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Frédéric Lenoir et la PMA pour les Nuls: Un Examen des Discours sur la Procréation Médicalement Assistée et les Identités Monstrueuses

Introduction

Cet article explore la question de la Procréation Médicalement Assistée (PMA) à travers le prisme des discours politiques français, en s'appuyant sur le travail du philosophe et sociologue Frédéric Lenoir. Il s'agit d'analyser comment le discours politique, en particulier celui de l'opposition, façonne des identités "monstrueuses" autour des questions de genre et de sexualité, notamment en lien avec la PMA. L'article s'intéresse particulièrement à l'usage de la tératologie (l'étude des monstruosités) dans le discours politique, et à la manière dont il contribue à la fabrication d'identités monstrueuses appliquées aux personnes LGBT+.

Le Contexte Socio-Politique

Depuis les années 1980, les lois visant à promouvoir l’égalité et à lutter contre les discriminations ont représenté une avancée sociale majeure. Cependant, des résistances persistent, et la fabrication d’identités monstrueuses accompagne souvent l’accusation de « communautarisme » ou de « séparatisme ». L’émergence de l’illibéralisme dans le panorama international, notamment en Hongrie, Pologne, Russie, Italie, Etats-Unis, Brésil et Turquie, se manifeste par l’exaltation d’une identité exclusive en matière de genre, une tendance à laquelle la France n’échappe pas.

La loi française du 17 mai 2013, qui a célébré une décennie d’existence en 2023, a marqué durablement la société par son empreinte politique. La mobilisation d’opposition à cette loi s’est transformée en mouvement politique d’appui à la campagne de François Fillon en 2017, de lutte contre la loi de 2021 qui a ouvert la Procréation Médicalement Assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires, et en mouvement intellectuel qui a porté la lutte contre la « théorie du genre » depuis 2014.

Les lois successives sur le Pacs (1999), le mariage pour tous (2013) et la PMA (2021) ont chacune été l'objet de débats passionnés et de résistances importantes. La loi du 15 novembre 1999 relative au Pacs reconnaissait le couple de même sexe mais excluait les sexualités non hétéronormées de la parentalité. La loi du 17 mai 2013 qui ouvrait le mariage et l’adoption aux couples de même sexe se fondait sur la volonté du législateur d’instituer l’égalité des couples devant l’institution matrimoniale et d’aborder les problématiques des familles homoparentales afin de leur assurer une protection. La loi du 2 août 2021, qui permettait aux femmes célibataires et aux couples de femmes d’accéder à la PMA, portait encore les traces d’une spécification du couple de même sexe dans l’établissement de la filiation qui montrait les hésitations des parlementaires à penser l’inclusion de ces couples (Mehl, 2021).

Analyse des Discours Parlementaires

Cette contribution se propose d’étudier les discours de l’opposition aux textes lors des discussions publiques à l’Assemblée nationale (AN) pour la loi de 2013 et des deux chambres pour le Pacs et la loi de 2021 parce qu’elles donnent à voir une mise en scène des représentations concernant le couple, « la famille », les sexualités et les parentalités.

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1. Le Pacs : Un "Monstre Juridique"

Lors des débats sur le Pacs, les opposants n'ont pas hésité à recourir à un vocabulaire alarmiste et à des métaphores inquiétantes. Christine Boutin, par exemple, cite le sociologue Guy Coq pour qualifier le Pacs de « monstre juridique », de « construction juridique boiteuse, un ersatz de statut, une chimère législative ». Le texte est qualifié d’hydre de Lerne par Claude Goasguen et ouvrirait la boîte de Pandore selon Christine Boutin et Jean-Claude Carle. Elle ajoute que le Pacs est « une chimère, un monstre qui prétend s'adresser aux personnes, mais qui joue avec les principes fondateurs de la société ».

Cette rhétorique de la monstruosité vise à délégitimer le Pacs en le présentant comme une menace pour l'ordre social et les valeurs traditionnelles.

