Loading...

Hercule : Mythes et Représentations à Travers les Âges

Introduction

Le personnage d'Hercule, figure mythologique par excellence, a traversé les siècles en se transformant et en s'adaptant aux cultures qui l'ont adopté. Cet article explore les différentes facettes du mythe d'Hercule, de ses origines grecques à ses interprétations médiévales et renaissantes, en mettant en lumière la complexité et la richesse de ce héros légendaire.

Hercule dans l'Antiquité : Un Héros aux Multiples Facettes

Le mythe d'Hercule, tel qu'il ressort des textes de Diodore et d'Apollodore, est imprégné d'ambiguïtés et d'incertitudes. L'Héraclès grec est aussi fragmentaire et contradictoire que l'Hercule des peuples romans. L'Hercule des Romains se construit certes à partir de l'Héraclès grec, mais de manière anarchique au gré d'une tradition qui retient ou rejette ce que bon lui semble.

Pour s'en faire une première idée, on peut considérer les sources indiquées par Pierre Grimal dans les pages de son Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine dédiées à Héraclès. On retrouve des noms comme Virgile, Ovide, Sénèque, Plaute, Stace, Lucain, Pline, Solin, Lucrèce, Martial et Macrobe, Hygin et Servius, de même que des mentions de gloses sur les œuvres de Stace et de Lucain. Les sources auxquelles ils renvoient sont de nature très diverse : ce sont des épopées, des pièces de théâtre, des œuvres historiographiques et encyclopédiques, des textes philosophiques, des traités de mythographie et des commentaires. Chacune d’entre elles a connu un schéma de diffusion et d’influence qui lui est propre.

Il convient peut-être en effet mieux de parler de mythes d’Hercule au pluriel dans ce contexte, car aucune des sources latines connues à ce jour qui ont laissé des traces au Moyen Âge ne relate le mythe d’Hercule dans son intégralité. Chacune en transmet plutôt des « bribes », et parfois des séries de telles bribes, qui peuvent être plus ou moins développées dans les différentes œuvres. Ainsi, l’Amphitryon de Plaute tourne entièrement et uniquement autour de la conception du héros. L’Hercules furens de Sénèque se concentre sur l’épisode de la folie du héros pendant laquelle il tue ses enfants et - dans cette version du récit, qui est différente de celle que donnent les Bibliothèques grecques - également sa femme Mégara. L’autre grande tragédie herculéenne attribuée à Sénèque, l’Hercules oetaeus, se concentre sur la mort et l’apothéose du héros qui s’immole sur le mont Œta. Dans les Métamorphoses, on rencontre Hercule notamment au début du livre IX, où est relatée une suite consécutive d’événements qui va de sa lutte contre Achéloüs pour gagner la main de Déjanire jusqu’à la fin de sa vie. Les éléments concernant Hercule sont plus circonscrits dans l’Énéide virgilienne, dont le livre VIII comporte l’histoire de la victoire du héros sur le brigand Cacus, ce qui lui a valu la dédicace de l’Ara maxima et un culte local, suivi d’un hymne à ses exploits. De nombreuses informations supplémentaires sur Hercule sont toutefois éparpillées à travers le commentaire de Servius qui accompagne le texte de Virgile dans un grand nombre de manuscrits et qui est reconnu par la critique comme une source d’importance capitale pour le savoir mythographique pendant l’époque médiévale.

En d’autres termes, le mythe d’Hercule a été transmis sous forme éclatée, ses différentes composantes se retrouvant à divers endroits et souvent sous différentes formes. Aux textes retenus par Grimal s’en ajoutent d’autres qui ont vu le jour durant l’Antiquité tardive et le Moyen Âge. Il n’existe pas de dictionnaire qui permettrait de nous donner une idée globale de la présence d’Hercule dans les textes tardo-antiques et médiévaux. On peut tenter de se faire une idée approximative de ses occurrences dans des textes latins en cherchant le nom Hercules (dans ses différentes inflexions) dans la base de données du Corpus corporum de l’Université de Zurich. Une telle recherche livre plus de 1500 résultats dans des dizaines d’œuvres différentes. On y trouve - pour ne nommer que quelques œuvres dont on a aujourd’hui encore plusieurs centaines de témoins - la Consolatio Philosophiae de Boèce, les Étymologies d’Isidore de Séville, l’Alexandreis de Gautier de Châtillon, l’Historia scholastica de Pierre le Mangeur, le Speculum maius de Vincent de Beauvais, le De Excidio Troiae de Darès et l’Historia destructionis Troiae de Guido delle Colonne. Le nombre de résultats augmenterait davantage si l’on prenait en compte les textes inédits, les données paratextuelles - gloses et commentaires - qui accompagnent les différents textes dans leurs manuscrits, de même que les adaptations de ces derniers en différentes langues vernaculaires qui ont paru au fil des siècles. -les Métamorphoses d’Ovide, qui constituent l’une des plus riches sources de données mythologiques sur Hercule parmi les textes latins classiques, survivent dans près de 500 manuscrits. Dans ces témoins, le texte d’Ovide est souvent glosé, voire accompagné de véritables commentaires, qui expliquent et interprètent les vers du poète latin. En outre, des commentaires et traités mythographiques qui s’appuient sur le texte ovidien mais qui sont transmis sous forme détachée de ce dernier survivent dans plus de manuscrits encore, très peu étudiés dans leur ensemble. -la Consolatio Philosophiae de Boèce (vie siècle), qui consacre un segment compact de 23 vers aux exploits d’Hercule, présentés comme reflet des tribulations morales que doit surmonter l’homme vertueux, a connu une vaste diffusion à travers tout le Moyen Âge.

