Introduction
L'allaitement maternel est un sujet de santé publique encouragé par les organisations de santé mondiales et nationales. Cependant, sa visibilité dans l'espace public, y compris sur les réseaux sociaux comme Facebook et Instagram, suscite des réactions contrastées. Cet article examine l'identification de l'allaitement sur Facebook, les enjeux qui en découlent, et les perspectives offertes par la présence de cette pratique sur les plateformes numériques.
L'allaitement maternel : un enjeu de santé publique
Dans les sociétés occidentales, l’allaitement maternel fait l’objet d’une promotion intensive de la part des autorités médicales et de santé publique. Pour favoriser le développement optimal du nourrisson, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande depuis les années 2000 l’allaitement au sein exclusif jusqu’à six mois et sa poursuite, avec l’ajout d’aliments complémentaires appropriés, jusqu’à deux ans. En Amérique du Nord, les instances gouvernementales, les associations médicales et professionnelles et les organisations non gouvernementales vont dans le même sens en recommandant aux nouvelles mères d’allaiter exclusivement leur nouveau-né jusqu’à six mois.
La visibilité de l'allaitement sur les réseaux sociaux
De la même façon, les promoteurs de l’allaitement encouragent les femmes à nourrir leur enfant au sein dans les lieux publics. Même si cette pratique est adoptée par plusieurs d’entre elles dans les pays occidentaux, la vue d’une mère qui allaite dans les lieux publics, incluant Internet et les réseaux sociaux, suscitent encore des réticences et de l’inconfort chez certaines personnes. Sur les réseaux sociaux, la recherche de Boon et Pentney (2016) montre que pour certaines personnes les selfies d’allaitement (brelfies) suscitent également des réactions négatives. Une mère qui, par exemple, ne se conforme pas aux normes de beauté (affichant un corps obèse) et de féminité (allaiter sans être discrète) ou qui allaite des jumeaux s’expose à l’opprobre social.
Récemment, la négociation de l’allaitement dans l’espace public s’observe par l’importance du phénomène encore peu étudié des mères qui publient des photographies d’allaitement sur les réseaux sociaux. Même si le phénomène est relativement récent, on retrouve aujourd’hui sur Instagram des millions d’images d’allaitement sous les mots-clics (non mutuellement exclusifs) #breastfeeding (2,970M), #normalizebreastfeeding (758 540), #allaitement (90 951) et #worldbreastfeedingweek (139 099). En janvier 2017, par exemple, le réseau social Instagram comptait près de 30 000 images d’allaitement regroupées sous le mot-clic #brelfie comparativement à plus de 70 000 un an plus tard (17 janvier 2018).
Les règles de Facebook concernant l'allaitement
Le réseau social a mis à jour son guide pour l'utilisateur, avec une clarification de ce qui est considéré comme sexuel ou pas. Les photos d'allaitement sont autorisées.
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Les motivations derrière le partage de photos d'allaitement
Outre la revendication de leur droit d’occuper l’espace public et leur engagement dans le mouvement collectif visant à réduire la stigmatisation à l’égard de l’allaitement dans les lieux publics, les mères allaitantes utilisent aussi leurs brelfies pour témoigner de leurs expériences personnelles d’allaitement, pour créer un réseau de soutien ou pour démontrer que la fonction du sein est avant tout nourricière.
L'influence des célébrités
Dans la foulée des précédentes, les célébrités sont elles aussi de plus en plus nombreuses à relayer leurs photographies d’allaitement sur les réseaux sociaux - des images auparavant circonscrites aux pages des magazines féminins - décuplant par le fait même la visibilité de l’allaitement dans l’espace public. Les célébrités sont amenées à incarner sur les réseaux sociaux des positions/modèles identitaires qui interpellent les admirateurs et les consommateurs dans leur subjectivité. En produisant et en relayant leurs images sur les réseaux sociaux, et en construisant leur personnage public, les célébrités contribuent aussi à la création, au maintien et à la transformation des normes et des représentations sociales relatifs à la maternité et au corps postnatal des femmes.
Les enjeux liés à l'identification de l'allaitement sur Facebook
Les résultats de ces recherches nous rappellent que dans les sociétés occidentales le sein féminin continue d’être appréhendé à travers le regard de l’homme hétérosexuel, soit comme un objet symbolisant la féminité, la sensualité et la sexualité. Dans ce contexte, l’apparition du sein allaitant dans l’espace public vient brouiller les codes établis, car celui-ci se révèle aussi comme pouvant materner et nourrir. Aussi, les réactions négatives suscitées par l’allaitement dans les lieux publics laissent entrevoir la persistance de la dichotomie maternité/sexualité départageant la mère pure et vertueuse de sa rivale, la femme tentatrice et attirante sexuellement. Conscientes de cela, un grand nombre de femmes adoptent, par pudeur ou par contrainte, des stratégies (couverture par-dessus l’épaule, achat de vêtements d’allaitement, utilisation des salles d’allaitement) pour « allaiter sans être vues » dans les lieux publics. Malgré la plus grande acceptabilité sociale de cette pratique, il demeure que l’occupation de l’espace public physique et virtuel continue d’être dictée par le genre et négociée entre différents acteurs en fonction notamment de leur positionnement social.
La modération des contenus
Ainsi, une photographie affichant le sein, le mamelon ou encore le corps dénudé des femmes allaitantes pouvait être signalée auprès de ces compagnies par d’autres utilisateurs et utilisatrices qu’ils soient « amis », « abonnés », ou autres. « Nous sommes conscients qu’il arrive parfois que des personnes veuillent partager des images de nudité à caractère artistique ou créatif, mais pour un bon nombre de raisons nous n’autorisons pas la nudité sur Instagram. Cela inclut les photos, les vidéos et les autres contenus numériques présentant des rapports sexuels, des organes génitaux ou des plans rapprochés de fesses entièrement exposées.
Les procès contre Meta et Google
Le procès de Meta et Google s’est ouvert lundi devant un tribunal civil de Los Angeles sur une charge de l’avocat de la plaignante, qui leur a reproché d’avoir «fabriqué l’addiction dans des cerveaux d’enfants», devenus accros à leurs plateformes. Le mécanisme observé sur Instagram (Meta) et YouTube (Google) ne s’est pas produit «par accident mais à dessein», a martelé Mark Lanier dans son propos introductif, «parce que l’addiction est rentable». L’issue des débats pourrait établir un précédent judiciaire majeur en matière de responsabilité civile des opérateurs de réseaux sociaux, jusqu’ici exemptés. Des dizaines de dossiers doivent, en effet, suivre celui-ci dans les mois qui viennent. Les débats ne porteront toutefois pas sur les vidéos toxiques, déprimantes ou manipulatrices que peuvent héberger ces plateformes, car la loi américaine, en particulier la section 230 du Communications Decency Act, les exonère très largement de toute responsabilité pour les contenus publiés chez elles par des tiers. Pour contourner l’obstacle, les plaignants attaquent donc la conception même des réseaux sociaux, c’est-à-dire l’algorithme et les fonctions de personnalisation encourageant au visionnage compulsif de vidéos. Les plaignants accusent cette conception d'être négligente et nocive, reprenant une stratégie menée avec succès contre l’industrie du tabac dans les années 1990 et 2000.
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