L'insomnie chez l'enfant, définie comme une diminution de la durée et/ou de la qualité du sommeil, est une problématique fréquente. Selon une enquête de l'Institut national de sommeil et de la vigilance (INSV) en 2022, 24 % des parents rapportent un trouble du sommeil chez leur enfant. Cet article explore les causes de l'insomnie chez les enfants de 10 ans et propose des solutions pour améliorer leur sommeil.
Prévalence et types d'insomnie
Les troubles du sommeil sont assez fréquents chez l'enfant : ils concernent 20 à 30 % des enfants de moins de 6 ans, 10 % des 6 à 12 ans, et 15 à 20 % des adolescents. Chez l'enfant, on distingue deux types d'insomnie :
- Troubles de l'initiation du sommeil : Difficulté d'endormissement, opposition au coucher, pleurs.
- Troubles du maintien du sommeil : Éveils nocturnes répétés ou prolongés.
De 10 à 15 ans, le type d'insomnie se rapproche de celui de l'adulte : difficultés d'endormissement, éveils nocturnes, réveil matinal trop précoce, sommeil de quantité suffisante mais vécu comme non réparateur.
Causes de l'insomnie chez l'enfant de 10 ans
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'insomnie chez un enfant de 10 ans.
Facteurs comportementaux et environnementaux
- Mauvaises habitudes de sommeil : Le refus d’aller se coucher peut être dû à de mauvaises habitudes de sommeil installées progressivement. Les insomnies dites « conditionnées » sont des insomnies dues au fait que les enfants n’ont pas appris à s’endormir seuls. La présence du parent est rendue nécessaire lors du coucher, dès la mise au lit et jusqu’à l’endormissement. Les rituels de coucher sont prolongés de façon excessive et deviennent de ce fait peu efficaces.
- Horaires irréguliers : Des heures très irrégulières de coucher et de lever perturbent les rythmes biologiques.
- Activités stimulantes avant le coucher : Exposition prolongée à la lumière, excitation (télévision et jeux vidéo), longues périodes sur Internet, discussions prolongées avec les amis, devoirs qui durent tard le soir.
- Consommation de substances : La consommation de café, de tabac, d’alcool ou de drogues peut perturber le sommeil.
- Environnement inadapté : Un environnement trop bruyant, un partage de chambre perturbateur (bruit, horaires de coucher inadaptés).
- Mode de vie familial sans règle : Chacun fait son plateau-repas et l’amène dans sa chambre ou devant la télé ; télés et/ou ordinateurs dans les chambres.
Facteurs psychologiques
- Anxiété et stress : Si l’insomnie est liée à des peurs diverses, cauchemars, terreurs nocturnes, etc. il est important de sécuriser son enfant dans le noir. À savoir : si vous avez constaté des changements de comportement chez votre enfant, avec des moments de repli, des colères intenses, une certaine agitation, un manque d’appétit… il existe peut-être un malaise psychologique plus profond.
- Dépression : L’insomnie et la dépression sont fréquemment associées. La dépression est fréquente chez les adolescents, parmi lesquels le risque de suicide est particulièrement élevé.
Facteurs physiologiques
- Retard de phase du sommeil : Un endormissement tardif dû à un retard de phase du sommeil où l’endormissement survient souvent à 1h du matin ou plus. Le réveil est difficile et spontanément tardif.
- Troubles médicaux : Les autres causes d'insomnie sont les maladies (reflux gastro-œsophagien, asthme, infections ORL, etc.), ainsi que des causes psychologiques (anxiété) ou liées à une pathologie du développement (autisme, etc.).
Parasomnies
Les parasomnies sont des phénomènes musculaires, vocaux ou sensoriels, sans lien avec l’épilepsie, qui surviennent au cours du sommeil. Elles sont le plus souvent bénignes et sans conséquence sur le développement de l'enfant. Les parasomnies constituent un état d'éveil dissocié, avec une activation des mouvements (somnambulisme) ou des émotions (terreurs nocturnes), mais sans activation de la vie de relation, ce qui explique que les enfants n’en gardent aucun souvenir.
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- Éveils confusionnels : Durant 2 à 30 minutes, entraînant confusion, geignements, pleurs.
- Somnambulisme : Déambulation nocturne automatique qui peut durer jusqu'à 20 minutes. L'enfant a les yeux ouverts, un visage inexpressif, et peut accomplir des actes plus ou moins élaborés.
- Terreurs nocturnes : Éveils brutaux avec pleurs, hurlements, paroles incohérentes. L'enfant a les yeux ouverts, son rythme cardiaque est accéléré, il transpire abondamment, et les tentatives pour le réveiller s'avèrent en général infructueuses. L'épisode dure de 1 à 20 minutes.