Lire aussi: Les douze travaux d'Hercule expliqués

Les douze travaux qu’Hercule aurait accomplis sur les ordres du roi Eurysthée sont une des thématiques les mieux connues et les plus emblématiques que nous associons au héros antique. Ils constituent aussi ce que l’on considère souvent comme le « noyau dur » de son mythe. Des témoignages du cycle des douze travaux, appelé aussi dodécathlos, apparaissent en effet déjà bien avant les textes de Diodore et d’Apollodore évoqués précédemment, puisque les mêmes douze exploits mentionnés par les deux auteurs grecs ornent les métopes du temple de Zeus à Olympie, construit au ve siècle av. J.-C. La place privilégiée qui est accordée aux travaux dans ce contexte iconographique et le rôle d’Héraclès, célébré déjà à cette époque précoce comme héros populaire et comme fondateur des jeux olympiques, a pu, comme l’ont suggéré plusieurs chercheurs, influencer la diffusion de la thématique et sa « canonisation » dans les textes.

Malgré leur statut a priori traditionnel, les douze travaux d’Hercule connaissent une variation marquée dans les textes concrets, dès l’Antiquité et, à plus forte raison, au Moyen Âge.

Pour résumer, l’ancien « canon » aurait perdu son importance, diverses autres séries de travaux se seraient mises en place, et un nouveau cycle de douze, celui mentionné par Boèce dans sa Consolatio Philosophiae, se serait établi, laissant des traces notamment dans des témoignages vers la fin de l’époque médiévale.

Y avait-il dans les textes de l’Antiquité un cycle canonique de douze travaux qui a pu être transmis tel quel au Moyen Âge ? Pour cela, il est nécessaire de reprendre très brièvement Diodore et Apollodore, les deux témoins qui nous ont servi de point de départ pour notre résumé du mythe d’Héraclès, tout en rappelant que l’on peut largement exclure l’influence directe de ces textes grecs sur le Moyen Âge.

Comme nous l’avons noté précédemment, Diodore et Apollodore évoquent tous deux les douze travaux, mais leurs versions ne sont pas entièrement identiques. Chez Apollodore, en effet, le nombre même des travaux soulève des doutes : du fait que les deux derniers sont présentés comme une conséquence du refus d’Eurysthée de compter l’hydre et les écuries d’Augias, on a l’impression que le dodécathlos n’est que le résultat secondaire de ce qui aurait dû être un « décathlos ». En outre, si l’on compare la séquence des travaux dans les deux textes, on remarque que l’ordre de certains (le sanglier et la biche, les oiseaux et les écuries, de même que Cerbère et les pommes des Hespérides) a été interverti.

Lire aussi: Hercule : Mythe, Art et Immortalité

Malgré les différences d’ordre et de « statut » (à savoir si l’exploit est comptabilisé ou non) qui affectent plus de la moitié des travaux individuels, ces derniers sont identiques dans leur essence. Aussi est-il généralement accepté que les deux cycles sont censés suivre un même ordre géographique sous-jacent : Héraclès aurait accompli ses six premiers travaux (concernant le lion, l’hydre, le sanglier, la biche, les oiseaux et les écuries) sur le Péloponnèse, alors que les six suivants l’ont mené progressivement au-delà de la Grèce, jusqu’aux limites du monde connu, et même au-delà. Concrètement, après avoir récupéré le taureau de l’île de Crète (au sud de la patrie du héros) et les juments du roi Diomède de Thrace (au nord), il a voyagé vers le royaume des Amazones, situé par les deux auteurs sur le fleuve Thermodon aux rives de la Mer Noire (à l’extrême est), ensuite vers les terres de Géryon, localisées en Ibérie ou sur l’île d’« Érytheia », qui correspondrait à l’actuelle Cadiz (marquant la limite occidentale du monde méditerranéen). Finalement, il a trouvé son chemin vers le jardin paradisiaque des Hespérides et a accédé au royaume souterrain de Pluton, dont il est revenu triomphant (ces deux derniers travaux pouvant aussi être intervertis).

Une impression semblable découle de la seule œuvre de mythographie latine de l’époque classique qui propose l’inventaire complet des douze travaux - une sorte de digest des mythes antiques, connu aujourd’hui sous le titre conventionnel de Fabulae d’Hygin et daté du premier siècle de notre ère. Parmi les quelques trois cents résumés rudimentaires de mythes grecs contenus dans ce compendium, on trouve une série de segments sur Hercule, dont l’un est intitulé « Herculis athla duodecim ab Eurystheo imperata ».

