Introduction
La littérature française, riche de son histoire et de ses influences, a toujours entretenu un rapport complexe avec le merveilleux et le mythologique. Des contes de Perrault aux romans de Flaubert, en passant par les épopées médiévales, le besoin universel de transcender le réel s'est manifesté sous diverses formes. Cet article explore la manière dont Gustave Flaubert, notamment dans Salammbô, s'est approprié et transformé les sources mythologiques, en particulier celles issues de l'Orient, pour créer un univers romanesque à la fois érudit et fascinant.
Le Merveilleux: Un Besoin Universel et Ses Manifestations
Le merveilleux, qu'il soit biblique ou celtique, a toujours exercé une attraction sur l'imaginaire collectif. Chateaubriand, dans son Génie du christianisme, oscillait entre la condamnation du merveilleux magique et l'éloge du style biblique, perçu comme un idéal éblouissant. Cependant, la Bible elle-même, avec ses miracles et ses figures archétypales, est une source inépuisable de mythologie.
Dans la tradition littéraire française, le merveilleux biblique a trouvé des applications grandioses, notamment dans les chansons de geste et les chroniques franques de Grégoire de Tours. Ces textes mettent en scène des anges combattant des monstres mythologiques, des hommes cornus luttant contre les Francs, autant d'éléments qui témoignent d'une fusion entre le sacré et le profane.
La mythologie celtique, quant à elle, a résisté à l'épuration chrétienne grâce à la christianisation des Bretons et à une appréciation renouvelée des vertus du paganisme. Des figures comme Merlin étaient perçues comme des druides du Christ, et des auteurs comme Honoré d'Urfé dans L'Astrée affirmaient que les Gaulois connaissaient déjà la Trinité. Cette vision justifiait le merveilleux déployé sous les traits des fées, considérées comme l'expression terrestre des anges chrétiens.
Perrault: Entre Sobriété et Christianisme
Charles Perrault, avec ses contes de fées, a su donner au merveilleux une force particulière grâce à son ancrage dans le christianisme. Ses fées, sobres et convaincantes, acquièrent une substance morale déterminante. La nièce de Perrault, Mademoiselle Lhéritier, défendait explicitement la supériorité des imaginations du monde chrétien sur les créations du paganisme antique.
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Ces fées, nommées Fata par le poète Ausone, sont liées aux déesses du destin présentes dans de nombreuses cultures. Elles incarnent les Victoires romaines acheminant les saints au Ciel, symbolisant ainsi la transfiguration et la réalisation des intentions pures.
Flaubert et les Sources Mythologiques de Salammbô
Gustave Flaubert, en préparant son roman Salammbô, s'est plongé dans l'étude des religions orientales et des sources antiques. L'étude génétique et les transcriptions des manuscrits de travail ont révélé une source majeure : La Déesse Syrienne de Lucien de Samosate.
Lucien de Samosate: Un Témoin Privilégié
Lucien de Samosate, auteur grec du IIe siècle, originaire de Syrie, est devenu une source d'inspiration majeure pour Flaubert. Son traité La Déesse Syrienne a fourni à Flaubert de nombreux éléments pour l'architecture du temple et les caractéristiques de la déesse Astarté, devenue Tanit à Carthage.
Lucien, témoin oculaire, observateur précis et esprit critique, offrait à Flaubert un regard objectif sur les rites et les symboles du culte d'Astarté. Flaubert pouvait lui faire confiance lorsqu'il parlait de la prostitution sacrée, des sacrifices d'enfants et du rôle mythique des animaux.
La Déesse Syrienne: Une Source d'Inspiration
L'enquête dans les manuscrits de travail de Flaubert révèle de nombreuses traces du texte grec de Lucien. Les scénarios primitifs citaient Astarté bien avant l'apparition du nom de Tanit, et le zaïmph était longtemps appelé "le péplos d'Astarté".
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Flaubert s'est tourné vers l'Orient pour se documenter sur Carthage, et l'ouvrage de Creuzer sur les religions antiques le renvoyait au traité de Lucien. La Déesse Syrienne est donc une source importante reconnue par Flaubert, citée dans son dossier documentaire pour la défense de son roman.
Transformation et Sublimation
Flaubert a opéré une transformation à partir de cette source sûre et garantie. Il a imaginé et s'est représenté des objets fictifs, intégrant des détails significatifs pris dans La Déesse Syrienne dans le texte définitif, les transformant, les éparpillant et les sublimant.
Le temple de Tanit, par exemple, regarde le soleil levant et rappelle les temples en Ionie. Flaubert a retenu certains éléments de l'architecture, comme l'emplacement sur une colline, les murs doubles et les propylées. Il a également restitué les complications de l'architecture, traçant un schéma sommaire pour suivre les indications de Lucien sur le temple.
Les Symboles et les Rites
L'importance des portes, d'or ou d'ivoire, est commune aux deux descriptions. Des portiques se déploient, et dans les propylées de Hiérapolis, "se dressent les phalles". Flaubert a distribué négligemment ces objets sexuels, objets sacrés alors, dans le jardin du temple de Tanit, produisant une apparente perte de sacré due au transfert sur la conscience troublée du héros.
La représentation de la déesse, sous ses formes variées, a nécessité de nombreuses recherches. Flaubert a noté la "profusion de pierres précieuses de tous les pays" et l'"emploi de l'écaille", matière qui recouvre le corps de la déesse. Il a également inclus Dercéto, à figure de vierge, rampait sur ses nageoires.
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La Personnalité de la Déesse
La personnalité de la déesse de Syrie, proche de l'Ishtar babylonienne, voluptueuse et belliqueuse, a également tenté Flaubert. Elle bénéficie de tous les caractères associés à Astoreth, l'Abominable déesse, figurant la dépravation de la ville de Babylone.
Déesse de l'amour libre, Ishtar a laissé beaucoup d'elle-même dans ses homologues, Astarté, Atargatis, Dercéto, Aphrodite, Vénus, Tanit. C'est la déesse aux mille noms, aux mille formes. Au IIe siècle, le syncrétisme, issu du mélange des peuples et des religions, permettait ces variations.
L'Interprétation de Flaubert
Flaubert a utilisé les sources mythologiques pour créer un univers romanesque riche et complexe, où le sacré et le profane se mêlent. Il a transformé les rites et les symboles en éléments narratifs, les intégrant dans la conscience de ses personnages.
En fin de compte, Flaubert a dépassé les sources antiques pour créer une œuvre originale et personnelle, témoignant de sa propre vision du monde et de sa fascination pour les mystères de l'Orient.
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