un être à part entière, continue d'inspirer les éducateurs et les défenseurs des droits de l'enfant à travers le monde.

Un Parcours Multiforme au Service de l'Enfance

Médecin et Éducateur

Korczak a d'abord embrassé la carrière de médecin, publiant de nombreux articles scientifiques. Cependant, son intérêt s'est rapidement tourné vers l'éducation. Dès 1912, il dirige la Maison de l’orphelin à Varsovie. Il a dirigé des orphelinats et créé une école qui invente des dispositifs pédagogiques novateurs comme le tribunal hebdomadaire des enfants. C’est là qu’il a construit une réflexion éducative, basée sur l’observation et l’écoute, sans naïveté, riche d’une complexité qui transparaît dans ses écrits. Son expérience de médecin-pédiatre, d’éducateur et de directeur d'orphelinat a profondément influencé sa pensée et sa pratique pédagogique.

Écrivain et Homme de Radio

Korczak était également un écrivain prolifique, auteur de nombreux articles, d'essais sur l'éducation et de livres pour enfants. Dans ses romans jeunesse, il adoptait un ton plus enveloppant, sans pour autant édulcorer la réalité du monde. Le plus célèbre d’entre eux, « Le roi Mathias Ier », apporte par exemple aux jeunes lectrices et lecteurs un éclairage sur les conflits politiques et le fonctionnement d’une démocratie. Il fut aussi l'éditeur d’un journal, La petite revue, entièrement rédigée par les enfants eux-mêmes, et a également produit un programme hebdomadaire à la radio, dédié à l'éducation pendant les années 1920 en Pologne. Lorsque l’antisémitisme monte en Pologne et que Janusz Korczak se retrouve licencié de la radio au sein de laquelle il animait une émission à succès, « Les causeries du vieux docteur », ses collègues rappellent haut et fort sa faculté à « parler aux enfants comme s’ils étaient des adultes et aux adultes comme s’ils étaient des enfants ».

La République des Enfants : Un Modèle d'Éducation Démocratique

En 1911 déjà, à l’orphelinat Dom Sierot qu’il dirige avec son amie éducatrice Stefania Wilczynska, il fonde une République des enfants avec son parlement, son tribunal et son journal. Au sein des deux orphelinats qu’il fonde, le passionné instaure un système d’autogestion démocratique baptisé « La République des enfants ». L’orphelinat est organisé comme une « république des enfants », où ceux-ci sont traités comme les égaux des adultes et associés à toutes les décisions qui les concernent via un conseil d’autogestion, un parlement, et même un tribunal des enfants. L’école favorise les principes démocratiques, l’esprit de collectivité, l’organisation et la solidarité. Korczak y met en œuvre des principes pédagogiques novateurs, plaçant l'enfant au centre de son propre apprentissage et favorisant son autonomie et sa responsabilité.

Le Tribunal des Enfants

La plus célèbre institution qu'il a imaginée est le tribunal. Chaque semaine, il y a une séance du tribunal, pendant la semaine, tous ceux et toutes celles qui ont quelque chose à reprocher à quelqu'un, y compris les adultes, mettent dans une boîte aux lettres leurs revendications. À la fin de la semaine, on tire au sort cinq enfants parmi ceux qui ne sont pas impliqués dans les affaires courantes. Et ces cinq enfants vont devoir juger toutes ces affaires. Ils disposent en général d'une à deux heures pour cela, mais ils disposent aussi de quelque chose d'infiniment précieux, un code civil qui comporte 120 articles. Le premier, c'est au fond l'affaire. Et le dernier article, c'est l'enfant est exclu. Et ce que demande Korczak au juge, c'est de respecter l'ordre des articles. C'est-à-dire de regarder les articles dans l'ordre et d'examiner la situation en fonction de l'ordre des articles. Janusz Korczak avait le rôle du greffier. Philippe Mérieux ajoute : "ça oblige les enfants à ne pas dire n'importe quoi." Pour Janusz Korczak, il s'agissait de pousser les enfants à donner le meilleur d'eux-mêmes, il appelait cela "les belles contraintes".