Hercule au Moyen Âge : Adaptations et Réinterprétations

Le mythe d'Hercule a subi de nombreuses transformations au Moyen Âge, s'adaptant aux valeurs et aux préoccupations de l'époque. Les auteurs médiévaux ont puisé dans les sources antiques, mais ont également introduit de nouveaux éléments et interprétations.

Le mythe mis en place par Diodore et Apollodore n’a donc pas été transmis tel quel, par voie directe, au Moyen Âge. On doit en effet partir du constat, comme l’a déjà souligné Marc-René Jung, que ce savoir grec n’était pas disponible, de façon continue et complète, pendant la plus grande partie du Moyen Âge. L’œuvre de Diodore n’entrera en jeu que vers l’extrême fin de l’époque médiévale à travers la traduction latine des cinq premiers livres par Poggio Bracciolini, publiée en 1472 à Bologne, qui influencera des textes tardifs comme le Recoeil des Histoires de Troyes de Raoul le Fèvre ou l’anonyme compilation d’histoire universelle du dernier quart du xve siècle dite parfois « quatrième 52rédaction » de l’Histoire ancienne jusqu’à César,transmettant tous les deux une vie du héros. Le texte d’Apollodore n’a laissé de traces directes dans aucun texte de notre corpus. La tradition manuscrite subsistante trouve son origine dans l’empire byzantin au xive siècle, les traces n’en apparaissent en Occident qu’au xvie siècle. Le fait que des éléments du mythe d’Hercule ne sont pas absents des textes antérieurs à cette période s’explique, bien sûr, par leur transmission à travers des textes latins.

Chaque fragment de savoir herculéen, même s’il est d’apparence insignifiante, est susceptible d’avoir laissé son empreinte au fil d’une tradition et de nous livrer des indices pour comprendre certaines particularités frappantes de l’Hercule qu’on rencontre dans les textes du Moyen Âge.

Lire aussi: Représentations de la Vierge Enceinte

Hercule à la Renaissance : Un Symbole de Vertu et de Force

À la Renaissance, Hercule est redécouvert comme un symbole de vertu, de force et de courage. Les artistes et les écrivains s'inspirent des modèles antiques pour créer de nouvelles représentations du héros, mettant en valeur son humanité et sa capacité à surmonter les épreuves.

La sculpture italienne de la Renaissance fut à l’avant-garde de l’exploration du corps humain et de ses états d’âme. Grâce aux œuvres restées en place à Rome et à celles que l’on exhumait sans relâche, ici et là, pour être avidement collectionnées, cette statuaire allait offrir aux artistes un inépuisable répertoire de motifs décoratifs ainsi que de multiples modèles humains, nus et vêtus, en mouvement ou bien en position statique. Entre réalisme et idéalisme classique, Donatello eut un rôle majeur dans ce chantier de remise en miroir de l’homme avec lui-même.

Pour Laurent de Médicis, Antonio Pollaiolo fit plus encore en fondant dans son groupe d’Hercule et Antée (v. 1470) l’énergie d’une lutte paroxystique avec les tourments de l’âme. À l’orée du XVIe siècle, Michel-Ange vint bousculer le classicisme si élégamment rythmé de la sculpture florentine à un moment où les peintres, tel Léonard de Vinci avec ses cartons de bataille pour Florence, influèrent à leur tour la statuaire. À Florence puis à Rome, Michel-Ange s’attacha à rendre des actions et idées opposées dans un même personnage pour retrouver, au-delà de la beauté formelle, la vérité intérieure.

L'Hercule Farnèse : Un Exemple de Représentation Artistique

L'Hercule Farnèse, copie romaine d'une statue grecque de Lysippe, est un exemple emblématique de la représentation d'Hercule dans l'art. Cette sculpture colossale, découverte à Rome, met en valeur la musculature et la force du héros, tout en le montrant au repos, après avoir accompli ses travaux.

C’est un type statuaire dont l'original est une sculpture grecque antique attribuée à Lysippe (IVe siècle av. J.-C.). Hercule y est représenté reposant sur sa massue recouverte en partie de la peau du lion de Némée, et il tient à la main dans son dos les pommes du jardin des Hespérides, qu'il vient juste de cueillir. L’objet de notre exposé est une copie du IIIe siècle apr. J.-C., signée par Glycon d’Athènes. Elle a été découverte en 1546 dans les ruines des thermes de Caracalla, empereur romain de 211 à 217.

Cette statue colossale qu’est l’Hercule Farnèse a donc été réalisée par l’Athénien Glycon qui s’est largement inspiré en l’agrandissant d’un original grec en bronze de la fin du IVe siècle av. J.-C., du sculpteur grec Lysippe de Sicyone, aujourd’hui perdue. On reconnaît Héraklès grâce à sa musculature extraordinaire, mais aussi parce qu’il est revêtu de la peau du lion de Némée et qu’il se repose sur sa massue. Il est rare de voir Héraklès au repos, il est souvent représenté en train d’effectuer l’un des douze travaux qui lui ont été imposés par Héra.

tags: #hercule #statue #son #berceau #wikipedia

Articles populaires:

Share: