Introduction
L'histoire de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale est riche et complexe, avec de nombreux acteurs et formes d'engagement. Parmi les aspects les moins connus de cette période sombre, on trouve le rôle crucial joué par les officiers des services techniques des transmissions et les opérateurs radio civils et militaires. Cet article se propose d'explorer cette facette méconnue de la Résistance, en s'appuyant notamment sur les travaux de François Romon, dont la thèse en histoire moderne et contemporaine met en lumière l'importance de ces acteurs de l'ombre.
Les Transmissions : Un Enjeu Stratégique
Dès le lendemain de l'armistice de juin 1940, certains officiers et ingénieurs des transmissions ont compris l'importance de maintenir une capacité de renseignement et de liaison avec les forces alliées. Ils ont utilisé leurs compétences techniques et leur position au sein des services de l'État français pour organiser une résistance secrète, puis clandestine, au sein même de l'appareil administratif.
La Création du Groupement des Contrôles Radioélectriques (GCR)
Gabriel Romon, figure centrale de cette résistance, a eu l'idée de créer le Groupement des contrôles radioélectriques (GCR) suite à la signature de l'armistice de juin 1940. En tant que directeur technique, il a animé l'activité secrète de renseignement militaire au profit des états-majors alliés. Son compagnon d'armes, Marien Leschi, était à la tête du Service radioélectrique de sécurité du territoire (SRST). Paul Labat, quant à lui, dirigeait le GCR et l'ex-Section d'étude des matériels des transmissions (SEMT), tout en étant le directeur du Cadre spécial temporaire des transmissions de l'Etat (CSTTE), un organisme créé au sein des PTT pour soustraire l'activité des transmetteurs au contrôle de l'occupant.
Des Compétences Techniques au Service de la Résistance
Ces hommes ont mis à profit leurs compétences techniques pour mener des actions de renseignement, de sabotage et de liaison. Ils effectuaient des écoutes radioélectriques, des dérivations de lignes téléphoniques et des transmissions de renseignements aux forces alliées. Ils ont également camouflé du matériel, recruté et formé des techniciens radio volontaires.
Les Phases de la Résistance des Transmetteurs
La résistance des transmetteurs s'est déroulée en plusieurs phases.
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La Résistance Secrète au Sein des Services Officiels (1940-1942)
Dans un premier temps, cette résistance s'est exercée au sein des services officiels de l'Armée d'armistice et des PTT. Les transmetteurs ont continué à utiliser leurs compétences professionnelles contre l'occupant allemand, comme ils l'avaient fait pendant les combats de 1939-1940. Ils ont su tirer parti de leur position de responsables de services importants de l'État français pour obtenir les moyens d'agir secrètement.
L'Entrée dans la Clandestinité (Après Novembre 1942)
Après novembre 1942, avec l'occupation de la zone libre, ces officiers ont décidé d'entrer dans la clandestinité. Ils ont rejoint différents réseaux et organisations de résistance, tels que l'Armée secrète, l'ORA (Organisation de Résistance de l'Armée), le NAP (Noyautage des administrations publiques) et le réseau Alliance. Ils ont apporté leurs compétences et leurs moyens techniques aux réseaux et organisations clandestines qui en avaient le plus besoin.
Les Hommes Clés de Cette Résistance
François Romon met en lumière les parcours de cinq officiers transmetteurs qui furent les principaux responsables de cette résistance : Gabriel Romon, Marien Leschi, Paul Labat, Edmond Combaux et André Mesnier.
Gabriel Romon : L'Initiateur
Gabriel Romon, polytechnicien et radioélectricien, est l'incarnation de cette résistance. Directeur technique du GCR, il a été l'un des principaux animateurs de l'activité secrète de renseignement militaire au profit des états-majors alliés.
Marien Leschi : Le Chef du SRST
Marien Leschi, compagnon d'armes de Gabriel Romon, était le chef du Service radioélectrique de sécurité du territoire (SRST).
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Paul Labat : L'Organisateur
Paul Labat, directeur général du GCR et de l'ex-Section d'étude des matériels des transmissions (SEMT), a également dirigé le Cadre spécial temporaire des transmissions de l'Etat (CSTTE), un organisme créé au sein des PTT pour protéger les transmetteurs du contrôle de l'occupant.
