Introduction
L'insémination artificielle (IA) est une technique de reproduction assistée largement utilisée dans l'élevage équin, notamment chez les Frisons. Cette méthode permet de maximiser l'utilisation du potentiel génétique des étalons, y compris ceux des Haras Nationaux, en particulier lorsque le sperme est congelé. L'utilisation de sperme congelé offre une grande flexibilité, mais nécessite des protocoles rigoureux pour optimiser les chances de gestation. Cet article explore les différentes techniques et protocoles utilisés pour l'IA chez les Frisons, en mettant l'accent sur l'utilisation de petites doses de sperme congelé et l'insémination artificielle profonde.
Utilisation de petites doses de sperme congelé
Pour certains étalons, le nombre de paillettes de semence congelée disponible par jument et par saison est limité. Afin d'optimiser leur utilisation pour obtenir une gestation, le recours à l'utilisation de petites doses et à l'insémination artificielle profonde est fréquent. Depuis plusieurs années, le nombre de paillettes de semence congelée fourni par contrat de saillie est variable selon les étalons et les vendeurs. Il peut être réduit à 4-5 paillettes, voire une seule. Cette tendance a favorisé l'émergence de la technique d'insémination à faible dose pour tenter d'optimiser le nombre de paillettes disponibles pour obtenir une gestation.
Protocole d'insémination à faible dose
Une seule paillette (parfois 2) est alors utilisée à chaque insémination. Une seule insémination est généralement réalisée par chaleur. Elle est effectuée la plupart du temps post-ovulation, maximum 6 heures après l'ovulation. Un suivi ovarien 4 fois par jour est réalisé (soit toutes les 6 heures au minimum), compte tenu de la durée de survie très faible de l'ovocyte après ovulation.
Insémination artificielle profonde (IAP)
Une dérive de cette technique s'est développée. Elle consiste à déposer la semence en haut de la corne utérine, du côté où se trouve le follicule pré-ovulatoire. Lors d'une saillie naturelle ou d'une insémination classique, la semence est déposée juste derrière le col de l'utérus de la jument. Pour l'insémination, un cathéter est utilisé, connecté à une seringue contenant la semence diluée.
Technique de l'IAP
L’insémination artificielle profonde permet de déposer le sperme en haut de la corne de l’utérus, du côté du follicule pré-ovulatoire. En effet, le lieu de stockage des spermatozoïdes dans la jument se trouve dans les oviductes, juste au-dessus de l’extrémité des cornes de l’utérus.
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Méthodes de réalisation de l'IAP
Elle se pratique :
- Soit avec un endoscope ou fibroscope : après avoir insufflé de l’air dans l’utérus, la tige de l’endoscope est poussée jusqu’en haut de la corne utérine, à l’endroit de l’ouverture de l’oviducte, 1 seule IA est possible par cycle. Cependant, cette technique est très lourde et onéreuse à mettre en oeuvre. Elle est donc très peu utilisée sur le terrain.
- Soit en utilisant un cathéter spécial (muni à son extrémité d'un embout percé d'un trou). Ce cathéter est poussé jusqu'en haut de corne utérine choisie, une main étant introduite dans le rectum pour le guider. Cette sonde est plus rigide qu'un cathéter classique.
La distance entre le col de l'utérus et l'entrée de l'oviducte est d'environ 50 cm. Bien que la vitesse de déplacement des spermatozoïdes soit de 50µm/s (18 cm/h), une partie d'entre eux y parvient en 10, voire 20 minutes. Ce déplacement rapide n'est donc pas lié à leur mobilité propre, mais principalement à des contractions utérines "ascendantes". La mobilité propre des spermatozoïdes n'est utile qu'après leur pénétration dans l'oviducte et surtout lors de la fécondation.
Doses d'IAC et recommandations
Les doses IAC autrefois préconisées par l'Ifce étaient : 8 paillettes contenant chacune 50 millions de spermatozoïdes chacune, soit 400 millions de spermatozoïdes par dose d'insémination. La plupart du temps, deux inséminations étaient réalisées par chaleur.
Gestion des saillies et aspects administratifs
Le demandeur devra donc disposer d’un Espace SIRE (profil étalonnier) sur notre site internet. Pour la production dans des races sous accord, il n’est pas nécessaire de demander des cartes de saillie françaises au SIRE. La demande de cartes de saillie pour un étalon doit impérativement être effectuée avant la 1re saillie. Au-delà du 1er octobre, un tarif majoré sera appliqué. Pour ce faire, prenez contact avec votre identificateur. Pour un étalon étranger, la certification d’identité se fait sur papier libre (par exemple sur ordonnance). Actuellement, le SIRE contrôle uniquement les exigences sanitaires décrites dans les règlements de livre généalogique. L’utilisation du formulaire de demande d’analyse et d’un laboratoire qualifié pour les échanges de données avec le SIRE facilite le contrôle des pièces sanitaires. Elle permet aussi d’accélérer la délivrance des cartes de saillie. Pour les nouveaux étalons Ardennais, Auvergne, Boulonnais, Camargue, Castillonnais, Islandais, Mérens, Mule poitevine, Percheron, Poitevin, Pottok, Shagya, Shetland, un contrôle de filiation est obligatoire.
