Jeanne d'Albret (1528-1572) fut une figure marquante du XVIe siècle, dont l'influence s'étendit bien au-delà de son rôle de mère d'Henri IV. Reine de Navarre, nièce de François Ier, elle fut une souveraine réformatrice, une chef de parti passionnée et une ardente défenseure de la foi protestante. Sa vie, bien que relativement courte, fut riche en émotions, en aventures et en défis constants.
Une Héritière de Prestige
Née le 16 novembre 1528 à Saint-Germain-en-Laye, Jeanne d'Albret était la fille unique de Marguerite d'Angoulême, sœur de François Ier, et d'Henri II d'Albret, roi de Navarre. Elle hérita d'un vaste ensemble de territoires dans le sud-ouest de la France, comprenant la Basse-Navarre, le Béarn, le comté de Foix et d'autres possessions issues de la lignée de Gaston Fébus. Cette position privilégiée attira de nombreux prétendants, mais Jeanne se révéla être une femme de caractère, capable de faire ses propres choix. Elle était une Valois, élevée à la cour de France sous le règne de François Ier, tout en appartenant à la maison d'Albret, dont elle héritera de nombreux fiefs, du Béarn et de la Basse-Navarre qui étaient alors des états souverains. Sa mère, Marguerite d'Angoulême, contribua à répandre l'humanisme et les idées nouvelles.
Mariages et Alliances Politiques
Le destin de Jeanne fut marqué par deux mariages. Le premier, en 1541, fut un mariage forcé avec Guillaume de Clèves, duc de Clèves. Elle avait 12 ans, son époux le double. Ce mariage, destiné à servir les intérêts politiques de François Ier, ne fut jamais consommé et fut annulé par le pape Paul III en 1545. Ce mariage forcé est cassé en 1545 et elle épouse en 1548 Antoine de Bourbon.
En 1548, Jeanne épousa Antoine de Bourbon, duc de Vendôme et « premier prince du sang ». De dix ans son aîné, Antoine était un homme volage, aussi bien en amour qu'en religion. Malgré les sentiments qu'elle éprouvait pour lui, leur union fut tumultueuse, marquée par des désaccords religieux et des infidélités. De cette union naîtront cinq enfants, dont Henri, le futur Henri IV. Jeanne et Antoine ont, en effet, la douleur de perdre tout d’abord leur premier fils. Le petit Henri, né le 21 septembre 1551, meurt peu de temps avant son deuxième anniversaire. Un autre garçon voit le jour quelques mois plus tard, le 13 décembre 1553. Il s’agit du futur roi Henri IV, le couple lui ayant donné le même prénom que leur aîné défunt. Viennent ensuite Louis-Charles, le 19 février 1555, et Madeleine, le 11 avril 1556, qui tous deux ne vivent respectivement que 8 mois pour l’un, deux semaines pour l’autre. Enfin, Jeanne accouche de Catherine, le 7 février 1559.
Conversion au Protestantisme et Engagement Politique
Très tôt intéressée par les nouvelles idées religieuses, Jeanne abjura le catholicisme le jour de Noël 1560 à Pau. Elle se convertit au protestantisme en 1560, sous l’influence de Théodore de Bèze et impose à partir de ce moment-là sa religion à ses états. Elle alla plus loin en adoptant la religion de Jean Calvin, à laquelle elle resta toujours fidèle. Cette conversion marqua un tournant majeur dans sa vie et dans l'histoire de la Navarre. Elle fit du calvinisme la religion d'État de ses territoires, en particulier du Béarn, qui devint un laboratoire du protestantisme en Europe.
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Jeanne d'Albret s'engagea activement dans les conflits religieux qui ravagèrent la France au XVIe siècle. Elle prit la tête du parti protestant, défendant avec ferveur ses convictions et l'indépendance de ses États. Elle dut faire face à l'hostilité des Valois, en particulier de Charles IX et de Catherine de Médicis, mais elle sut résister et rester fidèle à ses principes. Elle veilla à maintenir l’indépendance de ses états par rapport à la France et l’Espagne.
Après avoir tenté d'accorder à ses sujets du Béarn, alors principauté souveraine, une sorte de liberté de conscience religieuse, Jeanne d'Albret devait radicaliser ses positions après l'invasion de son état par les troupes royales : en 1571, elle promulgua un ensemble de lois religieuses, les Ordonnances ecclésiastiques qui firent du Béarn un état calviniste, ce qu'il resta jusqu'en 1599.
