L'avortement chez les bovins, défini comme l'expulsion d'un fœtus ou d'un veau mort entre le 42e jour de gestation et jusqu'à 48 heures après le vêlage, représente un défi majeur pour les éleveurs. Outre les pertes économiques directes, il peut signaler la présence de maladies infectieuses dans le troupeau, certaines transmissibles à l'homme (zoonoses). Une gestion rapide et appropriée est donc cruciale pour limiter les risques et préserver la santé du troupeau.
Identification et Alerte : Quand s'Inquiéter ?
Un avortement isolé peut être dû à divers facteurs, y compris des traumatismes physiques. Cependant, si le nombre d'avortements dépasse deux ou trois pendant une campagne de vêlage, cela doit alerter l'éleveur sur la possibilité d'une maladie abortive. De plus, l'occurrence de deux avortements ou plus en moins de 30 jours est définie comme une série d'avortements et nécessite une attention immédiate.
Causes Principales d'Avortement Bovin
Hormis les traumatismes physiques, les avortements chez les vaches et génisses peuvent être liés à diverses causes, notamment :
- Maladies Bactériennes :
- Fièvre Q : Causée par la bactérie Coxiella burnetii, cette zoonose se transmet principalement par voie aérienne. Elle peut provoquer des avortements durant le dernier tiers de la gestation, des mises-bas prématurées, de la mortalité des jeunes par pneumonie, et parfois des problèmes d’infertilité et de métrites. L'excrétion de la bactérie est particulièrement importante autour de l'avortement, dans les produits de la parturition (avorton, délivrance) ou dans les sécrétions vaginales.
- Salmonellose : Les salmonelles engendrent généralement des diarrhées, parfois hémorragiques, chez le veau et l’adulte. Des avortements peuvent également survenir, en général dans la seconde moitié de la gestation. Lorsqu’ils sont dus à Salmonella Dublin, il n’y a en général pas d’autres symptômes associés dans le troupeau.
- Listériose : Les avortements dus à Listeria monocytogenes sont rares chez les bovins (moins de 1 %) généralement en fin de gestation, mais ils peuvent se produire en série et s’accompagner de cas de méningites et de mortalités dans le troupeau.
- Maladies Parasitaires :
- Néosporose : Neospora caninum, un parasite de la famille des coccidies transmis par les chiens, est une cause importante d'avortements, surtout durant le deuxième tiers de la gestation (entre le 4e et le 7e mois). La transmission se produit lorsque les chiens défèquent à proximité de l’alimentation des vaches ou lorsque les chiennes mangent des délivrances ou des avortons contaminés.
- Maladies Virales :
- BVD (Diarrhée Virale Bovine) : Souvent associée à des problèmes d’infertilité et digestifs, la BVD peut également causer des avortements. Les signes de la présence du virus BVD dans le troupeau sont très variés sans signe caractéristique, avec notamment des naissances de veaux faibles ou malformés (atrophie du cervelet ou des yeux, cataracte, déformation des membres).
Maladies Abortives de Deuxième Intention
Dans certains cas, une investigation plus approfondie peut être nécessaire pour identifier des maladies moins courantes, mais potentiellement responsables d'avortements. Parmi celles-ci, on retrouve :
- Chlamydiose Abortive : Les troubles de la reproduction sont attribuables à Chlamydia abortus et parfois Chlamydia pecorum et Chlamydia psittac. Ces signes ne sont pas spécifiques : rétentions placentaires, métrites, avortements et mises bas prématurées de veaux chétifs, infertilité et pathologies respiratoires chez la vache.
Conduite à Tenir Face à un Avortement
Face à un avortement, il est crucial de suivre un protocole rigoureux pour protéger la santé du troupeau et de l'éleveur :
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- Protection Personnelle : S’équiper de protections avant toute manipulation de l’animal ou des produits d’avortements (gants au minimum, masque conseillé).
- Isolement : Isoler la vache avortée du reste du troupeau pour éviter la contamination. La période autour de l’avortement d’origine infectieuse est un moment de forte excrétion de germes pathogènes, notamment dans les sécrétions génitales de l’animal avorté. Le box d’isolement doit être strictement différent du box de vêlage si possible. Isoler la mère durant deux semaines. Quelle que soit la cause de l’avortement, il est important d’isoler la vache avortée ou présentant des métrites ou des non délivrances durant une quinzaine de jours afin de favoriser la vidange de l’utérus et le retour en chaleur.
