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Recherche sur l'embryon et PMA : enjeux bioéthiques et perspectives en France

Depuis 2013, la recherche sur l'embryon est autorisée en France, sous conditions strictes et sous le contrôle rigoureux de l'Agence de la biomédecine. Cette autorisation s'inscrit dans un cadre bioéthique précis, visant à concilier le progrès scientifique avec le respect dû à l'embryon, aux couples donneurs et la prévention de toute dérive. Cet article explore les enjeux de cette recherche, son cadre légal, les types de recherches autorisées, et les questions éthiques qu'elle soulève.

Le statut de l'embryon en France

Sur le plan juridique, l'embryon n'a pas d'existence légale propre en France. Seule la naissance confère un statut juridique à l'individu. Toutefois, sur le plan éthique, la question du statut de l'embryon est un débat complexe, influencé par les convictions personnelles et les croyances de chacun.

Il est généralement admis que la perception de l'embryon évolue en fonction de son devenir. Lorsqu'il s'inscrit dans un projet parental, il est considéré comme une personne potentielle. En revanche, lorsqu'il n'y a plus de projet parental, l'embryon ne sera jamais transféré dans l'utérus et ne donnera jamais naissance à une personne. Néanmoins, même dans ce cas, l'embryon doit être traité avec le respect qui lui est dû, compte tenu de son origine humaine.

Origine des embryons utilisés pour la recherche

Les embryons utilisés pour la recherche proviennent principalement de deux sources :

  • Embryons issus de fécondation in vitro (FIV) présentant des anomalies précoces de leur développement : Ces embryons ne sont pas transférables dans l'utérus en raison de ces anomalies.
  • Embryons surnuméraires : Ces embryons ont été congelés lors d'une FIV, mais ne font plus l'objet d'un projet parental.

Dans tous les cas, le don d'embryons à la science nécessite le consentement éclairé du couple. Les couples qui n'ont plus de projet parental sont consultés chaque année et peuvent choisir de donner leurs embryons cryoconservés à la science ou de faire un autre choix. En 2014, 21 539 embryons ont été donnés à la recherche, mais un nombre bien inférieur est effectivement utilisé.

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Types de recherches autorisées sur l'embryon

La recherche sur l'embryon se divise en trois catégories, similaires à celles des autres recherches biomédicales :

  • Recherche fondamentale : Elle vise à approfondir la compréhension du développement précoce de l'embryon et de ses éventuelles perturbations. Bien que des modèles animaux puissent être utilisés, des différences significatives entre les espèces rendent nécessaire la recherche sur des embryons humains.
  • Recherche préclinique : Elle a pour objectif de développer de nouvelles méthodologies et procédures à visée thérapeutique. Cela peut inclure la correction de mutations génétiques à l'aide d'outils comme CRISPR-Cas9, ou l'amélioration des techniques de procréation médicalement assistée (PMA) en testant de nouvelles conditions de culture embryonnaire ou en identifiant des marqueurs biologiques prédictifs du développement embryonnaire. Il est important de noter qu'aujourd'hui, les chances de succès de la FIV varient entre 17% et 30%, ce qui est relativement faible.
  • Recherche clinique : Depuis 2015, la loi française autorise le transfert dans l'utérus d'embryons ayant fait l'objet d'une recherche dans le cadre d'une PMA, sous certaines conditions. Ces recherches sont soumises à l'autorisation de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
  • Recherche sur les cellules souches embryonnaires : Il est également possible de prélever des cellules souches pluripotentes sur un embryon pour mener des recherches fondamentales, précliniques ou cliniques, par exemple pour développer de nouvelles méthodes de thérapie cellulaire. Dans ce cas, l'embryon n'est plus la finalité de la recherche.

Il est essentiel de souligner que, dans le cadre des recherches fondamentales et précliniques, les embryons ne sont pas transférés dans l'utérus et sont donc détruits. Ces recherches sont soumises à l'autorisation de l'Agence de la biomédecine (ABM).

Gestion des embryons destinés à la recherche et information des couples donneurs

La gestion des embryons destinés à la recherche est une question cruciale qui n'a pas encore été résolue de manière satisfaisante en France. Actuellement, les centres de PMA conservent ces embryons, ce qui n'est pas leur vocation première. Les chercheurs manquent d'interlocuteurs et de données spécifiques pour accéder aux embryons de manière transparente et sereine.

La création d'un centre dédié à la gestion de ces embryons dans les principales villes françaises pourrait améliorer cette situation. Cela permettrait de mieux caractériser les embryons et d'informer les donneurs sur les différents types de recherche envisagés, afin qu'ils puissent exprimer leur consentement éclairé. Une meilleure information sur les résultats des recherches réalisées serait également souhaitable.

Édition génomique et recherche sur l'embryon

L'édition génomique, qui permet de modifier le génome à volonté, suscite de nombreuses questions éthiques dans le contexte de la recherche sur l'embryon. Des essais à visée thérapeutique ont déjà été menés en Chine et aux États-Unis.

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De nombreux organismes et institutions éthiques et scientifiques estiment qu'il est actuellement inenvisageable de recourir à ce type d'intervention chez un embryon destiné à faire naître un enfant, en raison du manque de garanties d'efficacité et de sécurité. C'est l'avis du comité d'éthique de l'Inserm. La France et 28 autres pays ont ratifié la convention d'Oviedo, qui interdit les modifications génétiques transmissibles à la descendance.

