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L'impact psychologique du droit à l'avortement : une analyse approfondie

L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est un sujet complexe qui suscite de nombreux débats éthiques, moraux et médicaux. Si l'on se concentre souvent sur les aspects légaux et les enjeux de santé publique, il est crucial de ne pas négliger l'impact psychologique de l'avortement, tant pour les femmes qui y recourent que pour leur entourage. Cet article explore les différentes facettes de cet impact, en s'appuyant sur des études, des témoignages et des analyses de professionnels de la santé.

Introduction : L'IVG, un acte aux multiples dimensions

L'IVG est un acte médical qui met fin à une grossesse. En France, elle est légale depuis la loi Veil de 1975 et peut être pratiquée jusqu'à 14 semaines de grossesse. Au-delà de cet aspect légal, l'IVG soulève des questions éthiques fondamentales : quel statut accorder à l'embryon ? Qui a le droit de décider de la vie ? Quels sont les droits du père ? Quelle est la liberté de conscience des personnels soignants ? Il est essentiel que les femmes qui envisagent un avortement soient informées de ces questions et puissent prendre leur décision en toute connaissance de cause.

Cet article aborde l’IVG sous l’angle de la santé publique, tout en reconnaissant que le problème est beaucoup plus vaste. Il est important qu’une femme envisageant l’avortement connaisse les différentes dimensions de cette décision. Les femmes qui ont choisi l’avortement, ou qui y ont consenti à cause de pressions parfois violentes, ont certes accepté un acte entraînant la mort d’un être humain, leur enfant. Cependant, le Docteur Pascale Pissochet nous met en garde contre un jugement simpliste sur cette décision et sur ces femmes.

Les conséquences physiques de l'IVG

Avant d'aborder les conséquences psychologiques, il est important de mentionner les risques physiques associés à l'IVG. Bien que l'avortement soit généralement une procédure sûre lorsqu'elle est pratiquée dans des conditions médicales adéquates, il existe des risques potentiels :

  • Le syndrome du cinquième jour : Il concerne uniquement l’IVG par aspiration et se caractérise par des douleurs, qui peuvent aussi être accompagnées de fièvre, de saignements et/ou de caillots.
  • Les risques infectieux : Infections à chlamydiae, endométrites post-abortum. Des études montrent que c’est le risque le plus fréquent : 1 à 5 % des cas. Cherline Louissaint pointe l’augmentation de ces risques selon le trimestre de grossesse.
  • Le risque de mortalité maternelle : Gènéthique fait remarquer que la plupart des gens considèrent comme évident que les pays ayant le plus grand taux de mortalité maternelle sont ceux où le droit à l’avortement est très restreint, car cela entraîne des avortements illégaux et dangereux. Pourtant, les statistiques montrent le contraire. À niveau de développement équivalent, les pays ayant le plus faible taux de mortalité maternelle sont ceux qui limitent le plus l’avortement. Le site donne plusieurs exemples, dont celui du Chili où une loi interdisant l’avortement a été votée en 1989 (l’avortement a été totalement interdit au Chili entre 1989 et 2017). Suite à cette loi, non seulement le taux de mortalité maternelle n’a pas augmenté, mais il a diminué de moitié ! Il est passé de 41,3 (avant 1989) à 22 décès sur 100 000 en 2013.

Il est crucial que les femmes soient pleinement informées de ces risques avant de prendre leur décision.

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Les conséquences psychosomatiques de l'IVG

De nombreuses femmes témoignent de troubles psychosomatiques à long terme après un avortement. Ces problèmes de santé sont réels : il ne faut pas confondre les problèmes de santé psychosomatiques avec l’hypocondrie, où la personne croit être malade sans l’être. Le Docteur Pascale Pissochet mentionne des témoignages de migraines, des troubles fonctionnels abdominaux, des douleurs abdominales, des troubles du sommeil et des troubles de la sexualité.

Pour exprimer le traumatisme de l’IVG, le Docteur Pissochet parle de « rupture du cheminement naturel maternel » : « Il s’agit du triste constat d’une chair meurtrie dans une maternité qui n’intègre plus dans son corps le petit corps qui habitait ses entrailles. Oui, une chair qui finit par souffrir, non seulement du geste traumatique de l’avortement, mais aussi du vide abyssal laissé par le départ de son enfant. » C’est parfois des années après l’acte que des femmes se retrouvent totalement effondrées psychologiquement.

