« Pourquoi est-ce que je crie sur mes enfants alors que je les aime tant ? » Cette question, de nombreuses mamans se la posent. La parentalité est un voyage à la fois merveilleux et exigeant, et il arrive parfois que la fatigue, le stress et la charge mentale prennent le dessus. Pourtant, crier ne fait qu’empirer la situation, nourrissant frustration et culpabilité. Si vous vous reconnaissez dans cette description, sachez que vous n’êtes pas seule.
Les raisons sous-jacentes des cris
Crier sur les enfants peut devenir une réaction automatique si on n’y prend pas garde. On peut avoir l’impression que le fait de crier est le seul moyen de se faire entendre des enfants ou de se faire prendre au sérieux. Entre les nuits trop courtes, les repas à préparer, les devoirs à superviser et les lessives à faire, les mamans jonglent avec mille responsabilités. Beaucoup de parents reproduisent, inconsciemment, le modèle éducatif qu’ils ont reçu. Parfois, on a l’impression que répéter calmement une consigne ne suffit pas.
Il est important de comprendre pourquoi ce réflexe se met en place. Souvent, la volonté de s’exprimer avec douceur et bienveillance est présente, mais ne suffit pas. On se retrouve à dire : “J’en ai marre de crier tout le temps, mais c’est plus fort que moi”. Il est essentiel de comprendre les mécanismes qui nous poussent à crier malgré nous.
L'inefficacité des cris
Les cris sont à la fois inefficaces et nocifs sur le long terme. Inefficaces parce que si nous avons besoin de crier tous les jours (ou presque), c’est bien que nous n’arrivons pas à nous faire entendre. Les cris imposent une autorité par la peur plutôt que par la compréhension.
L'impact sur l'enfant
Par ailleurs, les cris sont perçus par le cerveau de l’enfant comme des signaux de menace à venir. Dans ces trois cas, les enfants sont malheureusement plus concentrés sur leur préservation et leur survie que sur ce que nous pouvons bien leur dire.
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Une autre réponse au stress est le fait de chercher chaleur et soutien auprès des personnes censées apporter cette chaleur et ce soutien (à savoir les parents). Or ces personnes sont précisément à l’origine du stress générés par les cris : comment peuvent-elles être en même temps source de réconfort ?
Les réprimandes excessives diminuent la confiance en soi des enfants. L’enfant pense alors que tout est de sa faute, et qu’il est "mauvais". Les enfants, qui craignent tout le temps qu’on leur crie dessus, vivent dans l’hypervigilance et la peur de déclencher la contrariété de leur entourage. Cela conduit à une vie anxieuse.
Le sentiment de perte de contrôle
Nous pensons que le fait de crier est un moyen d’exercer du contrôle (et de l’autorité) sur les enfants mais, si on y réfléchit bien, nous avons tendance à crier quand nous sommes justement hors de nous, hors de contrôle.
Les déclencheurs et les émotions
Identifier les situations dans lesquelles vous criez et prenez du recul. Il est essentiel de prendre conscience de nos déclencheurs et d'adopter des stratégies alternatives.
Le stress et la fatigue
La fatigue et le stress sont souvent cités comme facteurs qui amènent les parents à hausser le ton. Certaines périodes sont effectivement plus propices aux réactions émotionnelles intenses, comme le post-partum ou les moments de stress chronique. Les modifications hormonales peuvent aussi influencer les réactions émotionnelles.
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Les émotions refoulées
Ce “pilote automatique” qui prend le dessus malgré notre volonté d’évincer les cris de notre quotidien, résulte de notre incapacité à décharger nos émotions sainement. En ayant nous-mêmes été mal accompagné.e.s dans nos tempêtes émotionnelles lorsque nous étions enfants, nous sommes incapables de rediriger colères ou frustrations sans crier sur l’autre.
La plupart des enfants, qui ont reçu des cris perpétuels, ont appris à refouler leurs émotions plutôt que de les identifier et de les comprendre. À l’âge adulte, ils peuvent continuer de refouler ce qu’ils ressentent et avoir du mal à exprimer leurs besoins et leurs envies. Or, c’est bien ce refoulement qui les fragilise au plus profond d’eux-mêmes.
