La fécondation in vitro (FIV) est devenue une solution d'espoir pour de nombreux couples confrontés à des problèmes d'infertilité. Alors que le monde a vu naître des millions d'enfants grâce à cette technique, l'Inde, et en particulier Delhi, est devenue un centre important pour les traitements de fertilité. Cependant, ce secteur en pleine croissance est confronté à des défis uniques, allant des questions éthiques à l'évolution des réglementations et aux disparités socio-économiques.
La FIV : une solution en pleine expansion, mais aux résultats mitigés
Depuis la naissance du premier « bébé-éprouvette », plus de 8 millions d'enfants ont été conçus par fécondation in vitro (FIV) dans le monde. Malgré une démocratisation croissante de cette technique et une demande exponentielle liée à la baisse de la fertilité et à l'évolution des modes de vie, les résultats restent modestes. La cause ? Des procédures encore largement artisanales et très sensibles aux variations humaines et environnementales. Alors que les phases en amont (recueil des gamètes) et en aval (transfert embryonnaire) sont bien maîtrisées, le véritable point faible reste la phase centrale : la manipulation des gamètes, encore largement réalisée à la main, dans des conditions environnementales imparfaitement contrôlées.
Face à ces constats, l’équipe de MovaLife microrobotics a conçu un dispositif qui permet de réaliser l’ensemble des manipulations d’un cycle de FIV dans un environnement clos, stérile, automatisé et à température constante. Dans ce système, les spermatozoïdes et les ovocytes sont introduits dans une puce microfluidique, une sorte de petite carte imprimée en 3D qui concentre au même endroit toutes les étapes : sélection, rencontre, fécondation, incubation… le tout dans un environnement contrôlé et stable. Par exemple, pour sélectionner les spermatozoïdes, la puce contient un parcours d'obstacles où seuls les plus mobiles arrivent à la sortie. D’autres microrobots à l’intérieur de la puce transportent les spermatozoïdes choisis jusqu'à l'ovocyte. « À terme, sur cette puce, le biologiste n'aura plus qu'à déposer les spermatozoïdes d'un côté, et les ovocytes de l'autre, et piloter le processus de l'extérieur. L’objectif n’est pas de remplacer les biologistes, mais de leur offrir des outils plus fiables et plus reproductibles. « Le robot ne se fatigue pas. Il ne fait pas mieux ou moins bien selon l’heure de la journée. Au cœur de la technologie de MovaLife, des microrobots actionnés par pinces optiques, un système mis au point par Arthur Ashkin, prix Nobel de physique en 2018. « On focalise un rayon laser sur un objet microscopique : la pression photonique suffit à le déplacer dans un liquide », détaille Sinan Haliyo, professeur à l’Institut des systèmes intelligents et de robotique (ISIR). Le point focal agit comme un piège lumineux : en déplaçant ce point, l’objet suit le mouvement. « Imaginez un drone, mais à la place des hélices, de petites billes. Le laser vient frapper ces billes pour générer la poussée. En modulant la force lumineuse sur chaque bille, on pilote le microrobot dans tous les axes de l’espace », décrit-il. « Avec les outils traditionnels actuels, c’est comme si on manipulait une pièce de Lego avec une grue de chantier. Cela demande d’avoir une grande dextérité et nécessite presque deux ans de formation aux techniciens. En revanche, nos outils sont à la même échelle que les gamètes, ce qui permet des manipulations bien plus fines. Chaque robot est imprimé en 3D à l’échelle micrométrique, ce qui permet de concevoir des formes adaptées à chaque tâche : pousser, saisir, isoler, etc. Autre avantage : les gamètes ne sont jamais exposés directement aux rayons laser. Enfin, la microfluidique permet de renouveler les milieux de culture, d’apporter les protéines nécessaires et de maintenir une température constante.