2. Menaces sur le Mariage, la Famille et la Civilisation

Les opposants au Pacs, au mariage pour tous et à la PMA ont souvent affirmé que ces lois mettaient en péril le mariage, la famille et les fondements de la société et de la civilisation. Ce texte dangereux serait « une construction artificielle, infondée, sans aucune utilité sociale » (Claude Goasguen CR intégral de l’AN 3e séance du 1er déc. 1998), qui crée des dissensions, des clivages dans l’opinion et menace l’équilibre de la société (voir Jacques Masdeu-Arus, Didier Quentin). Pour Marion Maréchal Le Pen, la loi d’ouverture du mariage et de l’adoption constitue un danger pour les fondements de la civilisation et de la société d’après ses opposant∙es, il s’agirait d’un reniement civilisationnel alors que pour Julien Aubert, la future loi amènerait à « nier fondamentalement les bases de la civilisation dans laquelle nous vivons » (CR intégral de l’AN 1e séance du 3 fév. 2013,). Patrick Ollier revendique un attachement aux « valeurs de la famille, qui constitue le fondement de notre civilisation depuis des siècles » (CR intégral de l’AN 2e séance du 17 avril 2013). Plusieurs parlementaires redoutent un changement et une réforme de civilisation (voir Patrick Ollier, Guillaume Chevrollier, Xavier Breton, Véronique Louwagie, François de Mazières, Yves Albarello, Yannick Moreau, Laure de La Raudière, Étienne Blanc, Marc Le Fur, Sylvain Berrios, Henri Guaino), voire une rupture civilisationnelle (Bernard Perrut, Alain Leboeuf). Georges Fenech évoque « un changement de la conception philosophique de l’Homme » (CR intégral de l’AN 1e séance du 3 fév. 2013). Nicolas Dhuicq craint une « destruction de ce qui fait l’humain » (CR intégral de l’AN 3e séance du 8 fév. 2013) et revendique une conception de l’homme « comme être lié à une histoire et à une généalogie » (CR intégral de l’AN 2e séance du 6 fév. 2013) et Jacques Myard souligne un effacement de l’essence de l’histoire de l’humanité. Céleste Lett relève qu’il s’agit d’une « révolution [qui emmène] notre société dans les sens interdits de notre civilisation ! » (CR intégral de l’AN 3e séance du 3 fév. 2013). Nicolas Dhuicq évoque « une régression monstrueuse que vous apportez à la civilisation » (CR intégral de l’AN 1e séance du 4 fév.) et une mise en péril d’ « invariants structuraux qui dépassent les siècles et les millénaires, et qui constituent la nature humaine » (CR intégral de l’AN 2e séance du 4 fév. 2013). En 2019-2020, la révision de la loi bioéthique sur la PMA est qualifiée de bouleversement civilisationnel (voir Stéphane Ravier, Annie Genevard, Marc Le Fur, Emmanuelle Ménard). D’autres repèrent une révolution (voir Xavier Breton, Frédéric Reiss, Bernard Accoyer, Gérald Darmanin) qualifiée d’anthropologique (voir Jacques Lamblin, Jean-Charles Taugourdeau, Philippe Gosselin) ou de « révolution copernicienne à l’envers » (Céleste Lett CR intégral de l’AN 3e séance du 8 fév. 2013). Le texte de 2013 touchant à l’organisation de la société (Annie Genevard ) conduirait à « une dénaturation complète de ce qu’est notre société » d’après Camille de Rocca Serra (CR intégral de l’AN 2e séance du 1er fév. 2013), à une remise en cause profonde de la société (François Rochebloine), à un bouleversement (voir Arlette Grosskost, Jean-Christophe Fromantin, Christophe Guilloteau), à des transformations profondes de l’organisation de la société (Valérie Lacroute), à une déstructuration (voir Nicolas Dhuicq, Jean-Pierre Vigier), à une destruction (voir Guy Geoffroy, Jacques Bompard, Dominique Tian, Alain Leboeuf, Marie-Christine Dalloz) et à une décadence de la société (voir Céleste Lett, David Douillet). Le texte est pressenti comme représentant un danger pour le corps social (Philippe Meunier), pour la cohésion sociale menacée de pulvérisation (voir Philippe Gosselin, Véronique Louwagie, Damien Abad Hervé Mariton) et pour le pacte républicain (voir Bernard Perrut Hervé Mariton). Il est dangereux pour la patrie (Philippe Cochet) et est susceptible de mettre le pays « à feu et à sang » selon Philippe Cochet et Claude Greff. Philippe Le Ray voit dans le projet de loi un déracinement de valeurs, Yannick Favennec défend « les valeurs fondamentales qui régissent notre société depuis des siècles » (CR intégral de l’AN 2e séance du 17 avril 2013) et Philippe Meunier accuse le projet de loi de transgresser le socle commun de valeurs spécifique à la République française (voir aussi Georges Fenech, Jean-Christophe Fromantin Laurent Wauquiez). Pour Céleste Lett, « cette loi emmènera nos valeurs sur l’échafaud » (CR intégral de l’AN 3e séance du 3 fév. 2013) et Jean-Pierre Vigier voit aussi dans la loi une tentative « de tuer nos valeurs, notre culture, notre histoire ». François de Mazières annonce la marque d’une société moribonde, Hervé Mariton prévoit que la loi provoquera « l’effondrement de ce qui existe » (CR intégral de l’AN 2e séance du 4 fév. 2013) tandis que Guillaume Chevrollier qualifie le projet de loi de « texte destructeur de tout ce qui fait l’équilibre de notre société » (CR intégral de l’AN 2e séance du 7 fév. 2013).