L'impact psychologique : un deuil complexe

L'avortement peut être vécu comme la perte d'un enfant et entraîner un processus de deuil. Philippe de Cathelineau souligne que ce deuil est souvent rendu plus difficile par la négation de la réalité de la perte par l'entourage. Le corps du fœtus a été éliminé, et la mère n'a souvent pas eu l'occasion de le voir.

Les troubles psychiques les plus fréquents

Les femmes ayant avorté présentent un risque accru de :

  • Être hospitalisées en psychiatrie dans les trois mois suivant l’accouchement ou l’avortement (risque de 53 % plus élevé).
  • Dépression (risque de 37 % plus élevé, voire 65 % selon certaines études).
  • Auto-mutilation (risque de 70 % plus élevé en l'absence d'antécédents psychiatriques).
  • Suicide (risque de 155 % plus élevé).

Elles sont également plus souvent sujettes à la tristesse, aux pleurs, aux peurs irraisonnées, aux attaques de panique et aux changements brusques d'état émotionnel. Elles peuvent avoir des difficultés à exprimer leurs émotions. Sans intervention thérapeutique, ces troubles peuvent évoluer vers un état de stress post-traumatique.

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L'apparition tardive des troubles

Les troubles psychiques liés à l'avortement ne se manifestent pas toujours immédiatement. Ils peuvent apparaître des années après l'acte et évoluer vers l'indifférence, la dépression ou une hypersensibilité au monde extérieur. L'avortement peut entraîner à long terme des sentiments de vide, de solitude et d'exclusion.

La culpabilité et le remords

Certaines femmes ont conscience de faire du mal au moment de l'acte, tandis que d'autres réalisent la portée de leur décision plus tard. Dans les deux cas, elles peuvent éprouver des sentiments de honte, de remords, de culpabilité, voire des idées noires. Le souvenir de l'IVG peut les saisir et les faire profondément souffrir, surtout si elles ont vécu plusieurs avortements.

L'addiction comme mécanisme de défense

Pour faire face à leurs souffrances psychiques et à leurs remords, certaines femmes tombent dans l'addiction à des substances anxiolytiques : médicaments, tabac, alcool, drogues. Une étude canadienne confirme que les risques de dépendance à la drogue et à l’alcool sont plus élevés respectivement de 142 % et de 287 % pour les femmes ayant avorté que pour celles ayant mené leur grossesse à terme.

Malheureusement, il existe aussi une forme d'addiction à l'avortement. La souffrance même vécue dans cet acte peut conduire certaines femmes à le reproduire, comme pour essayer de changer ce qu'elles ont vécu, ou pour se donner la preuve que ce n'est pas un acte grave. Certaines sont comme écartelées entre leur désir de maternité et leur sentiment qu'il est impossible de vivre celle-ci. Cette répétition compulsive de l’avortement concernerait 45 % des avortements. Les conséquences psychiques et physiques d’une multiplication des avortements peuvent être très graves.

Les répercussions sur la maternité et la relation avec les enfants

La naissance d'un enfant ne compense pas un avortement passé. Si la mère vit une dépression ou d'autres troubles psychiatriques suite à son avortement, cet état peut avoir des conséquences sur la relation avec ses enfants, nuire à l'attachement à un nouveau bébé et conduire parfois à de la maltraitance. La maltraitance commise par une mère ayant avorté peut s'accompagner de paroles destructrices, comme : « C'est toi que j'aurais dû avorter ! ».

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Autre risque pour les enfants dont un membre de la fratrie a été avorté : peut-être que leurs parents ont avorté parce qu'ils croient en l'idéologie de l'enfant désiré, l'enfant qui répond à mon projet, et non l'enfant que j'accueille parce qu'il existe, parce qu'il est lui-même. Le risque, pour les enfants qui survivent à la planification, est qu'ils ne correspondent pas non plus à ce que leurs parents avaient désiré et planifié.

Les conséquences sur la vie de couple

Il n'est pas étonnant que les blessures psychiques des femmes ayant avorté aient des répercussions sur leur vie de couple et leurs relations avec leur conjoint, le père de l'enfant avorté ou un autre. En effet, ce sont des relations avec un homme qui sont à l'origine de l'évènement traumatisant. On peut supposer que les conséquences relationnelles varient selon que l'homme avec qui la femme est en couple est le père de l'enfant avorté ou non. Suite à leur avortement, certaines femmes peuvent ressentir de la haine envers leur conjoint, un dégoût de la sexualité, voire un rejet envers tous les hommes. Des dysfonctionnement sexuels se produisent chez 31 % des femmes ayant avorté et chez 18 % de leurs conjoints.