Néanmoins, le diagnostic préimplantatoire permet déjà d'écarter les embryons porteurs d'une altération génétique responsable d'une maladie grave. Dans des situations exceptionnelles où les deux parents sont homozygotes pour une pathologie récessive ou l'un des deux est homozygote pour une pathologie dominante, l'édition génomique pourrait offrir une solution si elle s'avérait efficace et sûre. Il s'agirait alors de corriger la mutation redoutée chez l'embryon ou, idéalement, au niveau des cellules germinales avant la fécondation.

Durée de conservation des embryons et progrès scientifiques

En France, les embryons peuvent être conservés 7 jours pour être étudiés. Au Royaume-Uni, ce délai est de 14 jours. La limite de 7 jours est justifiée dans une perspective de transfert de l'embryon dans l'utérus, car la nidation survient 6 à 7 jours après la conception.

Dans le cadre de la recherche fondamentale sur le développement embryonnaire, cette limite est discutable. Les progrès scientifiques récents suggèrent qu'il serait intéressant d'aller au-delà pour étudier le développement embryonnaire sur des modèles in vitro.

Craintes et perspectives

La manipulation de l'embryon suscite des craintes, notamment en raison du caractère "sacré" que certains lui attribuent. Il est essentiel de respecter les convictions de chacun, tout en soulignant que l'objectif de ces recherches est de permettre à des couples infertiles d'avoir un enfant en bonne santé.

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Les craintes liées à l'eugénisme sont souvent évoquées. Cependant, il est important de souligner que ce n'est pas la recherche elle-même qui doit faire peur, mais le mauvais usage qui pourrait être fait des résultats. Les dérives eugénistes sont peu probables, mais il est essentiel de les contrôler.

Malgré les enjeux éthiques et les craintes exprimées, la recherche sur l'embryon est essentielle pour améliorer les techniques de PMA et comprendre les causes de l'infertilité. Il est crucial de mettre en place un cadre réglementaire clair et transparent, ainsi qu'une gestion rigoureuse des embryons, afin de garantir le respect dû à l'embryon et aux couples donneurs.

Infertilité et Assistance Médicale à la Procréation (AMP)

L'infertilité est un problème de santé publique majeur qui touche un couple sur cinq en France et plus de 200 millions de personnes dans le monde. Face à cette réalité, de plus en plus de couples ont recours aux techniques d'AMP pour concevoir un enfant.

En France, environ un couple sur huit consulte en raison de difficultés à concevoir un enfant. Dans trois quarts des cas, l’infertilité est d’origine masculine, féminine, ou elle associe les deux sexes. Dans 10 à 25% elle n’est pas attribuable à un défaut spécifique d’un des deux partenaires. Une prise en charge médicale peut résoudre un certain nombre de cas d’infertilité et la procréation médicalement assistée permet de contourner la plupart des difficultés. Les chercheurs tentent néanmoins de mieux comprendre les facteurs génétiques et environnementaux sous-jacents.

Les techniques d'AMP comprennent l'insémination artificielle et la fécondation in vitro (FIV). L'insémination artificielle consiste à injecter directement le sperme dans l'utérus de la femme, tandis que la FIV consiste à féconder l'ovule en laboratoire avant de l'implanter dans l'utérus.

Une étude récente a mis en lumière une augmentation de l'utilisation des traitements de l'infertilité chez les femmes de 34 ans ou plus. Cette tendance met en évidence l'importance d'accompagner au mieux ces couples, car l'efficacité des traitements diminue avec l'âge.

Nouvelles approches pour améliorer la PMA

Des chercheurs de l'Université de Toulouse, du CHU de Toulouse et de l'Inserm se sont intéressés à un organe clé de la fécondation : les trompes de Fallope. Ils ont mis au point des organoïdes de trompes de Fallope humaines, qui reproduisent certaines fonctions de cet organe.

En cultivant des spermatozoïdes sur ces organoïdes, les chercheurs ont observé un maintien de la mobilité à un niveau supérieur à celui obtenu avec les milieux de culture classiques utilisés en PMA. Cette meilleure "vitalité" pourrait être un atout majeur pour faciliter la rencontre et la fécondation des gamètes.

Ces organoïdes offrent une nouvelle perspective pour étudier les interactions complexes entre spermatozoïdes, ovocytes et embryons dans les trompes de Fallope, et pourraient permettre d'améliorer les milieux de culture utilisés en PMA.

Risque de cancer chez les enfants conçus par AMP

Une vaste étude a comparé le risque de cancer des enfants conçus par AMP à celui des enfants conçus de façon naturelle. Les résultats ont montré une absence d'augmentation globale du risque de cancer, ce qui est rassurant. Toutefois, une légère augmentation du risque de leucémie a été observée chez les enfants conçus par FIV ou ICSI, de l'ordre d'un cas supplémentaire pour 5 000 nouveau-nés ayant atteint l'âge de 10 ans. Un suivi épidémiologique sera néanmoins poursuivi pour mieux évaluer le risque de cancer à plus long terme.

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