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Évolution annuelle de la lactation caprine : Tendances et défis

Introduction

L'élevage caprin, bien que représentant une part modeste de l'agriculture française, est profondément enraciné dans les traditions locales et les terroirs variés. Longtemps perçu comme la «vache du pauvre», il a connu une évolution significative grâce aux avancées techniques et à l'organisation de la filière. Cet article examine les tendances récentes de la lactation caprine, les défis rencontrés et les perspectives d'avenir, en s'appuyant sur les données collectées jusqu'en 2024 et les analyses prospectives pour 2025.

Tendances de la production laitière caprine

Augmentation de la production par chèvre

En 2023, une étape importante a été franchie avec une production moyenne de 1023 kg par lactation, dépassant pour la première fois la barre des 1000 kg, contre 1002 kg en 2022. Cette augmentation de 10 kg par lactation témoigne des améliorations continues dans les techniques d'élevage et la génétique. La production laitière brute a également connu une augmentation significative, passant de 8938 kg de lait en moyenne pour une durée de lactation de 346 jours, soit une hausse de 60 kg par rapport à 2022 et un jour de plus en durée de lactation. En 2023, 28 745 exploitations ont fourni 1 878 620 lactations qualifiées.

Évolution des taux de protéines et de matières grasses

Le taux protéique est resté stable à 33,6 g/kg, tandis que le taux butyreux a légèrement diminué à 37,4 g/kg, soit une baisse de 0,1 g/kg. Ces variations dans la composition du lait peuvent influencer la qualité et les caractéristiques des produits fromagers.

Impact des races sur la production

Les deux races principales, Alpine et Saanen, représentent 96,7 % du total des lactations prises en compte. En 2023, la production laitière moyenne a augmenté pour atteindre 304,6 litres (+6,8 litres) pour une durée de 172 jours de traite, identique à celle de l’année précédente. Cette augmentation au plan national cache une variation plus contrastée au niveau des races. En effet, en 2023, la race Lacaune voit sa production moyenne augmenter de 11 litres par lactation tandis que la production diminue pour toutes les autres races : Manech Tête Rousse -0,9 litre, Basco Béarnaise -11,7 litres, Corse -8,9 litres et Manech Tête Noire -7,2 litres.

Structure des élevages

La structure des élevages caprins évolue, avec une part croissante des gros troupeaux. En 2023, les exploitations de plus de 250 lactations représentaient 19,3 % des troupeaux et 48 % des lactations. Cette concentration témoigne d'une professionnalisation et d'une intensification de la production.

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Contrôle laitier

A côté du contrôle laitier officiel (CLO) dont les résultats sont donnés dans les pages suivantes, existe un contrôle laitier simplifié (CLS) dont les résultats ne sont pas publiés ici. En 2023, le nombre de lactations qualifiées diminue pour atteindre 226 442 lactations (-7059 lactations soit - 3 %). Au côté du contrôle laitier officiel de type AC existe un contrôle laitier simplifié (CLS) qui n’est pas répertorié ici. Il concerne les éleveurs utilisateurs (alors que le contrôle laitier officiel est réservé aux seuls éleveurs sélectionneurs).

Défis et contraintes

Conditions climatiques et qualité des fourrages

L'année 2024 a été marquée par des conditions climatiques défavorables, notamment des fortes chaleurs en automne 2023 qui ont perturbé la reproduction, et une mauvaise qualité des fourrages. Ces facteurs ont entraîné une baisse de la production laitière et un recul du revenu des éleveurs. La collecte de lait de chèvre s’est élevée à près de 27 millions de litres en décembre 2024, soit un retrait de 5% par rapport à décembre 2023. En cumul annuel, la collecte a diminué de 3,2% /2023, à 500 millions de litres. Les deux pics de lactation sont assez fortement écrêtés.

Augmentation des coûts de production

Malgré un recul du panier de charges de l’IPAMPA, les coûts de production ont poursuivi leur augmentation sous les effets conjugués de la hausse de coûts non inclus dans l’IPAMPA tels que le prix des fermages, les travaux par tiers, le SMIC. Si les charges opérationnelles ont sensiblement baissé, l’augmentation continue et régulière des charges de structure a détérioré le revenu des livreurs spécialisés. En systèmes avec grandes cultures, les rendements et les prix en baisse ont fait décrocher les revenus.

Maladies vectorielles

La menace des maladies vectorielles, dont les effets sont encore mal évalués, constitue une préoccupation majeure pour les éleveurs. Les débuts de lactation difficiles en 2025 ne laissent pas entrevoir un redressement des livraisons.