Afin de confronter leur technologie à des conditions réelles, les fondateurs de MovaLife collaborent depuis trois ans avec les médecins biologistes de la reproduction de l’hôpital Tenon (AP-HP) : Pr Rachel Lévy, responsable du centre de fertilité auprès de l’agence de biomédecine, et Dr. Charlotte Dupont, responsable du laboratoire de Biologie de la reproduction - CECOS. Ces deux cliniciennes, aussi enseignantes-chercheuses à la faculté de Santé de Sorbonne Université, sont également cofondatrices de la startup. Ce partenariat permettra de tester les fonctions critiques du système, notamment sur les cellules les plus délicates. « Les spermatozoïdes sont font partie des rares cellules motiles du corps humain. Ce sont également les plus petites si on enlève le flagelle. MovaLife est née d’une décennie de recherche fondamentale, mais aussi d’un environnement favorable à la valorisation. « Pendant ma thèse, on a développé un système de micromanipulation cellulaire. Le projet a ensuite été distingué par plusieurs prix nationaux : le Grand Prix i-PhD, puis le Grand Prix i-Lab 2023 de Bpifrance. Les deux prochaines années seront dédiées à la phase de validation préclinique du dispositif. « Il faut démontrer que notre technologie est au moins aussi efficace que les méthodes manuelles, d’abord en produisant des embryons de souris viables, puis des souriceaux en bonne santé », précise Éric Lameignère. Parallèlement, l’équipe développe un prototype de la machine en vue de tests sur l’humain d’ici trois ans. « Si tout se passe bien, on pourrait avoir le premier bébé humain né de notre technologie d’ici 2028 », avance-t-il. L’ambition de la startup est européenne, mais aussi internationale : « Le marché espagnol est très dynamique, avec deux fois plus de centres de FIV qu’en France. MovaLife microrobotics incarne l’alliance de la recherche fondamentale, de l’ingénierie de pointe et de l’entrepreneuriat scientifique au service d’un enjeu de société majeur : la fertilité. En repensant entièrement les conditions de manipulation des gamètes, l’équipe entend fiabiliser un processus encore fragile. « On ne pense pas qu’on se passera des biologistes.
Les défis éthiques et réglementaires de la GPA à Delhi
Le Dr Shivani Sachdev, en passant en revue la liste de ses patients « en attente », exprime son désarroi face aux nouvelles règles régissant la gestation pour autrui (GPA) et l’adoption, instituées en décembre 2012. Elle explique qu’elle a une quantité d’embryons congelés dans son laboratoire et, à cause de ces nouvelles règles, elle ne peut plus rien faire. Le Dr Gour, gynécologue, elle gère une clinique de fertilité dans un élégant quartier résidentiel du sud de Delhi. Comme les autres directeurs de cliniques de procréation assistée du pays, elle se retrouve pieds et poings liés depuis qu’en décembre dernier le ministère de l’Intérieur a promulgué une série de directives visant à réguler l’accès des étrangers aux mères porteuses indiennes.
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Louer un utérus peut coûter entre 15 500 et 21 500 euros, en comptant le coût de l’intervention, les frais d’accouchement, la prise en charge médicale de la mère porteuse et sa rémunération. Selon la nouvelle réglementation, New Delhi n’accordera plus de visa aux couples gays et aux célibataires résidant à l’étranger qui se rendent en Inde pour faire appel à une mère porteuse. L’accès à cette pratique est désormais limité à des couples hétérosexuels mariés depuis au moins deux ans, qui ne peuvent plus entrer en Inde avec un simple visa touristique mais sont tenus de faire une demande de visa médical. Les parents adoptants doivent en outre faire établir par une clinique un certificat attestant qu’ils forment bien un couple hétérosexuel, ne peuvent avoir d’enfant de façon naturelle et doivent en passer par une procédure de procréation médicalement assistée (PMA).
