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L'Interruption de Grossesse en Islam : Avis Religieux et Perspectives

Dans de nombreuses régions du monde, la possibilité pour une femme d'avorter n'est pas reconnue comme un droit. Le facteur religieux est souvent une cause influente, exerçant une forte influence sur les sociétés et les systèmes étatiques. Cependant, il est crucial de comprendre que la position religieuse n'est pas homogène et que l'opinion sur l'avortement peut varier au sein d'une même religion. Cet article se penche sur l'avis de l'Islam concernant l'interruption de grossesse (IVG), en explorant les différentes perspectives théologiques et les implications pratiques pour les femmes musulmanes.

Diversité des Opinions Théologiques en Islam

La position du Coran sur l'avortement ne fait pas l'unanimité auprès de tous les théologiens musulmans. Certains versets coraniques dénoncent l'infanticide, une pratique courante à l'époque préislamique en Arabie, où des bébés de sexe féminin étaient enterrés vivants. Des versets tels que la sourate 6, verset 137 et la sourate 6, verset 140 condamnent ces actes. Outre l'infanticide, de nombreux théologiens comprennent également ces versets comme des interdictions d'avorter.

L'Islam Chiite

L'Islam chiite, religion d'État en Iran et religion majoritaire dans plusieurs autres pays, se distingue par la présence d'un clergé très hiérarchisé. Les savants chiites tirent leurs opinions sur l'IVG des hadiths authentiques remontant au Prophète Muhammad et des Imams chiites. Un hadith parle de l'IVG en ces termes : « Lorsque deux choses interdites se rencontrent [sur une personne], alors le moindre sera sacrifié pour le plus grand ». De nombreux savants chiites considèrent que dans le cas présent, nous sommes confrontés à deux interdits : soit procéder à un avortement, soit laisser mourir la mère.

Toutefois, selon le grand Ayatollah Ali Al-Sistani, l'avortement est haram dans pratiquement tous les cas de figure, avec une seule exception : lorsque la naissance d'un enfant pourrait mettre en danger la vie de la mère. Même dans ce cas, l'avortement ne doit pas avoir lieu après quatre mois de grossesse, car avant cette période, le fœtus n'aurait pas encore d'âme. Au-delà de ce délai, l'avortement est considéré comme haram. Si un avortement est pratiqué malgré tout, la ou les personnes responsables paient une compensation financière appelée diya ou « prix du sang ». L'Ayatollah Fadlallah avait une opinion assez similaire malgré quelques points de vue divergents.

L'Islam Sunnite

Dans l'Islam sunnite, les avis sur l'avortement sont très divers mais tout aussi conservateurs. Les savants sunnites basent leurs opinions principalement sur des hadiths. Un hadith rapporte cette parole du Prophète Muhammad : « En ce qui concerne votre création, chacun de vous est recueilli dans le ventre de sa mère pendant les 40 premiers jours, puis il devient un caillot pendant 40 jours supplémentaires, puis un morceau de chair pendant 40 jours supplémentaires. »

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Il existe des divergences entre les différentes écoles sur la période limite à laquelle un avortement peut être pratiqué, allant du premier au quatrième mois de grossesse. Les Hanafites sont plus libéraux et permettent l'avortement jusqu'au quatrième mois en cas de viols ou de dangers pour la vie de la mère. Les Chaféites et les Hanbalites permettent l'avortement dans ces cas de figures seulement lors du premier mois de grossesse. Ces avis sont confirmés par des religieux influents de l'Islam sunnite, tel que le grand imam de Al-Azhar en Égypte.

Interprétations et Conditions Spécifiques

Pour la majorité des courants religieux islamiques, tout avortement réalisé à la suite d'un inceste ou d'un viol, pour des raisons financières ou jugées peu importantes comme la non-volonté de devenir parents, des questions professionnelles et/ou pratiques, est jugé comme étant haram. Toute personne ayant commis un ou plusieurs avortements devra payer une amende aux autorités compétentes.

La majeure partie des pays musulmans n'interdisent donc pas totalement l'avortement, mais le restreignent fortement pour l'autoriser uniquement lors de cas graves. Il existe autant d'opinions concernant l'Islam qu'il y a d'écoles théologiques. Aucune école juridique musulmane n'autorise l'IVG de manière aussi ouverte qu'en France, mais il y a des branches plus libérales que d'autres.

L'Avortement dans la Loi Islamique

L'islam, à travers ses textes fondamentaux et ses écoles juridiques, adopte une position nuancée mais majoritairement restrictive sur l'avortement. Considéré comme une atteinte à la vie, un don sacré d'Allah, l'avortement est généralement découragé, voire interdit, sauf dans des cas exceptionnels. L'islam place la vie humaine au-dessus de tout. Le Coran déclare : « Ne tuez pas vos enfants par crainte de la pauvreté » (17 :31) et interdit de tuer une âme sauf pour une raison légitime (5 :32).

Selon des sources variées, l'avortement est vu comme un « crime contre une créature d'Allah », particulièrement après 120 jours de grossesse, moment où l'âme est insufflée au fœtus (certaines écoles affirment que cela intervient dès 40 jours de grossesse), selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim.

