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Grey's Anatomy : L'avortement de Cristina Yang et son impact sur la représentation télévisuelle

Introduction

Le sujet de l'avortement, longtemps resté tabou, a progressivement trouvé sa place dans les séries télévisées et les productions des plateformes de streaming. Des premières apparitions timides dans les années 1960 aux représentations plus franches et nuancées d'aujourd'hui, le chemin a été long et sinueux. L'un des moments marquants de cette évolution est sans conteste l'avortement de Cristina Yang dans Grey's Anatomy, qui a contribué à briser un tabou et à ouvrir la voie à des discussions plus ouvertes sur ce sujet délicat.

L'évolution de la représentation de l'avortement à la télévision

Les premières apparitions (1960-1970)

Le sujet de l’avortement s'est frayé un chemin sinueux jusqu'au devant des séries télévisées ou produites par les plateformes de streaming. Le sujet apparaît d’abord dans la série judiciaire Les Accusés (The Defenders) en 1962. Puis dix ans après, dans Maude, où l’héroïne de cette sitcom fait face à une grossesse à 47 ans et avorte. Diffusée sur CBS deux mois avant le rendu de l'arrêt historique Roe v. Wade.

Le silence et les détours (1980-2000)

Par la suite, l'avortement ne sera plus abordé aussi directement dans les productions américaines, par peur de froisser les annonceurs télévisés. Girls, Melrose Place, La Vie à Cinq, Dallas, Sex and the City, Desperate Housewives… Dans ces séries des années 1990 et 2000, les femmes font face à la possibilité d’avorter mais le destin se charge de régler leur problème. Généralement, les héroïnes passent l'intégralité de l’épisode consacré à l'intrigue sur l'avortement à peser le pour et le contre de cette procédure, avec le concours de tous leurs proches, les larmes aux yeux et la culpabilité en bandoulière. Dans la saison 4 de Dawson, Gail Leery, enceinte à plus de 40 ans, parle de la possibilité d'interrompre sa grossesse à son mari Mitch : "Ce n’est pas parce que je suis enceinte que je suis obligée de le rester." L’épisode s’achève sur un cliffhanger et dans le suivant, Gail et Mitch ont finalement décidé "contre toute logique", de "suivre [leur] cœur" et de garder l'enfant.

La libération du discours (2000-Aujourd'hui)

Sur les chaînes câblées, les scénaristes disposent de davantage de liberté. Six Feet Under en 2003, puis Friday Night Lights et Sons of Anarchy en 2010, s’emparent du sujet sans trop de pathos. L’année suivante, Shonda Rhimes brise définitivement le tabou en prime time sur ABC dans Grey’s Anatomy, sous les yeux de 10 millions d’Américain·e·s. Après une grossesse extra-utérine en fin de saison 1, Cristina Yang est de nouveau enceinte en saison 7 et son mari, Owen, veut cet enfant. Elle lui explique : "Je ne veux pas de bébé. […] Je ne déteste pas les enfants. Je les respecte. Je pense qu’ils devraient avoir des parents qui les veulent vraiment." La production Shondaland ne s’arrête pas là : en 2015, dans la saison 5 de Scandal, le personnage central d'Olivia Pope, enceinte de son amant le Président des États-Unis, avorte sans en informer l’homme le plus puissant du pays.

Après 2017, le sujet bénéficie d’un traitement soutenu après l'explosion du mouvement #MeToo. En France, la représentation de l’avortement sur les écrans reste rare. Engrenages, Clara Sheller, Profilage ou Dolmen ont abordé le sujet en retombant dans certains clichés. Les personnages masculins prennent également beaucoup de place. En 2020, dans Plus Belle La Vie, Emilie avorte sans en informer en amont son compagnon. En 2022, la série Drôle sur Netflix traite le thème de façon inédite. Déjà mère d'un enfant, l'humoriste en pleine ascension Aïssatou Gambarré explique à son compagnon, qui espère qu'elle aille au bout de sa grossesse : "Ma fille, je l’aime tellement que j’ai tout mis entre parenthèses pendant deux ans. Mais là, est-ce que je peux mettre ma force ailleurs que dans la fabrication d’un enfant ?". Finalement, celui-ci la soutient et la prend dans ses bras, tandis qu’elle ressent les premières douleurs de la pilule abortive.