Mère d'Henri IV et Actrice de la Réconciliation
Jeanne d'Albret est surtout connue pour être la mère d'Henri IV, le roi qui mit fin aux guerres de religion en France. Elle veilla à l'éducation de son fils, lui transmettant ses valeurs et ses convictions. Elle organisa son mariage avec Marguerite de Valois, sœur du roi Charles IX, dans l'espoir de réconcilier les catholiques et les protestants.
En 1568, elle prend même la tête du mouvement protestant et emmène son fils, Henri de Navarre, le futur Henri IV, âgé de 15 ans, à La Rochelle. Tout simplement parce que la ville est la place forte du protestantisme à cette époque. La Rochelle est la capitale politique et militaire du protestantisme, et c’est pour cela que Jeanne d’Albret vient ici.
En 1572, Jeanne d'Albret se rendit elle-même à Paris pour négocier avec Catherine de Médicis, les termes du mariage de son fils Henri avec Marguerite de Valois. Ce mariage, auquel elle ne consentit qu'avec beaucoup de réticences, devait ramener la paix entre les partisans des deux partis religieux. Mais elle mourut le 9 juin 1572 quelques semaines avant sa célébration.
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Décès et Héritage
Jeanne d'Albret décéda à Paris le 9 juin 1572, quelques semaines avant le mariage de son fils. Sa mort soudaine suscita des rumeurs d'empoisonnement, mais les historiens penchent aujourd'hui pour une cause naturelle. Elle disparaît juste avant le mariage de son fils qu’elle a orchestré avec Catherine de Médicis. Jeanne a-t-elle été empoisonnée ? La mort soudaine et inexpliquée de la reine Jeanne suscite immédiatement des interrogations. En cette période troublée, les Huguenots pensent qu’elle ne peut être naturelle. Le poète protestant Agrippa d’Aubigné accuse carrément René Bianchi, le parfumeur italien de Catherine de Médicis, d’avoir, à la demande de celle-ci, donné des gants empoisonnés à la reine de Navarre. Les historiens dédouanent aujourd’hui la mère du roi de France.
Elle ne goûtera donc pas au somptueux buffet du mariage de son fils. Mais pour se consoler, La Rochelle lui a dédié l’une de ses rues !
Malgré sa mort prématurée, Jeanne d'Albret laissa une marque indélébile sur l'histoire de la France et de la Navarre. Elle fut une souveraine courageuse, une femme de conviction et une figure emblématique du protestantisme. Son engagement pour la réforme religieuse, son rôle dans l'éducation d'Henri IV et sa contribution à la réconciliation nationale font d'elle une figure majeure du XVIe siècle. Elle fut une princesse de France, une souveraine, héritière en son nom propre de la Navarre, une ardente réformée, une femme amoureuse et trahie, un caractère fort dans un corps qui l'était bien moins.
Jeanne d’Albret et La Rochelle
Jeanne d’Albret a donné son nom à une rue de La Rochelle, mais son destin était avant tout national. Elle est née en 1528, dans un royaume de France de plus en plus divisé entre les Catholiques et les protestants. Et surtout, elle est la nièce du roi de France, François Ier, mais aussi Reine de Navarre jusqu’à sa mort en 1572. Une femme de pouvoir donc, et dont le destin va être bouleversé à La Rochelle.
En 1560, elle se convertit définitivement au protestantisme. Et 8 ans plus tard, en 1568, elle prend même la tête du mouvement protestant et emmène son fils, Henri de Navarre, le futur Henri IV, âgé de 15 ans, à La Rochelle.
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Jeanne d’Albret va administrer La Rochelle dans tous les domaines, sauf le domaine militaire. Grâce à son statut, elle permet de faciliter la communication et les liens avec les princes étrangers alliés, dont le soutien est indispensable pour sa cause. Elle fonde aussi une académie à La Rochelle dans le but de former les futurs pasteurs, et en 1571, elle réunit les personnages importants du protestantisme dans la ville pour définir le nouveau texte doctrinal de la religion, un texte majeur qui a pris le nom de confession de foi “dite de La Rochelle”. On peut donc dire que Jeanne d’Albret a marqué au fer rouge l’histoire de la ville.
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