Les attentes irréalistes
Un autre préjugé inscrit profondément en nous est de penser que les enfants “n’écoutent pas ». On attend d’eux qu’ils répondent à nos demandes, qu’ils obéissent, sans quoi on ne se sent pas considéré. C’est une attente clairement adultiste puisqu’on utilise ce terme précisément pour les plus jeunes.
Avoir des attentes réalistes est indispensable. On ne peut pas décemment attendre d’un enfant qu’il respecte des limites le protégeant des dangers. Prenez en charge vos propres besoins et ceux de vos enfants en cherchant d’autres moyens pour les remplir, sans avoir des attentes irréalistes envers les plus jeunes.
Comment arrêter de crier ? Des pistes concrètes
Crier n’est pas une fatalité. En prenant conscience de nos déclencheurs et en adoptant des stratégies alternatives, il est possible de transformer notre mode de communication. Élever des enfants sans crier peut sembler un défi insurmontable, surtout lorsque les émotions prennent le dessus. Pourtant, il existe des méthodes concrètes pour calmer la colère et instaurer une éducation positive.
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Agir sur les causes profondes
Arrêter de confondre “demandes” et “exigences”. Si vous êtes dans l’exigence et l’attente d’une forme d’obéissance, alors la seule issue sera la soumission ou l’opposition. Commencez par vous rappeler que vous pouvez formuler une demande à votre enfant/conjoint, mais que si la réponse est “Non”, il faudra trouver une autre stratégie pour remplir votre besoin.
Imaginer des alternatives. Assurez-vous que l’enfant vous entend, en créant un contact avec lui pour capter son attention (en lui touchant le bras ou l’épaule par exemple). Si son attention est captée, mais qu’il ne répond pas, voyez ce qui peut l’en empêcher : son état émotionnel ? Son humeur ? Si aucune autre possibilité ne convient, c’est que la demande n’est pas adéquate à la capacité de l’enfant à y répondre.
Décharger nos émotions sainement. En ayant nous-mêmes été mal accompagné.e.s dans nos tempêtes émotionnelles lorsque nous étions enfants, nous sommes incapables de rediriger colères ou frustrations sans crier sur l’autre.
Techniques de gestion de la colère
Respiration profonde et méditation. « J’ai toujours pensé que crier était la seule façon de me faire entendre. Un jour, mon fils m’a dit : ‘Maman, arrête de crier, ça me fait peur.’ Ce fut un choc. Depuis, j’utilise la respiration profonde et la reformulation. » La pratique de techniques de relaxation, de la méditation de pleine conscience ou même des exercices de visualisation peuvent être très efficaces pour maintenir un certain calme intérieur. Réservez 20 minutes, deux fois par jour, pour vous asseoir tranquillement dans le calme. Respirez, observez, méditez, tenez un journal. Connectez-vous à vous-même.
Identifier les signes précurseurs. Apprendre à reconnaître les signes précurseurs de la colère et à anticiper les situations qui suscitent le stress est un travail essentiel.
Prendre du recul. En cas de conflit, sortez momentanément de la situation pour prendre du recul. Quand vous sentez l’agacement et la colère monter, isolez-vous. A certains moments, il est important de ne pas réagir sur le vif. Prenez le temps de vous calmer, de respirer et de faire descendre la colère naissante. Une fois calmé, discutez calmement avec vos enfants.
Améliorer la communication
Écoute active. Face à la colère d’un enfant, il est essentiel de rester calme et d’écouter ses émotions. Donner la parole aux enfants et les écouter attentivement renforce leur sentiment d’être respectés et valorisés.
Communication claire et patiente. Il est nécessaire d’expliquer les consignes clairement et patiemment, sans hausser le ton.
Chuchoter. Pour vous faire entendre, choisissez de chuchoter plutôt que de crier. Pour vous entendre, vos enfants devront se calmer.
Câlins. Vous pouvez également proposer un câlin à vos enfants. Ce moment de tendresse permet de désamorcer une colère. Un câlin libère l’hormone de l’attachement (appelée aussi l’hormone du bonheur) : l’ocytocine. Si ce geste est réalisé une vingtaine de secondes, il entraîne une sensation de bien-être.
Se mettre à leur hauteur. Lorsque vos enfants ne vous écoutent pas, mettez-vous à leur hauteur pour vous faire entendre.
