L'interruption volontaire de grossesse (IVG), un droit fondamental pour les femmes en France, est encadrée par des lois et des protocoles médicaux précis. Cet article vise à fournir une information complète et détaillée sur les différents aspects de l'IVG, notamment les délais légaux, les méthodes disponibles, les étapes à suivre, et les aspects médicaux et psychologiques importants.
Introduction
En France, le droit à l'avortement est garanti depuis la loi Veil de 1975. Récemment, l'IVG a été inscrite dans la Constitution française, renforçant ainsi ce droit fondamental. Toute femme enceinte qui ne souhaite pas poursuivre sa grossesse peut demander une IVG, et ce, jusqu'à 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée (SA).
Démarches Initiales et Consultations Préalables
Premier Rendez-vous et Information
Lorsque la décision d'avorter est prise, la première étape consiste à prendre rendez-vous avec un professionnel de santé (médecin ou sage-femme). Ce rendez-vous peut avoir lieu en cabinet de ville, en centre de santé, en centre de santé sexuelle (anciennement centre de planification ou d'éducation familiale), ou en établissement de santé. La consultation peut se dérouler en présentiel ou en téléconsultation, si cette option est proposée.
Lors de ce premier rendez-vous, le professionnel de santé fournit toutes les informations nécessaires sur l'IVG, incluant les méthodes disponibles (médicamenteuse et instrumentale), les lieux de réalisation, les délais, les différentes étapes, ainsi que les risques et effets secondaires possibles. Un dossier-guide reprenant ces informations est également remis à la patiente. Si le professionnel de santé consulté ne pratique pas lui-même l'IVG, il doit orienter la patiente vers un confrère qui la pratique.
Consultation d'Information et Consentement
La demande d'IVG se déroule en deux temps :
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- Consultation d'information: C'est lors de cette consultation que la patiente exprime sa demande d'avortement. Le médecin ou la sage-femme remet un dossier guide et fournit des informations orales sur les méthodes d'IVG, les lieux de réalisation, et les risques et effets secondaires possibles. La patiente peut poser toutes les questions nécessaires. Un entretien psycho-social est également proposé, obligatoire pour les mineures. À la fin du rendez-vous, une attestation de consultation médicale est délivrée.
- Recueil du consentement écrit: La patiente remet son consentement écrit de demande d'avortement au médecin ou à la sage-femme. Il n'y a plus de délai de réflexion minimal entre le premier et le deuxième temps; ils peuvent avoir lieu au cours d'une seule et même consultation. La patiente prend le temps de réflexion qu'elle juge nécessaire, en tenant compte du délai légal pour la réalisation de l'IVG (14 semaines de grossesse). Lors de ce deuxième temps, la patiente choisit sa méthode d'IVG et son lieu de réalisation. C'est également un moment privilégié pour discuter de la méthode contraceptive à mettre en place après l'IVG, si besoin, et pour réaliser ou se faire prescrire un dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST), dont le VIH, ainsi qu'un dépistage du cancer du col de l'utérus.
Entretien Psycho-social
La consultation psycho-sociale est systématiquement proposée et obligatoirement réalisée pour les femmes mineures. Elle se déroule entre les deux temps préalables à l'IVG. Si la patiente est majeure et n'a pas souhaité le réaliser à cette étape, elle a la possibilité de le faire par la suite. Au cours de cette consultation, un accompagnement social et psychologique est proposé. Elle a lieu avec un professionnel qualifié dans un centre de santé sexuelle, un Espace vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), un service social ou autre organisme agréé.
Délais Légaux et Parcours de l'IVG
En France, l'IVG est autorisée jusqu'à la fin de la 14e semaine de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée. La durée du parcours de l'IVG est variable. Un rendez-vous doit être proposé dans les 5 jours suivant l'appel de la patiente. La durée dépend ensuite de la méthode choisie et de la réalisation ou non d'un entretien psycho-social (obligatoire pour les mineures).
Méthodes d'IVG
Il existe deux méthodes pour interrompre une grossesse : médicamenteuse et instrumentale.
IVG Médicamenteuse
Jusqu'à la 7e semaine de grossesse (9 semaines après le début des dernières règles), la patiente a le choix entre les deux méthodes. L'IVG médicamenteuse consiste en la prise de deux médicaments. Le premier, la mifépristone, bloque l'action de la progestérone, une hormone nécessaire au maintien de la grossesse. Le second, le misoprostol, est pris 24 à 48 heures après et provoque des contractions utérines pour expulser le sac gestationnel.
Étapes de l'IVG médicamenteuse :
- Prise du premier médicament (mifépristone): Ce médicament peut être pris soit à domicile, soit lors d'une consultation. Il bloque l'action de la progestérone et favorise les contractions de l'utérus et l'ouverture du col utérin. Des saignements et des douleurs peuvent survenir, mais ce n'est pas toujours le signe que la grossesse est arrêtée.
- Prise du second médicament (misoprostol): Ce médicament est pris 24 à 48 heures après le premier, soit à domicile, soit lors d'une consultation, soit au cours d'une courte hospitalisation. Il augmente les contractions et provoque l'IVG. Des douleurs, semblables à celles des règles, peuvent être ressenties et atténuées par des anti-douleurs. Des saignements, souvent abondants, accompagnent l'interruption de la grossesse.