Jusqu’à présent, la grande majorité des patients du Dr Gour venaient d’Australie et des Etats-Unis, et beaucoup étaient célibataires et homosexuels. Si la législation indienne autorise toujours l’insémination artificielle pour les femmes célibataires, les nouvelles directives fermant les portes du marché de mères porteuses aux couples gays soulèvent une question inédite : qu’adviendra-t-il des embryons déjà congelés et stockés pour eux dans les cliniques spécialisées ? Le Dr Gour conserve ainsi dans son laboratoire plus d’une centaine d’embryons marqués et étiquetés dans une cuve d’azote liquide. Pour l’heure, la loi indienne ne prévoit rien pour l’importation ou l’exportation d’embryons, et les cliniques se mettraient dans l’illégalité en les expédiant à l’étranger à des parents qui ne peuvent plus recourir à la PMA en Inde. Ce n’est toutefois pas là l’unique souci du Dr Gour. Elle a en effet plusieurs grossesses en cours pour des parents qui, depuis décembre, ne peuvent plus légalement faire appel à une mère de substitution. L’obtention d’un visa relève déjà du parcours du combattant et, pour ne rien arranger, les parents gays disent maintenant rencontrer d’autres difficultés pour quitter le pays avec leurs enfants.
En janvier, Jake Docker, un fonctionnaire australien de 27 ans et parent gay célibataire, a eu des jumelles par une mère porteuse de Delhi. La sortie du pays avec ses filles a tourné au cauchemar : Docker raconte avoir subi plus de deux heures d’interrogatoire serré au Centre régional d’enregistrement des étrangers de Delhi, qui voulait savoir pourquoi il voulait des enfants alors qu’il était homosexuel et n’était pas marié. Docker, qui espérait avoir d’autres enfants par la suite, avait fait stocker ses embryons dans une clinique. Or, depuis l’entrée en vigueur des nouvelles règles de délivrance de visas et l’interdiction du recours à la procréation assistée pour les parents gays, Docker ne voit plus aucune raison de laisser ses embryons en Inde. Il les a fait détruire.
Le Conseil indien de la recherche médicale explique que les nouvelles règles ont été mises en place en réaction à un afflux de demandes émanant de ressortissants de pays qui refusent de reconnaître la filiation des enfants nés de mères de substitution. C’est par exemple le cas de l’Allemagne, de la Suisse, de l’Italie, de la France et de la Suède, qui interdisent la GPA sous toutes ses formes.
Garhi Jharia Maria : un centre de GPA au cœur de Delhi
Garhi Jharia Maria est une petite localité nichée dans le dédale urbain de Delhi Sud. Foyer de nombreux artisans locaux, elle ressemble à un bidonville fourmillant de migrants venus des régions voisines. Nombre de ses résidents ont un emploi de domestique dans les quartiers résidentiels voisins ou de journaliers dans les petites unités industrielles des environs. Du fait de sa proximité avec plusieurs cliniques de fertilité, depuis quelque temps l’endroit est plus réputé pour son réseau d’intermédiaires, de mères porteuses et de donneurs de sperme et d’ovules. Si une grande partie des mères porteuses du quartier vivent avec leur famille ou dans des appartements loués par les parents adoptants, d’autres sont logées dans des résidences gérées par les cliniques de fertilité. Les mères perçoivent généralement entre 250 000 et 400 000 roupies [entre 3 000 et 5 000 euros] pour leur grossesse.
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Mamta, 29 ans, mariée à un tailleur de Garhi, a pris en charge deux grossesses pour autrui (dont une gémellaire) en plus des siennes. Elle refuse de dire combien elle a gagné, mais laisse entendre que la somme lui a permis de faire réparer la maison de son mari dans leur village d’origine. En attendant d’être sollicitée pour une nouvelle GPA l’année prochaine - après l’intermède obligatoire de deux ans entre deux maternités -, elle est employée comme “travailleuse sociale” dans une résidence pour mères porteuses dépendant de l’une des cliniques de fertilité du quartier. Sa mission consiste essentiellement à suivre l’état de santé des pensionnaires et à veiller à leur bien-être. Elle essaie également d’encourager davantage de jeunes femmes à se porter volontaires. Shabana, 27 ans, une nouvelle recrue, est d’accord avec Mamta. Enceinte de sept mois dans le cadre de sa première maternité de substitution et suivie par Mamta, elle vit avec son époux (également tailleur) et ses deux filles dans un appartement de location d’une pièce non loin de Garhi. Alors que son mari ne gagne que 6 500 roupies par mois [83 euros], dans le cadre du forfait qui lui a été proposé par les parents adoptants elle touche des mensualités de 12 500 roupies [160 euros].
