Le Pays Basque, terre de gastronomie et de tradition pastorale, est réputé pour son savoir-faire fromager ancestral. Les bergers des Pyrénées transforment le lait de brebis en fromages savoureux depuis des générations, donnant naissance à des produits robustes et appréciés des gourmets, tels que l'Ossau-Iraty. Au cœur de ce paysage se trouve la brebis Manech tête noire, une race ovine emblématique dont la lactation est essentielle à la production de ces fromages d'exception. Cet article explore les particularités de la lactation chez les brebis tête noire au Pays Basque, les défis rencontrés par les éleveurs, et les stratégies mises en œuvre pour optimiser la production laitière tout en préservant les traditions et en s'adaptant aux enjeux contemporains.
La Brebis Manech Tête Noire : Une Race Rustique et Adaptée
La brebis Manech tête noire est une race ovine originaire des montagnes du Pays Basque, plus précisément du département des Pyrénées-Atlantiques. Elle se distingue par sa robe blanche, sa tête et ses pattes noires, ainsi que par sa rusticité et son adaptation aux terrains difficiles de la montagne pyrénéenne. C'est un mouton cornu, élevé principalement pour son lait, qui entre dans la conception du fromage d'appellation d'origine contrôlée (AOC) Ossau-Iraty. Elle est issue de la famille des races ovines des Pyrénées à laine tombante et est élevée dans la partie occidentale de la chaîne des Pyrénées depuis très longtemps.
La race Manech tête noire présente plusieurs caractéristiques intéressantes pour l'élevage en montagne :
- Adaptation au relief et au milieu montagnard : Elle s'adapte très bien au relief et au milieu montagnard en général. Moins fragiles et moins délicates, elles sont peu coûteuses.
- Résistance aux intempéries : Elle résiste bien aux intempéries, pluies comme neige, et aux variations de température.
- Agnelage facile : Elle agnelle sans problème au printemps et produit le lait en estive.
- Lait de qualité : Leur lait, plus riche, est de meilleure qualité. Cela se retrouve bien évidemment dans la qualité des fromages…
Malgré ses atouts, la brebis Manech tête noire produit généralement moins de lait que d'autres races ovines, ce qui explique son succès limité auprès de certains producteurs. Cependant, sa rusticité, sa longévité et la qualité de son lait en font un choix privilégié pour les éleveurs attachés aux traditions et soucieux de préserver la biodiversité locale.
Le Cycle de Lactation : Rythme Saisonnier et Transhumance
Le cycle de lactation des brebis tête noire est étroitement lié au rythme saisonnier et à la pratique de la transhumance, une tradition pastorale ancestrale qui consiste à déplacer les troupeaux vers les estives (pâturages d'altitude) pendant la période estivale.
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- Période de gestation et agnelage : Après 5 mois de gestation, les brebis mettent bas généralement de fin décembre à fin novembre.
- Début de la lactation : Démarre alors la période de lactation et de production des fromages.
- Estive : De mi-mai à mi-octobre, les brebis estivent, sur une montagne gérée par la commission syndicale de Cize, à une trentaine de kilomètres.
La transhumance permet de libérer les prairies d'en bas pour les regains (secondes pousses d'herbe), assurant ainsi une ressource fourragère pour l'hiver. L'herbe faisant défaut en fin de saison, les éleveurs complètent souvent l'alimentation des brebis avec du maïs dès le 25 septembre, afin de les préparer aux agnelages qui commencent en novembre.
Durant la période de lactation, les brebis sont généralement traites deux fois par jour, matin et soir. La traite peut être manuelle ou mécanique, selon la taille de l'exploitation et les préférences de l'éleveur.
Facteurs Influant sur la Lactation
Plusieurs facteurs peuvent influencer la lactation des brebis tête noire, notamment :
- L'alimentation : Une alimentation équilibrée et adaptée aux besoins des brebis est essentielle pour assurer une production laitière optimale. Les éleveurs doivent veiller à fournir à leurs animaux une quantité suffisante de fourrage de qualité, ainsi que des compléments alimentaires si nécessaire.
- La génétique : La sélection génétique joue un rôle important dans l'amélioration de la production laitière des brebis. Les éleveurs peuvent choisir d'élever des brebis issues de lignées laitières performantes, ou de recourir à l'insémination artificielle avec des béliers sélectionnés pour leurs qualités laitières.
- L'environnement : Les conditions environnementales, telles que la température, l'humidité et l'ensoleillement, peuvent également avoir un impact sur la lactation des brebis. Les éleveurs doivent veiller à fournir à leurs animaux un abri adéquat pour les protéger des intempéries et des températures extrêmes.
- La santé : La santé des brebis est un facteur déterminant pour la production laitière. Les éleveurs doivent mettre en place des mesures de prévention et de contrôle des maladies, et veiller à ce que leurs animaux soient suivis régulièrement par un vétérinaire.
- Le stress : Le stress peut avoir un effet négatif sur la lactation des brebis. Les éleveurs doivent veiller à minimiser les sources de stress pour leurs animaux, en leur offrant un environnement calme et confortable, et en évitant les manipulations brusques ou les changements d'environnement trop fréquents.
Optimisation de la Production Laitière : Stratégies et Innovations
Face aux défis économiques et environnementaux, les éleveurs de brebis tête noire mettent en œuvre des stratégies innovantes pour optimiser la production laitière tout en préservant les traditions et en s'adaptant aux enjeux contemporains.