Edmond Combaux : L'Agent de Renseignement
Edmond Combaux était officier du troisième Bureau de l'état-major de l'Armée d'armistice et chargé de mission du Service de renseignement français (SR) camouflé sous l'Occupation.
André Mesnier : Un Héros Discret
André Mesnier, dont le rôle est moins documenté, a également participé activement à cette résistance.
Les Réseaux et Organisations Impliqués
Les transmetteurs ont été impliqués dans différents réseaux et organisations de résistance.
Le Réseau Alliance
Beaucoup ont rejoint le réseau Alliance, qui travaillait pour les Britanniques. Ce réseau était particulièrement intéressé par les compétences techniques des transmetteurs.
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L'ORA (Organisation de Résistance de l'Armée)
Certains transmetteurs, comme Marien Leschi, ont rejoint l'ORA, une organisation militaire clandestine issue de l'Armée d'armistice.
Le NAP (Noyautage des Administrations Publiques)
Le NAP visait à infiltrer les administrations publiques pour recueillir des renseignements et faciliter les actions de la Résistance. Les transmetteurs ont pu mettre leurs compétences au service de ce réseau.
Les Risques et les Arrestations
La résistance des transmetteurs était une activité périlleuse, exposant ses membres à des risques considérables.
Les Premières Arrestations (1943)
Les premières arrestations de transmetteurs résistants et membres du réseau Alliance eurent lieu de juin à septembre 1943. Avec Marien Leschi furent arrêtés les principaux cadres du SRST en juillet et octobre 1943, puis en janvier 1944.
L'Arrestation de Gabriel Romon et des Cadres du GCR (Décembre 1943)
Gabriel Romon et les principaux cadres du GCR furent arrêtés du 12 au 14 décembre 1943.
Les Conséquences Tragiques
Gabriel Romon a été condamné à mort par le tribunal de guerre du Troisième Reich et fusillé à Heilbronn avec 23 autres membres du réseau Alliance, le 21 août 1944. Paul Labat a été déporté au camp de Schirmeck et massacré par les SS au Struthof avec 106 autres membres du réseau Alliance, dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944. André Mesnier a été déporté à Dachau puis au commando d'Allach où il est mort de faim et d'épuisement le 20 décembre 1944.
La Reconnaissance de la Résistance des Transmissions
La résistance des transmetteurs a été reconnue à la Libération.
La Plaque Mémorielle aux Invalides
Une plaque mémorielle de la Résistance des transmissions a été posée à l'Hôtel national des Invalides, le 9 novembre 1947. Elle porte les noms de 52 résistants et de quatre résistantes.
La Pérennisation des Institutions Créées Sous l'Occupation
Une réorganisation en profondeur des PTT a été opérée sous l'Occupation, et dans ses grandes lignes, a perduré après le régime de Vichy. Les services techniques des transmissions ont directement participé à la création du Centre national d'études des télécommunications en mai 1944 (CNET). Le décret de création du CNET, signé par Pierre Laval le 4 mai 1944, est purement et simplement validé par De Gaulle le 29 janvier 1945, avec des attendus faisant très explicitement référence à l'œuvre entreprise par le régime de Vichy en la matière et en assumant entièrement l'héritage.
L'Héritage de la Résistance des Transmissions
L'héritage de la résistance des transmissions est multiple.
Le Redéploiement de la Technologie des Télécommunications Française
Les actions secrètes de résistance menées par les transmetteurs de la SMET ont facilité le redéploiement de la technologie des télécommunications française à la Libération.
La Maîtrise des Recherches par les PTT
Par la suite, les PTT ont repris la maîtrise de l'ensemble des recherches menées au CNET, qui est alors devenu le très important centre de recherche et développement de l'opérateur national France Télécom.
Le Maintien des Institutions Créées par l'État Français
D'autres institutions créées par l'État français ont été maintenues à la Libération, comme l'Ecole d'application des transmissions et le GCR de Gabriel Romon, très explicitement et officiellement reconduit par le gouvernement du général De Gaulle.
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