Concurrence internationale

Sur le débouché italien, la France subit la concurrence de la Grèce. Chez nos voisins espagnols et néerlandais, le prix payé en décembre 2024 était en recul par rapport à 2023. Aux Pays-Bas, la baisse était de 4% en décembre, à 766 €/1 000 L. D’après les données du ministère de l’Agriculture espagnol, le nombre d’élevage livrant du lait serait en recul de 7,8% en décembre et la collecte en retrait de 4,0% /2023. Sur l’année, la collecte totale n’est en recul que de 1,0% /2023.

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Adaptation et innovation

Amélioration des pratiques d'élevage

Des avancées significatives ont été réalisées dans les techniques d'élevage, notamment dans les domaines de l'alimentation et de la génétique, permettant des améliorations rapides des performances des femelles laitières. La mise en place d’une filière bien organisée, des éleveurs motivés et une coopération étroite et efficace entre la recherche et le développement tant au niveau national que régional ont contribué à ces progrès.

Recherche et développement

La recherche caprine en France est toujours très active, avec un nombre croissant de publications sur le sujet. Les thèmes de recherche incluent la génétique des caprins laitiers, la pathologie caprine, les recommandations alimentaires, l'aptitude des chèvres à valoriser les prairies temporaires, et la modélisation du fonctionnement du troupeau caprin.

Valorisation du pâturage

L’étude du fonctionnement du troupeau caprin est un sujet qui a déjà été développé à l’INRA mais, au cours de ces dernières années, elle a fait l’objet d’avancées importantes grâce à l’utilisation de la modélisation. L’article de Puillet et al (2012) présente un simulateur de fonctionnement du troupeau caprin laitier permettant de tenir compte de la variabilité individuelle des carrières animales et d’étudier comment les conduites de l’alimentation et de la reproduction mises en œuvre par l’éleveur, modulent les performances du troupeau. De tels outils sont appelés à l’avenir à avoir diverses applications au niveau du terrain pour les agents de développement, par exemple pour quantifier le risque biologique associé à certaines conduites d’élevage.

Adaptation des systèmes de production

Les éleveurs cherchent à adapter leurs systèmes de production pour répondre aux défis économiques et environnementaux. Cela inclut la maîtrise de la reproduction femelle sans utilisation d’hormones, la monotraite pour réduire la charge de travail, et l’évaluation des systèmes de production caprine.

Consommation et marché

Demande soutenue pour les fromages de chèvre

Malgré un contexte difficile pour la production, la consommation de fromages et de produits ultra-frais au lait de chèvre s’est bien tenue. Les fabrications de bûches à la coupe (pour la restauration hors domicile ou la transformation), et plus généralement les fromages à la coupe, poursuivent leur dynamique (+8% /2023 sur 12 mois).

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Évolution des prix

En moyenne annuelle, le prix de base du lait de chèvre a été en très légère hausse en 2024. Les taux élevés, notamment sur le second semestre, ont permis au prix payé de progresser de 1% par rapport à 2023. Alors que le prix de base est en très légère hausse, l’augmentation du prix payé est portée par le taux de matière grasse. En moyenne sur l’année 2024, la composition du lait de chèvre s’est améliorée par rapport à 2023, +2,2% pour la matière grasse et +0,7% sur la matière protéique.

Viande caprine

Les volumes de chevreaux seraient légèrement supérieurs à leurs niveaux de 2023 entre septembre et décembre 2024, tandis que les réformes seraient en retrait. Au cours des quatre premiers mois de la campagne 2024/2025, les abattages de chevreaux seraient en hausse de 2% en têtes et en volume selon les données Agreste, à 108 300 chevreaux ou 654 téc. Cette augmentation est portée par la hausse des envois de viande fraîche (+15% /2023), qui représentent 57% des volumes de viande caprine exportés : une part en hausse ces dernières années.

Perspectives d'avenir

Prévisions pour 2025

2025 s’annonce morose côté production. La menace des maladies vectorielles, dont les effets sont encore mal évalués, et les débuts de lactation difficiles, ne laissent pas entrevoir un redressement des livraisons. Les transformateurs devront ajuster leurs approvisionnements entre stocks et importations en fonction de l’évolution de la collecte.

Orientations stratégiques

Pour assurer la pérennité de la filière caprine, il est essentiel de poursuivre les efforts en matière d'amélioration des pratiques d'élevage, de recherche et développement, et d'adaptation aux défis climatiques et économiques. La valorisation des produits caprins, tant laitiers que carnés, reste un enjeu majeur pour soutenir le revenu des éleveurs.

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