Cette argumentation repose sur une vision essentialiste et figée de la société, qui refuse d'envisager l'évolution des normes et des valeurs. Elle essentialise la famille traditionnelle comme le seul modèle légitime et rejette toute forme de diversité.

3. Catastrophisme et Science-Fiction

L’opposition installe une atmosphère catastrophiste en annonçant des menaces de clonage (voir Yves Nicolin, Bernard Accoyer, Georges Fenech, Hervé Mariton), des dérives eugénistes (voir Marc Le Fur, Jacques Lamblin, Nicolas Dhuicq), incesteuses (voir Jacques Bompard, Nicolas Dhuicq), ou polygames (Marc Le Fur, Marion Maréchal-Le Pen). L’homosexualité et l’homoparenté sont aussi associées à l’esclavagisme (Bruno Nestor Azerot), au terrorisme et au massacre d’enfants (Philippe Cochet). Dominique Dord lance à la majorité parlementaire : « vous nous avez enfermés dans une dialectique diabolique » (CR intégral de l’AN 1e séance du 13 oct.

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L’évocation de la science-fiction et de l’anticipation apparaît au travers d’œuvres et d’auteurs majeurs de ce genre littéraire : Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley (voir Marie-Christine Dalloz, François de Mazières, Céleste Lett, Nicolas Dhuicq), 1984 de Georges Orwell (voir Nicolas Dhuicq, Charles de Courson, Guillaume Larrivé, Yves Censi) Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (Guillaume Larrivé), Blade Runner inspiré de l’œuvre de Philip K. Dick (Nicolas Dhuicq). Les opposant∙es reprochent à la majorité de vouloir se comporter comme des « apprentis sorciers » (voir Marc Le Fur, Jean-Pierre Door, Patrick Hetzel, Yves Foulon, Annie Genevard, Jacques Myard, David Douillet, Marie-Christine Dalloz). L’opposition affirme que la loi est inspirée par une vision faustienne (Nicolas Dhuicq) et relève d’une logique prométhéenne (voir Nicolas Dhuicq, Marc Le Fur, Xavier Breton). Marc Le Fur identifie la loi au Titanic en associant la nature aux icebergs tandis qu’Alain Leboeuf voit dans le texte « un cauchemar pour notre société et pour notre pays. » Jacques Myard évoque l’absurdité du projet de loi : « Marier deux êtres de même sexe, c’est un oxymore : c’est une contradiction dans les termes mêmes. […] Vous croyez créer un monde nouveau. En réalité, la terre va se dérober sous vos pieds. Un jour ou l’autre, un tremblement de terre vous balaiera ! (CR intégral de l’AN, 1e séance du 7 fév. En 2019 l’eugénisme est aussi présent dans les préoccupations des parlementaires (voir Stéphane Ravier, Bruno Retailleau, Philippe Bas, René Danesi, Patrick Hetzel, Joachim Son-Forget, Fabien Di Filippo, Emmanuelle Ménard, Xavier Breton, Thibault Bazin). La référence à Aldous Huxley est également rappelée par Joachim Son-Forget. Le personnage de l’apprenti sorcier réapparaît (voir Patrick Hetzel, Marine Le Pen, Valérie Boyer, Damien Abad, Gilles Lurton) et les tentations prométhéennes sont aussi mobilisées (voir Philippe Bas, Annie Genevard, Marc Le Fur). Stéphane Ravier déclare que le projet de loi bioéthique relève d’un « totalitarisme sociétal ». L’argument totalitaire peut être analysé dans sa récurrence comme étant destiné à amplifier la menace supposée représentée par les forces progressistes (Dupuis-Déri, 2022).

Ces références à la science-fiction et à des figures mythologiques comme Faust et Prométhée visent à dramatiser les enjeux et à susciter la peur. Elles suggèrent que les lois sur le Pacs, le mariage pour tous et la PMA sont une tentative de jouer avec des forces qui dépassent l'entendement humain, et qu'elles pourraient avoir des conséquences désastreuses.

