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L'île de Nauru : Poison fécond, histoire et enjeux contemporains

Introduction

Le Pacifique, et plus particulièrement des îles comme Nauru, est confronté à une crise de santé publique liée à l'obésité et au surpoids. Cet article se propose d'analyser les causes et les conséquences de cette situation complexe, en tenant compte des facteurs culturels, économiques et politiques qui sont en jeu. L'objectif est de dépasser les explications simplistes et culturalistes qui tendent à essentialiser les populations locales et à invisibiliser les inégalités socio-économiques.

Le Pacifique : une région particulièrement touchée par l'obésité

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), neuf des dix pays où la proportion de personnes obèses est la plus élevée se trouvent dans le Pacifique. Des îles comme les îles Cook, les Palau, Nauru, Samoa, Tonga, les îles Marshall, Niue, les Kiribati et Tuvalu affichent des taux d'obésité compris entre 40 et 50 %, et ce chiffre double si l'on inclut les personnes en surpoids. Entre 1975 et le début des années 2000, le Pacifique a connu l'augmentation la plus importante de l'indice de masse corporelle (IMC) chez les adultes.

Wallis-et-Futuna, une collectivité d'outre-mer française, n'échappe pas à cette tendance. Une étude de Girin et al. (2014) révèle que 87 % de la population adulte y est en surpoids ou obèse, et que 18 % souffre de diabète de type 2, une maladie souvent liée au surpoids.

Face à ces chiffres alarmants, certains ont avancé une explication génétique, l'hypothèse du « gène économe ». Cependant, cette théorie ne fait pas l'unanimité.

La complexité des facteurs culturels : au-delà des stéréotypes

Un obstacle souvent évoqué par les acteurs de la santé à Wallis et à Futuna est la « culture » polynésienne, qui valoriserait l'embonpoint, associé à la maternité pour les femmes et au pouvoir pour les hommes. Cette vision culturaliste est critiquée par Didier Fassin (2001), qui souligne qu'elle est d'autant plus répandue que les médecins sont majoritairement originaires de France métropolitaine.

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Il est vrai que les corps « larges » peuvent être perçus comme un signe de confort matériel et de soin au sein de la communauté. Certains anthropologues y voient un vestige de pratiques anciennes d'engraissement à des fins de distinction sociale ou de désirabilité sexuelle, comme à Tahiti (Oliver, 1974). Cependant, il est important de nuancer cette interprétation.

À Wallis, l'expression sino kovi (« le corps mauvais ») désigne les corps maigres, non pas comme étant laids, mais plutôt comme un signe de maladie. Les nouveau-nés les plus gras sont considérés comme ayant les meilleures chances de survie. Ainsi, le corps « large » est moins un signe de richesse qu'un rempart contre la maladie et la mort liées à la carence alimentaire.

Il est donc réducteur de parler d'une préférence culturelle anhistorique pour les corps « obèses ». Les enquêtes ethnographiques montrent que les normes corporelles évoluent dans le Pacifique Sud, sous l'influence des politiques de santé publique et des normes de beauté globales (Brewis et al., 1998 ; Brewis and McGarvey, 2000 ; Craig et al., 1996 ; Hardin, McLennan, Brewis, 2018 ; Schuft, Massiera, 2011).

La transition alimentaire : un facteur déterminant

Les études épidémiologiques (Linhart et al., 2015) indiquent qu'à Wallis et à Futuna, la prévalence de l'obésité et du diabète a considérablement augmenté autour des années 1990. Cette période correspond à la généralisation de l'accès à une nourriture importée et ultra-transformée, ainsi qu'aux congélateurs (Michoudet, 2019). La fin de la précarité alimentaire, autrefois liée aux cyclones dévastateurs, a donc paradoxalement contribué à la crise actuelle.

Il est important de noter que les aliments locaux traditionnels, comme le taro, l'igname, le kape et le fruit à pain, sont riches en fibres, faibles en matières grasses, en sel et en sucre. Ils sont donc considérés comme bénéfiques selon les normes nutritionnelles actuelles, mais ils ont été progressivement délaissés au profit de produits importés moins nutritifs.

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Ethnicisation et politisation des questions de santé publique

L'explication culturaliste de l'obésité se maintient en raison d'une ethnicisation et d'une politisation des questions de santé publique. En mettant l'accent sur la « culture » locale, on invisibilise un environnement socio-économique obésogène, ce qui place les politiques sanitaires de l'État dans une impasse.

Comme le souligne Cognet (2007 : 54), l'interprétation culturelle ignore que les pratiques culturelles se développent dans des rapports de domination et que l'adoption de certains comportements peut être imposée par les dominants ou résulter d'une tentative d'appropriation symbolique du pouvoir par les dominés.

Coupables de leur culture ou coupables de modernité ?

Les professionnels de santé métropolitains ont souvent un discours alarmiste sur l'obésité à Wallis et à Futuna. Ils se disent frustrés de n'intervenir que pour faire de la « réparation » et considèrent les populations locales comme « inconscientes » et réticentes à se reconnaître comme « malades ». Ils pointent du doigt l'alimentation comme la cause principale de « l'épidémie » d'obésité et de diabète.

Cependant, il est important de nuancer ce point de vue. L'obésité est un phénomène récent, perçu par beaucoup comme une entrée coupable dans la modernité. Cette tendance à reporter sur soi la responsabilité de la situation constitue un terreau fertile pour les discours de santé publique mettant en avant la responsabilité individuelle.

Pauvreté taboue et inégalités socio-économiques

Les conditions matérielles d'existence de la population sont souvent marquées par une pauvreté taboue. Les apparences d'une « société de l'abondance » (Sahlins, 1972 ; Serra-Mallol, 2005), avec de grandes quantités de nourriture redistribuées lors des fêtes coutumières, renforcent l'idée d'une culture locale coupable et invisibilisent les inégalités socio-économiques. Or, les politiques sanitaires actuelles n'ont pas prise sur ces inégalités.

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Il est essentiel de prendre en compte ces facteurs économiques et sociaux pour comprendre la complexité de la situation et mettre en place des politiques de prévention efficaces.

Désenchantement occidental et fierté des corps « larges »

L'exotisation des corps polynésiens par le regard occidental et biomédical suscite une réponse de fierté des corps « larges » de la part des populations locales. Cette fierté peut être interprétée comme une forme de résistance face aux normes de beauté occidentales et comme une affirmation de l'identité culturelle.

Il est donc crucial de tenir compte de ces dynamiques identitaires dans les interventions de santé publique, afin d'éviter de stigmatiser les populations locales et de renforcer les inégalités.

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