La lactation spontanée, ou lactation anormale, chez les chèvres est un phénomène qui peut susciter des interrogations chez les éleveurs et les propriétaires. Cet article explore les causes possibles de cette condition, les implications pour la santé de la chèvre, et les options de gestion disponibles.
Introduction
La lactation spontanée se définit comme la production de lait en dehors d'une période de gestation ou de mise bas récente. Bien que plus fréquente chez les vaches, elle peut également survenir chez les chèvres, suscitant des questions quant à ses origines et à la conduite à tenir.
Causes de la Lactation Spontanée chez la Chèvre
Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine d'une lactation spontanée chez la chèvre. Il est important de les identifier afin de mettre en place une gestion adaptée.
Stimulation hormonale
- Sensibilité à la prolactine : Certaines chèvres pourraient présenter une sensibilité accrue à la prolactine, l'hormone responsable de la production de lait. Même des niveaux normaux de prolactine pourraient alors induire une lactation.
- Hyperprolactinémie : Dans certains cas, une production excessive de prolactine (hyperprolactinémie) peut être due à un adénome hypophysaire, une tumeur bénigne de l'hypophyse.
- Hormone parathyroïdienne : Un taux sanguin élevé de PTHrP (peptide apparenté à l'hormone parathyroïdienne), occasionné par certaines tumeurs, peut également induire une lactation spontanée.
- Progestérone : Une forte sensibilité à une progestéronémie prolongée (provoquée par un corps jaune persistant, des ovaires polykystiques ou une tumeur ovarienne) peut déclencher la lactation à la suite d'un traitement hormonal (prostaglandines) ou chirurgical (exérèse de l'ovaire) mis en œuvre pour traiter la perturbation hormonale initiale.
Facteurs environnementaux et comportementaux
- Instinct maternel : La présence d'autres jeunes animaux, même d'une autre espèce, peut stimuler l'instinct maternel et induire une lactation chez certaines chèvres.
- Auto-allaitement : Une chèvre qui tète son propre pis peut stimuler la production de lait et entretenir une lactation spontanée.
- Irritation de la mamelle : L'irritation de la mamelle par des plantes urticantes (chardons ou orties) peut également déclencher une lactation.
Traite et manipulation
- Stimulation continue : Traire ou masser les mamelles stimule la sécrétion de prolactine, donc la production de lait, et peut entretenir une lactation spontanée.
- Tentatives de soulagement: Lors de mamelle très engorgée, donc douloureuse, les propriétaires ont tendance à traire la chèvre pour soulager l’animal. Toutefois, traire ou masser les mamelles est déconseillé, car ces gestes stimulent la sécrétion de prolactine, donc la production de lait. Pour la même raison, l’application de pommade sur les mamelles est aussi à proscrire
Autres causes
- Facteur héréditaire : Une prédisposition génétique, liée à un haut potentiel de production laitière, pourrait également jouer un rôle.
- Âge : Ce syndrome peut être rencontré chez le mâle, entier ou castré. Dans une étude menée aux Pays-Bas, les animaux affectés étaient majoritairement des chèvres adultes (entre 3 et 8 ans), mais parfois des animaux jeunes (moins de 2 ans), ou au contraire relativement âgés (plus de 10 ans) ; 63 % des chèvres n’avaient jamais été gestantes ; il s’agissait aussi bien de races laitières que de races naines. En revanche, ce syndrome est rare chez la brebis.
Diagnostic
Il est important de consulter un vétérinaire pour établir un diagnostic précis et exclure d'autres causes possibles de lactation, telles qu'une gestation non détectée. Le vétérinaire pourra effectuer un examen clinique, des analyses hormonales et éventuellement une échographie pour identifier la cause sous-jacente de la lactation spontanée. Un bilan hormonal n’est généralement pas entrepris chez ces animaux pour en déterminer la cause.
Implications pour la santé de la chèvre
La lactation spontanée n'est pas toujours préjudiciable à la santé de la chèvre. Cependant, elle peut entraîner certains problèmes :
Lire aussi: Comprendre la baisse de lactation à 2 mois
- Inconfort : Une production excessive de lait peut provoquer un engorgement mammaire, source d'inconfort et de douleur pour la chèvre. Les chèvres affectées présentent une mamelle de taille volumineuse (avec de larges trayons), souvent souple, inconfortable voire douloureuse, rendant éventuellement leur déplacement difficile. Un liquide laiteux (lait ou liquide plus transparent, couleur paille) est produit au niveau d’un ou des deux quartiers, en quantité parfois importante (jusqu’à 3,5 l/j).
