Introduction
L'étude des inventaires anciens offre un aperçu précieux de la vie quotidienne et des possessions des personnalités importantes du passé. Cet article se penche sur l'inventaire d'une chambre de gésine au Moyen Âge, en s'appuyant sur des exemples concrets et des recherches récentes pour éclairer cette pratique et son contexte.
Les Inventaires de Marguerite d'Autriche : Une Fenêtre sur le Passé
Deux inventaires des biens mobiliers de Marguerite d’Autriche, établis de son vivant, ont été conservés. Le premier, dressé le 17 juillet 1516, fait partie des collections des Archives départementales du Nord à Lille. Il a été rédigé peu après le retour en grâce de Marguerite auprès de Charles Quint, qui venait de lui confier la régence avant son départ pour l’Espagne où il allait être couronné roi de Castille et d’Aragon. Cet inventaire a une nature clairement financière. Marguerite avait probablement tenu à établir un bilan de ses ressources à la suite de l’émancipation de son neveu. La rédaction du second inventaire, conservé à Paris, a débuté le 9 juillet 1523 et s’est terminée le 17 avril 1524. Ce document présente un caractère nettement patrimonial, la duchesse ayant voulu s’assurer que ses biens mobiliers soient administrés de manière structurée.
Une herlezing van de inventarissen van de collecties van Margaretha van Oostenrijk toont aan dat de Maria met kind in een kerk, een werk van Jan van Eyck dat zich nu in de Gemäldegalerie in Berlijn bevindt, ooit deel uitmaakte van haar collectie.
L’inventaire de 1516 reprend trois mentions faisant référence au peintre Johannes :
- n° 14 : « Ung grant tableau qu’on appelle Hernoul-le-Fin avec sa femme dedens une chambre, qui fut donné à Madame par don Diégo, les armes duquel sont en la couverte dudit tableaul. Fait du painctre Johannes ». La critique s’accorde pour voir dans ce panneau le chef-d’œuvre de Jan van Eyck, le Couple Arnolfini, à la National Gallery de Londres. Il apparaît sous le n° 753 dans l’inventaire de 1524.
- n° 20 : « Ung moien tableau de la face d’une Portugaloise que Madame a eu de don Diégo. Fait de la main de Johannes, et est fait sans huelle et sur toille sans couverte ne feullet ». L’œuvre a disparu. Elle pourrait correspondre au n° 750 de l’inventaire de 1524 : « Item, ung aultre tableau de une jeusne dame accoustrée à la mode de Portugal, son habit rouge fouré de martre, tenant en sa main dextre ung rolet avec ung petit sainct Nicolas en hault, nommée la belle Portugaloise ».
Cette mention a fait l’objet d’une appréciation pour le moins confuse. La conclusion qui s’impose est que l’œuvre mentionnée en 1516 comme « fait de la main de Johannes » est bel et bien une création de Jan van Eyck, comme l’avait déjà avancé la critique avant la parution de l’article de Duverger. Devenue duchesse de Savoie, Marguerite commanda entre 1500 et 1504 une réinterprétation du volet droit où elle se substitua à Philippe le Bon en tant que donatrice. C’est le panneau qui est décrit dans son inventaire de 1524 en tant que « demy tableaul ». Il se vit adjoindre un demi-siècle plus tard une Vierge à l’Enfant, de façon à redonner au panneau isolé une signification iconographique. Il faut donc identifier le volet gauche du diptyque décrit dans les inventaires de 1516 et 1524 avec le panneau du musée de Berlin dont la paternité de Jan van Eyck est largement reconnue.
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La Chambre de Gésine : Un Espace Privilégié
Fin 1448, Marie attendait un heureux évènement et Philippe le Bon commanda à Giovanni Arnolfini, qui était plus connu à l’époque en tant que marchand d’objets de luxe que commanditaire d’œuvres d’art de premier plan, une chambre de gésine, c’est-à-dire un ensemble textile prestigieux, constitué des étoffes les plus précieuses, destiné à présenter à la cour l’accouchée et son enfant. Philippe le Bon devenait grand-père pour la première fois et, manifestement, il souhaitait marquer l’évènement.
Les chambres vertes de gésine essaiment de Bourgogne en Savoie et, suite logique, les apparats des baptêmes princiers.
Marie de Charny : Un Portrait Révélateur
L’inventaire de 1524 mentionne en détail un portrait de « Madame de Charny ». Il s’agit de Marie de Bourgogne, fille que Philippe le Bon eut hors mariage avec Nicole La Chastelaine, dite du Bosquiel. Marie - ou Marion - naquit vers 1426. Il n’est pas certain qu’elle fût plus âgée que son frère David, futur évêque de Thérouanne, puis d’Utrecht. Le duc tenait beaucoup à s’entourer de sa descendance, légitime ou non, et pour les illégitimes, le scénario consistait le plus souvent à s’assurer, avant qu’ils ne rejoignent la cour, de rester le temps nécessaire dans le giron maternel.
Marie est mentionnée dès 1438 dans l’entourage aulique : elle fait partie de l’hôtel de son demi-frère Charles, né en 1433, puis devient par la suite demoiselle d’honneur de Catherine de France que Charles le Téméraire épouse en 1440, alors qu’elle n’avait que douze ans. Catherine décède en 1446 et Marie s’unit l’année suivante avec Pierre de Bauffremont, seigneur de Charny. Le contrat de mariage est signé le 17 septembre et l’union est fêtée à Bruxelles le 12 novembre. Des joutes sont organisées à cette occasion, en présence de son père, de la duchesse et de leur héritier Charles.
Revenons à l’inventaire de 1524. Il fait écho à celui de 1516, où le panneau est décrit comme « fait d’une bien bonne main », et nous livre une description particulièrement précise du portrait de Marie : « Item, ung aultre petit tableau de la portraiture de Madame de Charny, le chief acoustré d'ung couvrechief à l'enticque, sa robbe noire fourée d'armignes, saincte d'une large couroie de damas rouge, ferré d'argent doré ».
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Existe-t-il encore un tableau du milieu du xve siècle qui réponde à cette description ? La réponse est positive : il s’agit du portrait de Rogier van der Weyden conservé à la National Gallery de Washington. Tous les éléments concordent : la personne représentée arbore à l’annulaire droit une bague. Elle est coiffée d’une manière qui était désuète aux yeux du rédacteur d’un inventaire dressé trois quarts de siècle plus tard. La robe est noire, la ceinture rouge montre un dessin caractéristique de damasserie. La boucle d’argent est mise en évidence. La fourrure d’hermine pourrait paraître problématique dans la mesure où elle ne semble pas visible sur les clichés disponibles, mais la description détaillée qu’Oliver Hand et que Martha Wolf nous donnent du portrait confirme qu’elle est bien présente sur le panneau de Washington, tant au niveau du col que des manches.
Le Contexte Bourguignon
Les cours existaient bien avant la Renaissance et le siècle de Louis XIV, et celles de la fin du Moyen Âge sont une des origines des pouvoirs de l’État moderne et, peut-être, les révélateurs des différences de nos nations d’Europe contemporaine.
Les cours ne sont pas des rassemblements informels mais des structures organisées, dont la perte des sources rend trop souvent les origines et les mutations difficiles à comprendre et peut fausser les comparaisons. Les « ordonnances de l’hôtel » (1241-1322) des souverains français capétiens des XIIIe et XIVe siècles semblent montrer que la cour et l’hôtel sont proches mais non confondus, tandis que les offices se précisent, voire tendent à une certaine hérédité et que de la cour royale à la cour d’un prince comme Robert II d’Artois la circulation des individus peut apparaître naturelle.
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