L'IVG médicamenteuse est efficace dans 95 % des cas. Dans 60 % des cas, l'expulsion de l'œuf se fait dans les 4 heures suivant la prise du deuxième comprimé. Dans 40 % des cas, l'expulsion a lieu dans les 24 à 72 heures.
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IVG Instrumentale (Chirurgicale)
Au-delà de la 7e semaine de grossesse et jusqu'à la 14e semaine (16 semaines après le 1er jour des dernières règles), la méthode instrumentale est privilégiée. La technique instrumentale consiste en une aspiration de l'œuf, précédée d'une dilatation du col de l'utérus. L'ouverture du col utérin peut être facilitée par l'administration d'un médicament.
L'intervention peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale, selon le choix de la patiente et l'avis du professionnel de santé. L'hospitalisation dure généralement quelques heures, et l'intervention elle-même dure une dizaine de minutes. L'IVG instrumentale est efficace à 99,7 %.
Examens Médicaux Avant et Après l'IVG
Examens Avant l'IVG
Avant l'IVG, plusieurs examens peuvent être réalisés pour confirmer le diagnostic de grossesse et déterminer l'âge gestationnel. Cela peut inclure un interrogatoire, un examen clinique, une échographie, ou une prise de sang pour doser les β-hCG. D'autres examens sanguins sont réalisés pour déterminer le groupe sanguin de la patiente et pour permettre la réalisation d'une anesthésie générale en cas d'IVG instrumentale. Un dépistage du VIH et des autres IST ainsi qu'un examen de dépistage du cancer du col de l'utérus peuvent également être proposés.
Examens Après l'IVG
Après l'IVG, les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l'examen clinique, une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie peuvent être proposées.
Consultation de Suivi
Il est nécessaire de réaliser une consultation de suivi après une IVG, entre le 14e et le 21e jour après l'IVG, parfois plus tôt selon les circonstances cliniques. Cette consultation permet de s'assurer que la grossesse est bien interrompue et qu'il n'existe pas de complication. Elle peut se dérouler à distance dans le cadre d'une téléconsultation. Lors de cette consultation, la contraception est abordée pour l'adapter à la situation de la patiente.
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Complications Possibles
Complications de l'IVG Médicamenteuse
Les événements indésirables immédiats les plus fréquents sont des douleurs pelviennes, des saignements et parfois des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhée). Les complications graves sont rares, mais peuvent inclure une infection ou une hémorragie. Il est important de consulter en urgence en cas de fièvre (température supérieure à 38°C), d'importantes pertes de sang, de fortes douleurs abdominales ou de malaise.
Complications de l'IVG Instrumentale
Les complications immédiates sont rares. Dans de rares cas, une hémorragie est possible. La perforation de l'utérus lors d'une aspiration instrumentale est un événement exceptionnel. Si, dans les jours suivant l'intervention, la patiente présente de la fièvre, d'importantes pertes de sang, de fortes douleurs abdominales et/ou un malaise, il est impératif de contacter rapidement l'établissement où a eu lieu l'IVG ou le service d'urgences gynécologiques le plus proche.
Douleur et Risques
Les contractions de l'utérus liées à l'IVG peuvent être douloureuses, notamment en cas d'IVG médicamenteuse. Des anti-douleurs sont systématiquement prescrits pour soulager la patiente. Qu'il s'agisse d'une IVG instrumentale ou médicamenteuse, il existe un risque de complications, mais ce risque n'est pas supérieur à celui d'un avortement spontané (fausse couche) ou d'une grossesse menée à terme. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que l'avortement est une intervention sans risque lorsqu'il est pratiqué dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé).
Échec de l'IVG
L'IVG médicamenteuse est efficace à 95 %, ce qui signifie que dans 5 % des cas, une IVG instrumentale ou un autre geste chirurgical complémentaire est nécessaire. L'IVG instrumentale est quant à elle efficace à 99,7 %. Quelle que soit la méthode utilisée, la consultation de suivi après l'IVG est nécessaire pour s'assurer que la grossesse est bien interrompue et que la patiente est en bonne santé.
Aspects Financiers et Prise en Charge
L'IVG est un acte de soins pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie, que la patiente soit majeure ou mineure. Il n'y a aucune avance de frais à effectuer, et aucun dépassement d'honoraire n'est possible. La confidentialité est garantie pour toutes les femmes, même mineures.
Injection d'Immunoglobulines Anti-D
Uniquement dans le cas où le groupe sanguin de la patiente est négatif (rhésus négatif), une injection d'immunoglobulines anti-D est proposée pour éviter d'éventuelles complications lors d'une future grossesse désirée. Cette injection doit être renouvelée à chaque nouvelle grossesse, désirée ou non.
Rôle des β-hCG
Les β-HCG correspondent à l'hormone produite par l'embryon en cas de grossesse. C'est la détection de cette hormone dans l'urine ou le sang qui permet de savoir si une femme est enceinte.
Information et Soutien
Pour lutter contre la désinformation et garantir à toutes une écoute et une information fiable sur leurs droits, deux dispositifs ont été créés : le site ivg.gouv.fr et le numéro vert national : 0800 08 11 11 (accessible par téléphone ou tchat).
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