Amélioration de l'alimentation
L'alimentation est un levier essentiel pour améliorer la production laitière des brebis. Les éleveurs cherchent à optimiser l'utilisation des ressources fourragères locales, en privilégiant le pâturage et en diversifiant les espèces cultivées.
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- Optimisation de l'herbe avec peu de surfaces : Ne pouvant pas pratiquer le pâturage tournant dynamique faute de différents accès et compte tenu de la pente sur plusieurs de ses parcelles, il gère le pâturage avec une clôture amovible sur les 7 ha attenants à la bergerie. « Elles reviennent toutes les quatre semaines au même endroit », précise-t-il. Si la météo le permet, dès que les brebis ont pâturé, il épand du fumier composté, pour faciliter la repousse : soit deux fois par an sur les parcelles plates et une fois sur les pentes. « Je n’achète donc aucun engrais » souligne-t-il.
- Choix des fourrages : Afin de nourrir ses brebis l’hiver, il coupe foins et regains sur les 15 ha qui le permettent. Le nouveau problème dans le département, ce sont les cyrphis, des chenilles nuisibles qui abîment les prairies. À défaut de traitement efficace, il faut ressemer, après leur passage. Il ressemait du ray-grass anglais, car c’est l’espèce qui s’enracine le mieux « mais c’est aussi l’espèce qui sèche le moins bien ». Or l’humidité est un problème au Pays basque pour les foins.
- Rationnement des concentrés : En début de lactation, Roger met sur le tapis 600 g de concentrés (maïs et pulpe de drêche de blé), qu’il baisse progressivement selon la disponibilité de l’herbe de printemps. « Quoi qu’il en soit en avril, je n’en mets plus », résume-t-il.
Amélioration de la génétique
La sélection génétique est un autre levier important pour améliorer la production laitière des brebis. Les éleveurs peuvent participer à des programmes de sélection, ou recourir à l'insémination artificielle avec des béliers sélectionnés pour leurs qualités laitières.
- Des avancées techniques pour un rapprochement des schémas de sélection Latxa et Manech : Lors de la réunion finale de Beasáin, ont été passés en revue les principaux résultats acquis au cours du projet, visant à harmoniser et à rapprocher les schémas de sélection des races Latxa cara rubia et Manech tête rousse d’une part, Latxa cara negra et Manech tête noire d’autre part.
Optimisation des pratiques d'élevage
Les éleveurs peuvent également optimiser leurs pratiques d'élevage pour améliorer la production laitière des brebis.
- Réussir l’insémination animale : Il trait environ 205 sur ses 250 brebis adultes de mi-novembre au 10 mai. En effet, il a constaté qu’en les tarissant deux semaines avant l’insémination animale (IA), il avait doublé sa fertilité sur IA, qui est en moyenne triennale de 61 %. Chaque année, il met à l’IA environ 180 brebis, l’équivalent de 70 % de son troupeau, dont toutes ses brebis de renouvellement.
- Ration pendant la lactation : La ration pendant la lactation est distribuée en trois fois grâce au robot programmable qui passe au-dessus du tapis d'alimentation. SavinPendant la lactation, les brebis sont nourries trois fois par jour à l’aide d’un roulimètre (robot distributeur d’aliments adaptable sur tapis d’alimentation) programmable.
Valorisation du lait et des produits
Enfin, la valorisation du lait et des produits dérivés est essentielle pour assurer la rentabilité des exploitations. Les éleveurs peuvent choisir de vendre leur lait à des laiteries, ou de transformer eux-mêmes leur lait en fromages, yaourts ou autres produits laitiers.
- Mieux valoriser son lait dans le projet Buru Beltza : Le lait de la race manech tête noire, « Buru Beltza » en basque, a de bonnes propriétés fromageables.
- La marque Buru Beltza : La marque Buru Beltza valorise en particulier le lait des manechs tête noire, conduites en système pastoral transhumant. SavinLe lait étant la première source de revenu pour les éleveurs de manech tête noire, la marque concerne principalement la création collective de tommes pressées non cuites au lait cru. Pour assurer le développement durable de la filière, elles doivent être issues exclusivement de troupeaux de brebis de race manech tête noire, élevées dans des fermes qui pratiquent au moins trois mois par an la transhumance.
Défis et Perspectives d'Avenir
L'élevage de brebis tête noire au Pays Basque est confronté à plusieurs défis, notamment :
- La concurrence des autres productions laitières : Les éleveurs de brebis tête noire doivent faire face à la concurrence des autres productions laitières, notamment la production laitière bovine, qui bénéficie souvent de coûts de production plus faibles.
- Les aléas climatiques : Les aléas climatiques, tels que les sécheresses ou les inondations, peuvent avoir un impact négatif sur la production fourragère et la lactation des brebis.
- La pression foncière : La pression foncière, due à l'urbanisation et au développement touristique, peut rendre difficile l'accès aux terres agricoles et aux pâturages.
- La transmission des savoir-faire : La transmission des savoir-faire traditionnels est un enjeu important pour l'avenir de l'élevage de brebis tête noire au Pays Basque.
Malgré ces défis, l'élevage de brebis tête noire au Pays Basque présente des perspectives d'avenir prometteuses. La demande croissante pour les produits laitiers de qualité, l'intérêt croissant des consommateurs pour les produits locaux et durables, et la reconnaissance de la valeur culturelle et environnementale de l'élevage pastoral sont autant d'atouts pour l'avenir de cette filière.
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