4. Confusion des Repères et Menaces sur la Jeunesse

Le Pacs provoquera selon l’opposition une confusion dangereuse notamment pour la jeunesse en quête de repères (voir Jacques Myard, Jacques Pélissard, Didier Quentin, Bernard Perrut, Pierre Lellouche, Bernard Accoyer, Jacques Masdeu-Arus Patrick Delnatte, Jean-Claude Carle, Valérie Boyer, Alain Vasselle). « Alors que des jeunes n'ont plus de valeurs, que de plus en plus jeunes, ils tuent, violent, volent (…) pour un oui ou pour un non, vous faites perdre encore un peu plus les repères à ceux qui en ont le plus besoin, ceux qui sont en devenir. » (CR intégral de l’AN 2e séance du 7 nov. En 2013, Jean-Pierre Door alerte sur la disparition des repères concernant la parentalité et la filiation qui serait engendrée par la nouvelle loi (voir aussi Guillaume Chevrollier, François Scellier, Patrick Ollier, Éric Woerth, Jean-Pierre Vigier, Daniel Fasquelle, Jacques Alain Bénisti, Pierre Lequiller, Marie-Christine Dalloz, Marc Le Fur, Marion Maréchal-Le Pen, Yannick Moreau, Bernard Perrut). « Dans une société où nos adolescents, justement, souffrent de l’absence de repères identificatoires, de l’absence, souvent, de cadre parental, de l’absence de repères adultiques et de l’incapacité, précisément, à transgresser des interdits - raisonnables-, vous n’offrez aux gens que des portes ouvertes et des solutions faciles. » (CR intégral de l’AN 3e séance du 2 fév. Emmanuelle Ménard reproche à la future loi de 2021 de porter atteinte aux repères de la famille et des enfants (voir aussi Blandine Brocard, Bernard Perrut, Sébastien Meurant). Stéphane Ravier s’élève contre « une société sans racines, sans pères et sans repères » (CR intégral du Sénat séance du 21 janv. Le législateur est sommé de se préoccuper des menaces induites par le Pacs sur l’équilibre psychologique des enfants (voir Bernard Accoyer, Bernard Seillier), sur les risques de confusion des relations affectives (Cyrille Isaac-Sibille), sur les déviances et la délinquance produites par l’éclatement des familles (voir Patrick Devedjian, Didier Quentin, Claude Goasguen, Thierry Mariani) et par une instabilité familiale (Charles de Courson, Jacques Kossowski). « Alors oui ! madame la ministre, je réaffirme avec force que la famille citoyenne est vraiment votre meilleur partenaire pour vous aider à lutter contre la délinquance des mineurs. Ainsi, plutôt que de proposer avec le PACS un clone du mariage, il aurait été plus judicieux de revaloriser le mariage civil en mettant en avant l'intérêt de l'enfant au sein de la cellule familiale pour éviter de glisser dans la délinquance. (…) Trop d'enfants souffrent de l'éclatement de la cellule familiale et de l'incertain. Ces situations contribuent à développer des phénomènes tels que la délinquance des mineurs. Nous avons tous à l'esprit les exemples inacceptables d'enfants laissés, dès leur plus jeune âge, dans les drames de la rue et qui glissent rapidement de l'incivilité à la petite puis à la grande délinquance. Oui, la délinquance des mineurs est d'abord l'échec d'une politique ne donnant pas aux familles les moyens de pourvoir à l'éducation de leurs enfants. L’institution familiale est décrite comme étant un lieu primordial d’intégration des jeunes en difficulté (voir Patrick Devedjian, Henri Plagnol) alors que Pierre-Christophe Baguet rappelle que « la famille pro…

L'argument de la confusion des repères est souvent utilisé pour justifier le maintien de l'ordre moral traditionnel. Il repose sur l'idée que les jeunes ont besoin de modèles clairs et stables pour se construire, et que la diversité des formes familiales et des orientations sexuelles risque de les perturber.

Frédéric Lenoir et la Quête de Sens

Frédéric Lenoir, philosophe, sociologue et écrivain, est un fervent défenseur de la nature, de la préservation de notre planète et des animaux. Son regard sur le monde a déjà donné lieu à plus d'une cinquantaine d'ouvrages traduits dans une vingtaine de langues. Dans son livre "L'Odyssée du sacré", il raconte qu'à travers notre attirance et donc notre crainte pour la nature, nous avons développé depuis très longtemps un questionnement profond sur l'énigme de notre apparition sur terre et de l'existence. Cela a contribué, entre autres choses, à mettre le mot "sacré" au cœur de nos vies.

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Lenoir explore la dimension spirituelle de l'être humain, en distinguant le sacré, la spiritualité et la religion. Il souligne que l'être humain est le seul animal qui va faire des rituels funéraires en associant à la mort des symboles, le seul animal qui dialogue avec l'invisible. Il interroge philosophiquement les croyances et les religions, en essayant de comprendre comment elles se sont développées, dans quels contextes et aussi les problèmes qu'elles posent.

PMA : Entre Progrès et Questions Éthiques

La PMA, comme toute avancée scientifique, soulève des questions éthiques complexes. Elle interroge nos conceptions de la filiation, de la parentalité et de la nature humaine. Il est essentiel d'aborder ces questions avec lucidité et ouverture d'esprit, en tenant compte des différents points de vue et en évitant les amalgames et les simplifications excessives.

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