Mettre en place un environnement familial harmonieux
Règles claires et routines. Instaurer des règles précises aide les enfants à comprendre ce qui est attendu d’eux. Les enfants ont besoin de repères pour se sentir en sécurité. Établir des routines quotidiennes permet de créer un cadre rassurant où ils savent ce qui va se passer. Cela vous évitera de répéter et de crier.
Éducation positive. L’éducation positive repose sur le respect mutuel et l’encouragement plutôt que sur la punition. Elle vise à renforcer les comportements positifs par des compliments et des récompenses adaptées.
Impliquer les enfants. Impliquer les enfants dans la mise en place des règles peut renforcer leur adhésion et leur compréhension. En les faisant participer à l’élaboration des règles familiales, ils se sentent valorisés et responsables.
Prendre soin de soi
Moments de pause. « J’ai compris que mes cris venaient de mon propre stress. En intégrant des moments de pause et en déléguant plus, j’ai gagné en patience. »
Ne plus culpabiliser. Vous ne faites plus rien pour vous ? Vous vous sacrifiez en permanence ? Halte à cet engrenage. Vous devez arrêter de culpabiliser à chaque fois que vous souhaitez faire quelque chose qui vous fait plaisir. Prendre soin de vous est au moins aussi important que prendre soin de vos enfants.
Lâcher prise. Il est important de lâcher prise et de ne pas focaliser sur des détails. Les parents angoissent d’être trop laxistes avec leurs enfants. Ils essaient de tout contrôler. Ne cherchez pas la perfection. Tentez de lever le pied. Déterminez ce qui est vraiment important pour vous. Faites des choix en fonction de vos valeurs. Avec moins de principes et des règles plus souples, vous crierez certainement beaucoup moins.
Se concentrer sur le positif. Les parents ont parfois tendance à se focaliser sur le verre à moitié vide. Essayez de retourner la situation et de voir ce qui va bien. Vos enfants sont en bonne santé, vous passez des moments agréables en famille, vos loulous vous disent qu’ils vous aiment, votre travail vous plait, vos mômes sont heureux, créatifs et pleins de vie, vous avez une jolie maison… écrivez-les pour vous rendre compte de tous ces points positifs. Concentrez-vous sur eux plutôt que sur le négatif.
Demander de l'aide
Besoin d'un coup de pouce pour y parvenir ? N'hésitez pas à bien vous entourer. Psychiatres, pédopsychiatres, psychologues ou encore thérapeutes familiaux sont autant de personnes en mesure de vous comprendre, et de vous guider. Notre spécialiste ajoute aussi les conseillers en parentalité diplômés, qui peuvent également « offrir des outils concrets pour renforcer une communication bienveillante avec les enfants ».
Les conséquences à long terme des cris
Considérez l’impact des cris à répétition, du stress engendré et de l’incidence sur la relation à l’enfant. Inutile de se tourmenter à ce propos, mieux vaut transformer la culpabilité en énergie pour engendrer des changements dans votre parentalité. Rappelez-vous que l’enfant fait toujours de son mieux, s’il n’entend pas ou ne réagit pas à vos demandes malgré de multiples répétitions c’est qu’il ne comprend pas ou ne peut pas répondre à votre attente “A-t-il seulement entendu la demande ?” Focalisé sur son activité, a-t-il pu s’en détourner pour prendre en compte la demande ? D’autres stimuli ont-ils perturbé la compréhension ?
Lorsque les cris sont systématiques au sein du foyer familial, ils peuvent être source d’insécurité. Les répercussions peuvent perdurer à l’âge adulte.
Microtraumatismes. « Lorsqu’on vous crie dessus quand vous êtes enfant, cela peut se transformer en microtraumatismes, car c’est traumatisant pour vous en tant qu’enfant de vous faire crier dessus… Au fil du temps, cela construit un système de croyances selon lequel 'je ne suis pas assez bien'. »
Anxiété et hypervigilance.Les enfants, qui craignent tout le temps qu’on leur crie dessus, vivent dans l’hypervigilance et la peur de déclencher la contrariété de leur entourage. Cela conduit à une vie anxieuse.
Difficulté à gérer les émotions. La plupart des enfants, qui ont reçu des cris perpétuels, ont appris à refouler leurs émotions plutôt que de les identifier et de les comprendre. À l’âge adulte, ils peuvent continuer de refouler ce qu’ils ressentent et avoir du mal à exprimer leurs besoins et leurs envies.
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