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L'Enfant, un Être Complet et Inachevé

Korczak considérait l'enfant comme un être à part entière, avec ses propres droits et sa propre dignité. « Les enfants ne sont pas des personnes en devenir mais des personnes à part entière. » A elle seule, cette citation résume la pensée et le combat de Janusz Korczak. "L'enfant est inachevé parce qu'il faut le protéger, il est fragile, mais il est aussi complet parce que c'est déjà un être qui a une multitude de sentiments, d'émotions et de pensées. Korczak a cette belle formule 'les chagrins des petits ne sont pas des petits chagrins, les pensées des petits ne sont pas des petites pensées'. Et donc il est inachevé, il mérite d'être protégé, en particulier contre ce que Korczak appelle l'homorapax, celui qui va chercher à l'exploiter, à l'utiliser, à le mettre sous tutelle. Il faut le protéger, mais il faut aussi le considérer comme un être complet qui doit être entendu". Il précisait aussi : "être entendu ne signifie pas forcément être approuvé". Il critiquait la tendance des adultes à considérer l'enfant comme un être inférieur, à le traiter avec condescendance et à lui imposer leurs propres valeurs et leurs propres attentes. Page 92 : « Nous lui [l’enfant] faisons porter le fardeau de ses devoirs d’homme de demain sans lui accorder ses droits d’homme d’aujourd’hui. »

Le Droit au Respect

Pour Korczak, le droit au respect est fondamental. Il s'agissait de reconnaître la valeur intrinsèque de chaque enfant, de respecter ses opinions, ses sentiments et ses besoins. Korczak mettait en garde contre les dangers de l'autoritarisme et de la manipulation, prônant une éducation basée sur la confiance, le dialogue et la coopération.

L'Engagement de Korczak pendant la Seconde Guerre Mondiale

En 1939, lorsque l’Allemagne envahit la Pologne, il accompagne » ses » enfants dans le ghetto de Varsovie, refusant de fuir seul et de les abandonner. Le 29 novembre 1940, Dom Sierot doit déménager dans le ghetto de Varsovie. Janusz Korczak consacrera les deux dernières années de sa vie à protéger les enfants contre la famine et la maladie, et à préserver leur dignité. Début août 1942, la police allemande ordonne l’évacuation de l’orphelinat : les enfants vont être déportés au camp d’extermination de Treblinka. Refusant à plusieurs reprises la vie sauve qu’on lui proposait à travers différents canaux de résistance antinazie, Korczak décide de rester avec Stefa, les éducateurs et les 192 enfants juifs de l’orphelinat. Le 6 août 1942, Janusz Korczak, Stefania Wilczyńską et leur personnel les accompagnent jusqu'à la mort.

L'Héritage de Janusz Korczak

Aujourd’hui, son nom ne vous évoque peut-être rien, mais l’héritage qu’il laisse derrière lui est certain. Il est l’une des personnalités les plus influentes de son temps pour ce qui touche à l’enfance. L’histoire du médecin polonais qui a défendu les droits d’expression et de participation des enfants, et qui a créé un orphelinat juif. Son engagement sans faille le rend rapidement célèbre en Pologne, mais c’est son choix délibéré d’être déporté au camp d’extermination de Treblinka avec les enfants de l’orphelinat dont il a la charge qui l’érige au rang de héros.

Influence sur la Déclaration des Droits de l'Enfant

Enrichissant la déclaration universelle des droits de l’homme datant de 1948, cette convention introduit la notion d’intérêt supérieur de l’enfant. Janusz Korczak (1878-1942) est reconnu comme le précurseur et l’inspirateur de la Convention des droits de l’enfant.

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Reconnaissance Posthume

Pour le centième anniversaire de sa naissance, l’Unesco organise une grande journée autour de son nom. L’année 1979, qui sera l’Année Internationale de l’Enfance, lui sera dédiée. Le Prix Janusz Korczak de littérature jeunesse est un prix littéraire destiné aux élèves des classes de Grande section jusqu’au CM2. En octobre, la classe reçoit un lot des livres sélectionnés. Les enfants prennent connaissance de ces livres tout au long de l’année scolaire selon le rythme et le type d’accompagnement que décident leurs professeurs. Les enfants votent alors pour le livre de leur choix.

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