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L'avortement de Cristina Yang : Un tournant majeur

Un choix sans culpabilité

L'avortement de Cristina Yang dans Grey's Anatomy est un moment clé car il présente une femme qui prend une décision difficile sans être accablée par la culpabilité ou le regret. Cristina est une chirurgienne ambitieuse et talentueuse qui sait qu'un enfant n'entre pas dans ses plans de carrière. Elle exprime clairement son choix, sans s'excuser ni se justifier, ce qui est rare dans les représentations télévisuelles de l'avortement.

Un impact sur la relation avec Owen

La décision de Cristina d'avorter crée des tensions importantes dans son mariage avec Owen Hunt, qui désire ardemment avoir des enfants. Cette divergence de vues met en lumière les difficultés que peuvent rencontrer les couples lorsque leurs aspirations parentales ne concordent pas. La série explore les conséquences émotionnelles de l'avortement sur les deux partenaires, sans diaboliser ni l'un ni l'autre.

Une influence durable

L'avortement de Cristina Yang a eu un impact significatif sur la façon dont l'avortement est représenté à la télévision. Il a ouvert la voie à des personnages féminins plus complexes et nuancés, capables de prendre des décisions difficiles concernant leur propre corps et leur propre avenir. Il a également contribué à déstigmatiser l'avortement et à encourager des conversations plus ouvertes et honnêtes sur ce sujet.

Les limites de la représentation actuelle

Le manque de diversité

Les séries ont majoritairement traité de l’avortement en représentant des femmes blanches, aisées ou de la classe moyenne, excluant au passage les femmes racisées et précaires. Si Shonda Rhimes fut pionnière en faisant avorter deux de ses héroïnes non blanches, cela reste une exception.

La persistance des clichés

Autre subterfuge que l’on rencontre aussi dans les séries françaises : la volte-face incompréhensible de femmes qui n’ont jamais voulu devenir mères, ou déjà comblées (voire épuisées) par la maternité. Dans Desperate Housewives, Lynette, déjà mère de quatre enfants, se retrouve enceinte de jumeaux à 40 ans passés, alors que son mari a repris ses études. Autre moyen de contourner le sujet tout en sanctuarisant la maternité - et qui concerne surtout les adolescentes : les grossesses sont menées à terme et les bébés confiés en adoption. Restent les films où l’avortement n’est même pas envisagé, malgré un pitch qui confine à l’absurde.

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L'avortement dans Grey's Anatomy : autres exemples

La fausse couche de Meredith Grey

L'héroïne de Grey's Anatomy souffre depuis les débuts de la série. La jeune femme a frôlé la mort (presque) une dizaine de fois, a vu la quasi-totalité de ses proches mourir ou s'éloigner d'elle… Si elle a aujourd'hui trois enfants, (deux biologiques et un adopté) le chemin a été compliqué jusque là. Sa première grossesse, en saison 6, se termine en fausse couche lors de la fusillade qui frappe l'hôpital. Ce qui la pousse à adopter Zola avec Derek (Patrick Dempsey) la saison suivante. Toutefois, elle accouche en saison 9 de Bailey Shepherd au péril de sa vie, puis d'Ellis Grey en saison 11.

L'avortement d'Amelia Shepherd

La soeur de Derek Shepherd, neuro-chirurgienne, a aussi un passé difficile. La jeune femme, ancienne droguée, tombe enceinte et accouche d'un bébé qui n'aura pas de cerveau.

L'importance de la représentation dans un contexte de régression des droits

Depuis une douzaine d’années, les droits reproductifs régressent aux États-Unis, et en 2022 la Cour suprême a invalidé l’arrêt Roe v. Wade, qui protégeait depuis 1973 le droit à l’avortement à l’échelle nationale. Les films et séries qui s’emparent du sujet ont donc désormais une résonance particulière : réalisateur·ices et scé­na­ristes s’adaptent au contexte hostile, en racontant les nouveaux obstacles qui se dressent sur la route de celles et ceux qui vou­draient inter­rompre leur grossesse. Dans la comédie Unpregnant (2020), deux meilleures amies doivent parcourir 1 500 kilo­mètres pour se rendre dans un État qui autorise les mineures à avorter sans le consen­te­ment des parents. De son côté, après avoir été piégée par une « clinique » anti-IVG, l’héroïne de Never Rarely Sometimes Always (2020) doit aller jusqu’à New York pour trouver une antenne du Planned Parenthood (l’équivalent états-unien du Planning familial).

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tags: #Grey's #Anatomy #Cristina #Yang #avortement

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