- Cauchemars : Rêves déplaisants ou effrayants, pouvant éveiller l'enfant.
Solutions et traitements
Pour traiter l'insomnie chez un enfant de 10 ans, il est essentiel d'identifier la cause sous-jacente et d'adopter une approche personnalisée.
Amélioration de l'hygiène du sommeil
- Routine de coucher régulière : Mettre en place un rituel du coucher, autrement dit un temps calme avec votre enfant, pour le rassurer, l'apaiser et favoriser son endormissement.
- Environnement de sommeil propice : Assurer une chambre calme, sombre et à une température confortable.
- Limitation des écrans : Il convient également de proscrire l'utilisation des écrans en fin de journée. En effet, la lumière dégagée par un téléphone, une tablette ou encore une télévision ralentit la production de mélatonine.
- Activité physique régulière : Encourager l'activité physique pendant la journée, mais éviter l'exercice intense près de l'heure du coucher.
- Alimentation saine : Éviter les repas lourds et les boissons sucrées avant le coucher.
Approches psychologiques et comportementales
- Thérapies comportementales et cognitives (TCC) : Si les insomnies deviennent une véritable difficulté pour l’enfant, il est possible de se tourner vers les thérapies comportementales et cognitives (TCC). Elles habituent l’enfant à son propre lit, diminuent la charge anxieuse associée à sa chambre, mais permettent également de modifier les attitudes parentales qui ont parfois tendance à entretenir inconsciemment le fait que l’enfant soit dépendant de ses parents pour s’endormir.
- Gestion de l'anxiété : Rassurer l’enfant, en l’écoutant attentivement pour comprendre ce qui lui fait peur. Cela peut être, par exemple, un monstre en 3D au pied de son lit ; ne pas réfuter qu’il a vu un monstre, mais lui expliquer que c’est son esprit prêt à dormir qui l’a fait apparaître.
- Techniques de relaxation : Enseigner des techniques de relaxation, comme la respiration profonde ou la méditation, pour aider l'enfant à se détendre avant le coucher.
Interventions médicales
- Consultation médicale : Pour dépister l’origine de l’insomnie, l’examen médical complet est nécessaire. Outre cette étude minutieuse du quotidien de votre enfant, la consultation d'un médecin spécialisé peut s'avérer nécessaire si le problème persiste malgré vos efforts pour adapter le rythme de vie de votre enfant à ses besoins spécifiques et améliorer son environnement de sommeil.
- Médicaments : Un traitement médicamenteux est indiqué lorsque les parasomnies perturbent le sommeil de l'enfant ou entraînent des déambulations potentiellement dangereuses (somnambulisme). Les anxiolytiques ou antihistaminiques sont parfois proposés (hors AMM) pendant des durées de 4 semaines, éventuellement renouvelables.
Traitement du retard de phase
- Chronothérapie : La chronothérapie par retard de phase est une technique qui va retarder l’endormissement de jour en jour, jusqu’au moment où le sommeil se trouvera à nouveau calé sur la nuit (en 8 jours environ). Il est plus facile pour l’organisme de reculer l’heure de l’endormissement plutôt que de l’avancer.
- Avance progressive des horaires : Dans les syndromes de retard de phase modéré, le médecin pourra proposer une avance progressive des horaires de lever, associée à un renforcement des synchroniseurs, notamment en utilisant la lumière et l’activité physique le matin.
- Luminothérapie : En hiver, quand il fait encore nuit le matin et que la lumière naturelle est trop faible, le médecin pourra proposer une lampe de luminothérapie. C’est un écran lumineux qui délivre une lumière blanche de forte intensité et qui a les mêmes propriétés que la lumière naturelle.
Que faire en cas de parasomnies ?
Dans la majorité des cas, les parasomnies sont bénignes et ne nécessitent pas de traitement. Cependant, il est important de prendre certaines précautions :
- Sécurité : Par mesure de précautions, il vaut mieux s’assurer que la chambre ne comporte pas de danger. En effet, même si cela est rare, l’enfant peut se lever, ouvrir des portes, des fenêtres, descendre des escaliers, sortir de chez lui. La prévention d’éventuels accidents, en particulier de défenestration, est donc primordiale.
- Ne pas réveiller : Il ne faut pas tenter de réveiller la personne et intervenir le moins possible en restant neutre.
- Mesures de protection : Si les déambulations sont importantes, il convient de mettre en place l’ensemble des mesures destinées à protéger la personne contre toute possibilité de blessures (éviter les lits en hauteur, les coins de meubles agressifs en métal, fermer les fenêtres par des verrous haut placés, rideaux épais aux fenêtres, protection des escaliers par des barrières).
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