Si beaucoup d’observateurs considèrent la maternité de substitution comme un arrangement gagnant-gagnant pour les parents et les mères porteuses, certains activistes estiment pour leur part que, à l’heure où les cliniques essaient d’attirer autant de patientes que possible, beaucoup de ces femmes s’exposent à de graves risques sanitaires. Selon une étude réalisée par l’association Sama, organisme de recherche basé à Delhi et spécialisé dans les questions de genre et de santé, la plupart des mères porteuses subissent une césarienne, car les médecins ont tendance à se plier au calendrier des parents adoptants. Certains détracteurs de la GPA prétendent également que les cliniques et hôpitaux privés sont moins attentifs aux besoins des mères porteuses pauvres que des parents riches qui paient la facture. Anurag Chawla, associée d’un cabinet juridique de Delhi qui aide à rédiger des contrats pour les parents adoptants, souligne que la plupart des mères porteuses ne font cela que pour l’argent et n’ont donc pas d’avocat pour les représenter au moment de la signature de l’accord. Dans certains cas, les médecins implantent plus de trois embryons dans l’utérus de la mère porteuse afin d’accroître les chances de grossesse. Non seulement cela aboutit souvent à des grossesses multiples et met en danger leur santé, mais c’est aussi illégal.
En attendant que le gouvernement se prononce sur le sort des embryons congelés, à Perth, en Australie, Adrian Tilby, 33 ans, attend impatiemment des nouvelles. Il a récemment conçu des jumeaux par l’intermédiaire d’une mère porteuse de New Delhi et a fait conserver plusieurs embryons au cas où il voudrait un jour d’autres enfants. La maternité de substitution n’étant pas autorisée en Australie et les adoptions pouvant prendre jusqu’à dix ans ou plus, l’Inde était sa seule option.
L'impact de la croissance démographique sur l'emploi à Delhi
Cette semaine, l’Inde est devenue officiellement le pays le plus peuplé au monde, avec 1 428 000 000 d’habitants. Le pays devance donc désormais la Chine, et tout l’enjeu pour Delhi sera de transformer cette force démographique en croissance et en force économique. Pour cela, il faudra donner du travail à tous et surtout aux jeunes. Ce qui frappe dans la capitale indienne, c’est cette circulation chaotique où taxis, bus, rickshaws et piétons se frôlent. Il y a aussi cette nuée de scooters qui se faufilent dans les rues de Delhi et qui permettent de vivre à des centaines de millions d’Indiens, comme Santander, coursier pour "Zomato".
En Inde, 80 % de l’économie du pays est en réalité informelle. Ces emplois sont précaires, sans aucune sécurité ni statut. Le taux de chômage en Inde a atteint 8,3 % en décembre dernier, il n’a jamais été aussi élevé depuis 45 ans. Le secteur privé n’offre pas assez d’opportunités et les entreprises se plaignent de ne pas trouver d’employés compétents. Pour trouver du travail, beaucoup se tournent donc vers les concours de la fonction publique, mais ceux-ci sont très sélectifs. En Inde, le défi de l’emploi est aussi de faire revenir les femmes sur le marché de l’emploi, car leur taux de travail est l’un des plus bas du monde. Seules 20% des Indiennes travaillent ou recherchent un emploi. Beaucoup sont diplômées, mais elles se retirent du marché, car dans cette société patriarcale, c’est un honneur pour un homme de subvenir seul aux besoins de sa famille.
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Selon le gouvernement indien, la population en âge de travailler s’élèvera à plus d’un milliard dans la prochaine décennie.