- Risque de mammite : L'accumulation de lait dans la mamelle augmente le risque d'infection et de mammite.
- Épuisement : Une lactation prolongée peut épuiser les réserves énergétiques de la chèvre et affecter sa condition physique.
- Comportement : La lactation peut également être induite par un comportement d’auto-allaitement, la chèvre tétant son propre pis, ou par irritation de la mamelle par des plantes de la pâture (chardons ou orties)
Gestion de la Lactation Spontanée
La gestion de la lactation spontanée dépend de la cause sous-jacente et de l'impact sur la santé de la chèvre.
Mesures générales
- Suppression de la stimulation : Éviter de traire ou de masser les mamelles, sauf en cas d'engorgement sévère.
- Alimentation : Un tarissement peut être tenté en modifiant l’alimentation (apport uniquement de foin sans concentrés) pour réduire la production lactée. Il est conseillé d’instaurer ce tarissement en période automnale, période pendant laquelle la lactation diminue naturellement
- Gestion de l'environnement : Éloigner la chèvre des jeunes animaux qui pourraient stimuler son instinct maternel.
- Surveillance : Surveiller attentivement la mamelle pour détecter tout signe d'infection (chaleur, rougeur, douleur, changement d'aspect du lait).
Traitements médicaux
- Inhibiteurs de la prolactine : Des traitements médicaux, à base d’inhibiteurs de la sécrétion de prolactine, sont souvent instaurés par voie orale : bromocriptine (5 mg/j pendant 14 jours), cabergoline (5 µg/kg/j pendant 4 à 6 jours) ou quinagolide (1 mg/j pendant plusieurs jours) (sans autorisation de mise sur le marché [AMM] pour les caprins en France). Ils se révèlent souvent peu ou pas efficaces, induisant au mieux une diminution sensible (10 à 20 %) et temporaire de la production lactée.
- Gonadoréline (GnRH) : Une enquête aux Pays-Bas, menée sur 24 chèvres de compagnie atteintes de lactation anormale, rapporte une efficacité de la gonadoréline (GnRH, à raison de 2,5 ml de Receptal®) dans la moitié des cas
- Prostaglandines : En revanche, tout traitement à base de prostaglandines est à éviter car celles-ci, en induisant une chute de la progestérone, stimulent le développement du parenchyme mammaire et initient la lactation.
Intervention chirurgicale
- Mammectomie : Toutes ces mesures thérapeutiques, alimentaires et de gestion ne permettent pas toujours de contrôler ce syndrome de lactation anormale. Une mammectomie (par exérèse chirurgicale) est alors parfois proposée aux propriétaires lors d’échec des mesures précédentes. Le contrôle d’une lactation anormale chez la chèvre de compagnie peut se révéler difficile et nécessiter une mammectomie par ligatures vasculaires. Chez les petits ruminants, certaines affections de la mamelle, telles que les mammites gangreneuses, chroniques suppurées ou abcédées et, plus rarement, les tumeurs (fibrome, carcinome, adénocarninome) nécessitent l’ablation chirurgicale de la mamelle pour la survie de la femelle.
La mammectomie par ligatures vasculaires est une technique plus facile (visualisation des vaisseaux à ligaturer, contrairement à la vache) et rapide à réaliser (20 à 45 minutes, selon le nombre de sites de ligature) que la mammectomie par exérèse totale. Elle devrait être efficace, car l’artère honteuse externe est non seulement ligaturée, mais également sectionnée entre les ligatures, l’apport sanguin vers la mamelle est donc complètement supprimé par cet abord.
Lait produit pendant la lactation spontanée
Le lait produit pendant la lactation spontanée est généralement consommable, à condition qu'il ne présente pas d'anomalies (couleur, odeur, consistance) et que la chèvre ne présente pas de signes d'infection mammaire. Cependant, il est important de noter que sa composition nutritionnelle peut être différente de celle du lait produit pendant une lactation normale.
Cas particulier : Lactation spontanée après la présence d'un mâle
Un témoignage évoque une chèvre ayant commencé à produire du lait après l'arrivée d'un jeune mâle. Bien que l'instinct maternel puisse jouer un rôle, il est important de s'assurer que la chèvre n'a pas été saillie, même par un très jeune mâle. Dans le cas décrit, la séparation rapide des animaux rend cette hypothèse peu probable.
Lire aussi: Tout sur la lactation
Lire aussi: Guide sur l'Allaitement Mixte
tags: #lactation #spontanée #chèvre #causes