- Contact Vétérinaire : Contacter son vétérinaire sanitaire le plus vite possible pour déclarer l'avortement et effectuer un prélèvement sanguin pour rechercher la Brucellose. Tout avortement doit faire l’objet d’une déclaration et votre vétérinaire sanitaire doit réaliser un prélèvement sanguin sur lequel rechercher la Brucellose. Le déplacement du vétérinaire, le prélèvement ainsi que l’analyse brucellose sont pris en charge par l’État. Du fait de la prise en charge de cette visite, ce peut être l’occasion pour l’éleveur et le vétérinaire de rechercher d’autres maladies, notamment en cas d’avortements en série.
- Gestion des Produits d'Avortement : Après d’éventuels prélèvements par le vétérinaire, stocker les produits d’avortements dans un endroit à l’écart du reste du troupeau et des chiens. Leur stockage dans des bacs d’équarrissage ou des sacs en papier prévus à cet effet permet de les mettre à l’abri et ensuite de les éliminer via l’équarrissage. Les veaux morts, avortés et les délivrances sont des réservoirs à maladies : éliminez-les rapidement dans un bac d'équarrissage avant que d'autres animaux n'y touchent (bovins et chiens) et protégez-vous des zoonoses avec des gants.
- Analyses : En cas d’avortements successifs, les vétérinaires recommandent de faire des analyses sérologiques et par PCR du placenta ou de l’avorton. Des frais pris, en partie, en charge par les GDS. Pour les ovins-caprins, le diagnostic sera systématiquement entrepris pour la brucellose (femelles avortées), la fièvre Q, la chlamydiose, la toxoplasmose et la bactériologie salmonelles et listéria. Des analyses complémentaire de 2nde intention peuvent être demandées par le vétérinaire en fonction du contexte épidémiologique de l'élevage.
Prévention des Avortements Bovins
La prévention est essentielle pour minimiser les risques d'avortement. Elle repose sur plusieurs piliers :
- Hygiène : La prévention des maladies abortives passe par l’hygiène des locaux (désinfection des cases de vêlages et nurseries, abreuvoirs, murs, tubulaires, et vides sanitaires,…), de l’eau de boisson et des aliments qui doivent éviter d’être souillés par d’autres animaux (chiens, chats, volailles, oiseaux, rats,…). Le compostage peut être efficace pour désinfecter les litières contaminées par certaines bactéries, tout comme le traitement des lisiers à la cyanamide calcique.
- Vaccination : La lutte contre la fièvre Q combine des mesures médicales, vaccination des génisses notamment, et des mesures sanitaires complémentaires (isolement, hygiène, désinfection, etc.) Les vaccins actuels sont efficaces contre les différentes souches de virus BVD qui circulent en France. Ils évitent les problèmes cliniques dus à la maladie et limitent la circulation virale. La vaccination est possible contre les souches S. Typhimurium et S. Dublin et réduit les signes cliniques.
- Gestion des Déjections Canines : Empêcher les chiens d'accéder aux aliments du bétail et aux zones de vêlage pour prévenir la néosporose.
- Biosécurité : Contrôler les introductions d'animaux dans le troupeau et mettre en place des mesures de biosécurité pour limiter la propagation des maladies.
Zoonoses et Précautions Supplémentaires
Certaines maladies abortives sont transmissibles à l'homme (zoonoses). Il est donc impératif de prendre des précautions supplémentaires :
- Le lait d’une vache ayant avorté ne doit pas être consommé.
- Les femmes enceintes doivent éviter de s’approcher des animaux et des produits d'avortement, et plus généralement éviter d’être présentes lors des vêlages.
- Les éleveurs laitiers ayant diagnostiqué un cas d’avortement dû aux salmonelles doivent informer leur laiterie et retirer les lots de lait cru ou de fromages dans l’attente d’analyses complémentaires.
- En cas de chlamydiose, il peut être judicieux de séparer les bovins des ovins dans les élevages mixtes.
Rôle des Groupements de Défense Sanitaire (GDS)
Les GDS jouent un rôle essentiel dans la surveillance et la prévention des avortements bovins. Ils peuvent offrir un soutien financier pour les analyses diagnostiques, notamment pour la fièvre Q, et aider les éleveurs à mettre en place des plans de lutte adaptés. Le protocole de soin (antibiothérapie) et de diagnostic est à définir avec son vétérinaire ou le groupement de défense sanitaire (GDS). Les avortements des ruminants font l'objet d'une surveillance obligatoire et doivent être déclarés et prélevés (placenta et prise de sang de l’avorteuse).
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