Déclaration de naissance et documents requis
Garantie : la gestion des saillies par Internet permet le blocage de la déclaration de naissance. Étalonniers de traits et d’ânes, pensez à informer le propriétaire des juments ou ânesses saillies et suitées qu’il devra réaliser lui-même la déclaration de naissance sur le site internet du SIRE. Cette démarche peut également être effectuée par un tiers si nécessaire. Scannez les pièces de votre dossier : le mandat d’exploitation si vous n’êtes pas propriétaire de l’étalon, ainsi que le contrat ou la facture d’achat de dose(s) si nécessaire. En cas de relance sur un dossier, les pièces complémentaires devront être obligatoirement fournies via l’application « Demande de cartes de saillie » en ligne et les résultats saisis dans l’application sanitaire.
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Gestion du poulain orphelin ou nécessitant un allaitement artificiel
Le poulain peut être définitivement orphelin (mort de la mère au poulinage ou peu de temps après, refus d’allaiter) ou provisoirement (ictère hémolytique, mammite) ou encore partiellement (lactation faible). L’adoption permet de solutionner le premier cas, mais ne solutionne pas les deux autres, seul l’allaitement artificiel apporte une solution à l’ensemble des cas.
Colostrum et premiers soins
Si le poulain n’a pas tété la mère à la naissance, il doit recevoir un colostrum de bonne qualité (>60g d'immunoglobulines/litre) évalué au préalable avec un colotest. Idéalement, 3 biberons de 300-350 ml chacun sont distribués à 2 h d’intervalle pour des poulains de sang; pour des poulains de races lourdes cette quantité peut être portée à 400-450 ml. L'absorption du colostrum doit avoir lieu moins de 12h après la naissance. Ainsi, le passage des anticorps qu'il contient au poulain est assuré. L'idéal est de débuter la première tétée dès que le poulain présente un réflexe de succion, soit environ 2h après le poulinage. Ce colostrum peut provenir d’une autre jument après congélation via une banque de colostrum. Le colostrum congelé doit être réchauffé à 40°, puis distribué à une température de 38°. Ne jamais le décongeler au micro-ondes qui détruirait les immunoglobulines. Il peut aussi être prélevé sur une autre jument venant de pouliner. Il existe également dans le commerce du colostrum équin de substitution fabriqué à partir d’immunoglobulines sériques.
Alimentation artificielle : Lait et quantités
Le lait artificiel doit être distribué à l’aide d’un biberon en verre ou d’une bouteille à goulot étroit et d’une tétine en caoutchouc type « agneau ». En général, les seaux de poudre de lait artificiel contiennent une tétine appropriée. Bien s’assurer que le poulain déglutit et que le lait ne coule pas à la commissure des lèvres. Le réflexe de succion peut être vérifié en faisant sucer son doigt enduit de lait au poulain. Pour faire téter le poulain, mettre celui-ci en position debout et maintenir les naseaux au-dessus de la ligne des yeux. Si le poulain, après avoir manifesté des réflexes de succion et tété, s'affaitblit et refuse de boire le biberon suivant, appeler immédiatement le vétérinaire (entérotoxémies fréquentes chez le jeune). Les biberons doivent être nettoyés avant chaque tétée, à défaut d’être stérilisés. Le lait ne doit pas être préparé à l’avance et tout lait non consommé doit être jeté.
Rythme et quantités d'alimentation artificielle
- A la naissance: Le poulain tète en moyenne 7 à 10 fois par heure. Les quantités ingérées à chaque tétée sont faibles (150-200g). Par exemple : 2h, 6h, 10h, 14h, 18h, 22h.
- La troisième semaine: On abaissera le nombre de tétées à 5 en supprimant la tétée de nuit et en distribuant des quantités pouvant aller jusqu’à 1,5l.
- A un mois: On peut habituer le poulain à boire au seau en distribuant 4 repas de 3 litres chacun. Cette accoutumance au seau peut être beaucoup plus précoce, certains poulains s’y habituent dès les premiers jours. On fera sucer les doigts enduits de lait au poulain et l’on trempera doucement les doigts dans le seau, pendant que le poulain tète. Cette opération nécessite un peu de patience, mais l’alimentation « à volonté » du poulain peut présenter des avantages.
- A 2 mois: On peut passer à 3 repas de 5l et commencer à distribuer un aliment spécifique pré-sevrage (comportant des protéines de lait) à raison de 500 g au début pour arriver à : 1,5 kg à 3 mois, 2- 2,5 kg à 4 mois et 3- 4 kg à 6 mois. En parallèle, on réduira les quantités de lait distribuées pour réaliser un sevrage précoce à 4 mois. On peut même commencer à faire manger au poulain de petites quantités d’aliment dès l’âge de 1 mois, en lui présentant à la main, car il n’aura pas l’exemple de la mère. Il est possible également de distribuer du foin d’excellente qualité (récolté tôt et dans de bonnes conditions) à volonté à partir de 2 mois. Le foin de luzerne est intéressant pour sa bonne valeur en protéines et son apport en lysine (acide aminé indispensable). Maintenir de l’eau propre à la disposition du poulain, ainsi qu’une pierre de sel pur.
