Cinquante ans après la loi Veil, la question de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) reste un sujet de société extrêmement sensible en France. Chaque année, des milliers de personnes se rassemblent lors de la "Marche pour la Vie" pour exprimer leur opposition à l'avortement et, plus récemment, à l'euthanasie et au suicide assisté. Cette manifestation, organisée autour de l'anniversaire de la loi Veil promulguée le 17 janvier 1975, est l'occasion pour les opposants de réaffirmer leurs convictions et de dénoncer ce qu'ils considèrent comme une atteinte au droit à la vie.
Manifestations et revendications des opposants à l'IVG
Dimanche 17 janvier, plusieurs milliers d'opposants à l'avortement se sont rassemblés à Paris pour une "Marche pour la Vie". Ils étaient 5 000, selon les organisateurs, et entre 4 000 et 6 000, selon la Préfecture de police de Paris. Les manifestants ont défilé de la place du Trocadéro, dans l'ouest de la capitale, en entonnant des slogans tels que "IVG, ça suffit, nous marchons pour la vie" et "euthanasie, loi du mépris".
Les revendications des participants sont multiples. Ils dénoncent notamment l'avortement comme une "violence faite aux femmes", considérant qu'il est souvent présenté comme un droit, alors qu'il s'agit selon Aliette Espieux, porte-parole de cette « marche pour la vie », d'« un droit de se faire bâillonner ». Ils s'opposent également à l'allongement du délai légal pour avorter, ainsi qu'à la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les femmes.
Parmi les propositions mises en avant par les organisateurs, on retrouve la demande d'une échographie obligatoire dès la sixième semaine de grossesse, afin d'"entendre battre le cœur du fœtus", ainsi qu'un délai de réflexion de trois jours avant toute IVG. Ils appellent également à "encourager l’accouchement sous X" et à défendre "le droit absolu à l’objection de conscience des personnels de santé et protéger la clause de conscience spécifique."
Nicolas Tardy-Joubert, le président de la "Marche pour la Vie", a affirmé ne pas avoir "peur de dire que l'avortement est la première cause de mortalité en France pour l'espèce humaine". Il a également souligné que la loi Veil avait causé de "lourdes pertes humaines" et entraîné la mort et l'exclusion de plus de 10 millions de bébés de la société française.
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Opposition à l'euthanasie et au suicide assisté
Outre l'IVG, la "Marche pour la Vie" s'oppose également à toute "légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie". Les organisateurs appellent à "un grand plan pour que les soins palliatifs soient accessibles" à tous. Ils mettent en garde contre les "menaces sur la fin de vie" et les nouvelles propositions de loi qui pourraient être étudiées dans les semaines à venir.
Cette opposition se manifeste par des banderoles et des affiches dénonçant l'euthanasie comme une "fausse réponse à une vraie souffrance". Les manifestants craignent que la légalisation de l'euthanasie n'entraîne un "changement de civilisation" et une vision individualiste de la société.
Un droit à l'IVG toujours fragile
Malgré l'inscription de "la liberté garantie à la femme" de recourir à l'IVG dans la Constitution, les associations féministes tirent la sonnette d'alarme face à un droit toujours "fragile". Elles font état "d'attaques régulières" de ses opposants, qui se manifestent notamment par des actes de vandalisme et de harcèlement à l'encontre des centres pratiquant l'avortement.
À Rouen, par exemple, l'entrée de l'institut médical Simone Veil est surveillée par des caméras suite à une vague de faux rendez-vous orchestrée par des groupes anti-IVG. La fondatrice de l'institut, Marianne Lainé, dénonce un "délit d'entrave à l'avortement" et déplore que la plainte déposée en 2024 n'ait rien donné.
Le Planning familial est également victime d'actes malveillants, tels que des serrures bouchées, des locaux vandalisés et des vitrines taguées. Véronique Séhier, l'administratrice du planning familial du Nord, témoigne avoir trouvé des inscriptions telles que "Stop IVG" et "IVG égale meurtre" sur la vitrine de son centre.
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La bataille de l'information sur l'IVG
Au-delà des attaques matérielles, les opposants à l'IVG mènent également une bataille de l'information, notamment sur les réseaux sociaux. Sur Instagram, par exemple, on trouve facilement des comptes animés par des militants catholiques conservateurs qui diffusent des photos de fœtus, des échographies et des récits anxiogènes d'avortements forcés.
Ces comptes sont souvent adossés à des lignes d'écoute dont l'objectif est de dissuader les femmes d'avorter. Face à cet activisme, le Planning familial organise la riposte en achetant des noms de domaine en ligne et en lançant un tchat en ligne pour informer les femmes sur leurs droits.
Sarah Durocher, la présidente du Planning familial, souligne la réactivité et les moyens financiers dont disposent les opposants à l'IVG. Elle rappelle qu'il manque aujourd'hui 75.000 euros au Planning familial pour pérenniser leur nouvel outil de communication.
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