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Le Délai de 120 Jours et les Différentes Écoles

Avant l'ensemencement de l'âme (120 jours, soit environ 4 mois, mais certaines écoles considèrent que l'ensemencement a lieu dès le 40ème jour), l'avortement est jugé moins grave par la majorité des savants musulmans. Certaines écoles, comme l'école hanafite, qualifient l'avortement à ce stade de mekrouh (indésirable) plutôt que haram (interdit). Après 120 jours, lorsque l'âme est insufflée, l'avortement devient presque unanimement interdit, sauf si la vie de la mère est en danger. Cette règle s'appuie sur le principe de préservation de la vie établie de la mère, qui prime sur celle du fœtus.

Voici un aperçu des positions des principales écoles juridiques :

  • Malikite : Très stricte, interdit l'avortement sauf en cas de danger pour la mère. Certains juristes admettent une possibilité restreinte d'avortement avant 40 jours en cas de motif grave, mais pas pour confort ou convenance.
  • Chaféite : Avortement déconseillé mais toléré dans certains cas jusqu'à 40 jours, interdit sauf nécessité extrême ensuite.
  • Hanbalite : Position intermédiaire, tolère l'avortement avant 40 jours pour des raisons graves, interdit ensuite avec quelques exceptions.
  • Hanafite : Plus permissive.

La Réglementation de l'Avortement dans les Pays Musulmans

Dans le monde musulman, l'avortement est souvent strictement réglementé. Environ 80 % des femmes du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord vivent dans des pays où l'avortement est limité, principalement autorisé pour sauver la vie de la mère ou préserver sa santé physique ou mentale. Seules la Turquie et la Tunisie permettent l'avortement volontaire, mais même là, les femmes font face à des jugements sociaux et à des pressions religieuses.

L'islam insiste sur l'importance de consulter des médecins et des savants religieux avant de prendre une décision. L'intention (niyya) joue un rôle central : un avortement motivé par des raisons futiles est considéré comme un péché grave. En résumé, l'islam ne valorise pas l'avortement et le considère comme une atteinte à la volonté d'Allah, qui seul détient le droit de vie et de mort.

Avortement Spontané et Interruption Volontaire de Grossesse

Il est important de distinguer l'interruption volontaire de grossesse (IVG) de l'avortement spontané, également connu sous le nom de fausse couche. L'IVG se réfère à l'acte médical visant à mettre fin volontairement à une grossesse, tandis que l'avortement spontané se produit naturellement sans intervention médicale.

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Selon Cheikh Outheymine, si l'avortement est la destruction de l'embryon après l'insufflation de l'âme, alors il est illicite sans aucun doute, car cela revient à tuer une âme sans aucun droit. Cependant, l'avortement est possible si des médecins spécialisés dignes de confiance affirment que garder le bébé entraînerait le décès de la mère.

Avortement suite à un Viol

La situation d'une femme violée est particulièrement délicate. Selon certaines fatwas, il est permis à une femme violée d'avorter tant que la grossesse n'a pas atteint quatre mois, car après ce délai, l'âme est insufflée au fœtus et il n'est donc pas possible d'avorter. L'avortement est autorisé sous conditions pour prévenir le pire et favoriser le plus grand bien.

L'Importance de la Consultation des Savants

Il est impératif de consulter les savants pour déterminer la nécessité d'une demande d'avortement. L'autorisation d'avorter est accordée dans des situations extrêmement délicates, comme celles des femmes violées ou lorsque la vie de la mère est en danger. Il est primordial de souligner l'importance de recourir à l'avis des savants pour prendre une décision éclairée et conforme aux principes islamiques.

Accès Restreint et Conséquences

Près de 80 % des femmes du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord vivent dans des pays où le droit à l'avortement est restreint. Aujourd'hui, seules la Turquie et la Tunisie autorisent les avortements volontaires (sur demande de la mère). Même dans ces pays, ce droit est remis en question par des opposants politiques et religieux.

Restreindre l'accès à l'avortement ne fait que le rendre clandestin et dangereux. Les femmes risquent leur santé, leur fertilité et même leur vie en utilisant des méthodes peu sûres. Chaque année, des milliers de femmes meurent de complications liées à un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions. De plus, les restrictions du droit d'accès à l'avortement affectent davantage les femmes les plus pauvres.

Alternatives et Solutions

Malgré les restrictions, des alternatives sûres se multiplient grâce à l'avortement médicamenteux et à la télémédecine. Des femmes consultent des services de médecine en ligne pour obtenir de l'aide et des informations sur la façon de s'auto-administrer les pilules abortives obtenues par ce biais. Des études prouvent que l'avortement télémédicalisé est sûr et efficace en début de grossesse.

Women on Web (WoW), l'un de ces services en ligne, aide environ 60 000 femmes chaque année. Néanmoins, dans certains pays, l'accès au site est prohibé, et les femmes utilisent des applications sur leur smartphone pour contourner la censure.

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