Exemple de planning d'alimentation
- A 3 mois: 3 repas de lait de 5 l chacun + 1,5 kg d’aliment complémentaire en 3 repas + foin
- A 105 jours: 3 repas de lait de 4 l chacun + 2 kg d’aliment complémentaire en 3 repas + foin
- A 110 jours: 2 repas de lait de 5 l chacun + 2,5 kg d’aliment complémentaire en 3 repas + foin
- A 115 jours: 1 repas de lait de 5 l +2,5 kg d’aliment complémentaire en 3 repas + foin
- A 120 jours: 0 repas de lait + 3 kg d’aliment complémentaire en 3 repas + foin
Préparation de l'aliment complémentaire
On peut fabriquer l’aliment complémentaire à partir de céréales aplaties (orge, avoine), de poudre de lait (pour poulain, chevreau, veau ou agneau en s’assurant que ces deux dernières soient exemptes d’antibiotiques) et d’un complément minéral vitaminé (CMV) de type 8(P)/19(Ca), en utilisant la formule suivante :
- Céréales : 77%
- Poudre de lait : 20%
- CMV : 3%
Sevrage précoce
Il est très élevé, mais on peut pratiquer un sevrage plus précoce encore (60 jours) sur des animaux de moindre valeur. Pour cela, il faut les habituer au seau dès la deuxième semaine et réduire progressivement la distribution de lait après 45 jours. Cependant, ce sevrage est délicat à réaliser du fait de la faible capacité d’ingestion du poulain. Les quantités de concentrés ingérées peuvent atteindre 2kg/100 kg de poids vif, soit 2,5 kg distribués en 3 repas pour un poids de 125 kg à 60 jours, du foin de luzerne étant distribué à volonté, la distribution de concentré débutant dès l’âge de 2 semaines à raison de 200g/j. Les quantités présentées ci-dessus correspondent à celles distribuées à des poulains de sang, pour des poulains de race lourde, il conviendrait de multiplier ces quantités par 1,5.
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Lait artificiel : Où s'en procurer ?
Il est possible de se procurer le lait artificiel, soit auprès de vétérinaires, soit auprès de certaines maisons d’aliments. Chaque fabriquant possède ses propres recommandations auxquelles il convient de se conformer, notamment en matière de dilution de poudre, pour limiter les risques de diarrhée ou de constipation. Tous les laits reconstitués contiennent environ 15 % de matière grasse et 22 % de protéines brutes. Certains fabricants proposent du lait reconstitué, ou un aliment de complément lacté, ou les deux.
Attention au comportement
Mais attention aux problèmes de comportement, ne pas céder à la tentation de considérer le poulain comme un petit chien, ou une peluche géante.
Qualité de la semence et stockage
La qualité des doses de semence, de leur récolte sur l'étalon à leur mise en place dans la jument, conditionne l'efficacité de l'utilisation de sperme réfrigéré. Ne pas stocker congelé plus d’une saison de monte.
Alternative au dilueur INRA 96
Du lait ½ écrémé associé aux antibiotiques habituels (Gentamicine 50mg/l et Amoxicilline 100mg/l) peut être utilisé comme dilueur. Il offre aussi une descente plus ménagée et conviendrait mieux aux étalons plus sensibles.
Conservation et manipulation des doses réfrigérées
La boite néopor tient au moins 24 heures entre 8 et 9°C (si la température extérieure est de 20°C). Laisser la boîte ou le container fermé dans un endroit frais mais pas au réfrigérateur jusqu'au moment de l'insémination. Juste avant l'insémination, ouvrir le container et inséminer la jument avec une dose sans la réchauffer.
Suivi gynécologique et induction de l'ovulation pour l'IAC (congelé)
Le suivi gynécologique est identique à l’IAC (congelé), mais plus contraignant du fait de la gestion des commandes et des envois de doses. Suivi journalier, induction de l’ovulation par 1500 UI hCG en intra-veineux) conseillé. Induction de l'ovulation le jour de la commande si la réception est prévue 24h après celle-ci. Effectuer la dernière IA dans les 0-24 heures précédant l’ovulation (soit 24-30 h après l'induction de l'ovulation).
Protocole d'induction de l'ovulation lors d'insémination artificielle
Idéal : 1 envoi de 2 doses par jument. A la réception: inséminer avec une dose, mettre l'autre au frigo. Le lendemain : inséminer avec la 2ème dose, si la jument a ovulé, ne pas inséminer. Si le délai d'expédition de la semence n'est pas certain, il est possible d'attendre la réception des doses avant d'induire l'ovulation. On insémine alors avec la première dose et on induit l'ovulation en même temps.
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