L'impact sur les hommes

L'avortement n'affecte pas seulement les femmes. Certains hommes sont indifférents à l'avortement de leur compagne, tandis que d'autres ont fait pression sur elle pour qu'elle avorte. L'avortement est souvent décidé d'un commun accord, parce que les deux parents pensent que leur situation ne leur permet pas d'accueillir l'enfant. Parfois aussi, la femme avorte à l'insu du père, qui ne sait pas toujours qu'elle a été enceinte.

Le Docteur Pissochet mentionne une étude comparative entre hommes et femmes, qui montre que, si les femmes sont 56,9 % à vivre une détresse psychologique après un avortement, les hommes sont tout de même 40,7 %.

Un témoignage poignant illustre cet impact : un homme anglais a raconté comment sa compagne avait avorté sans le lui dire et lui avait montré l'embryon expulsé dans les toilettes. Cette vision a été un traumatisme terrible pour lui, le plongeant dans une profonde dépression et le conduisant à chercher l'oubli dans la prostitution.

L'impact sur les frères et sœurs

Les frères et sœurs d'enfants avortés sont confrontés à la souffrance portée par leur mère et peut-être par leur père. Quand ils apprennent l'existence de cet avortement, ils sont confrontés au choc du fait que l'un des membres de la fratrie a été éliminé par les parents. L'une des questions qui peut les perturber est : « Et si ça avait été moi ? », et donc « Est-ce que maman s'est posé la question pour moi ? ».

Le syndrome du survivant que peuvent vivre les frères et sœurs d'enfants avortés entraîne parfois des troubles psychologiques profonds :

  • La culpabilité existentielle : la personne pense que c'est elle qui aurait dû mourir.
  • L'angoisse existentielle : « Je veux vivre mais il va forcément m'arriver quelque chose, puisque je suis coupable d'être vivant à la place de mon frère ou de ma sœur.
  • L'attachement anxieux et l'ambivalence affective : des doutes concernent d'abord l'amour des parents, par qui l'enfant se sent aimé, tout en pensant qu'ils sont capables de le tuer.
  • La peur de la vérité : elle résulte des non-dits concernant l'avortement.
  • La culpabilité ontologique : la personne pense n'avoir pas de valeur, et elle renonce à développer ses talents.
  • La violence : la révolte entraîne d'abord une agressivité envers les parents, qui va parfois jusqu'au meurtre.
  • Le dédoublement de personnalité : il existe surtout pour les enfants qui ont été mis au monde pour remplacer l'enfant avorté.
  • La perte du sens moral : la perte du respect d'autrui et de soi-même.
  • La tendance à avorter à son tour.
  • Le refus de Dieu.

L'importance de l'accompagnement et de la guérison

Toutes ces souffrances ne sont pas une fatalité. L'aide d'une thérapie peut aboutir à de vraies résurrections. Bien sûr, rien ne pourra faire que l'enfant avorté n'ait pas été avorté. Mais Dieu nous demande de ne pas rester figés dans le mal qui a été fait. L’Église sait combien de conditionnements ont pu peser sur votre décision, et elle ne doute pas que, dans bien des cas, cette décision a été douloureuse, et même dramatique. En réalité, ce qui s’est produit a été et demeure profondément injuste. Mais ne vous laissez pas aller au découragement et ne renoncez pas à l’espérance. C’est à ce même Père et à sa miséricorde qu’avec espérance vous pouvez confier votre enfant.

Les idées reçues sur l'IVG et la santé mentale

Il est important de déconstruire certaines idées reçues concernant l'IVG et la santé mentale :

  • L'idée d'un syndrome post-abortif n'existe pas : Les grandes revues médicales sont formelles sur ce point. Cependant, il est indéniable que certaines femmes peuvent ressentir de la tristesse ou des difficultés psychologiques après un avortement, et un accompagnement professionnel est alors important.
  • L'IVG n'est pas forcément un drame : Les femmes ne racontent pas toutes leur geste comme un drame et ses conséquences comme un trauma. Les raisons de leur chagrin peuvent être multiples : absence du compagnon, rupture amoureuse, complications matérielles, culpabilisation par l'entourage…
  • L'IVG ne rend pas stérile et ne provoque pas de dérèglement hormonal : Lorsqu'elle est pratiquée dans de bonnes conditions médicales, l'IVG n'a pas d'impact sur la fertilité et le cycle hormonal revient à la normale après quelques semaines.
  • L'IVG n'est pas utilisée seulement par les femmes qui n'ont pas de moyen de contraception : Au contraire, dans la majorité des cas, les femmes qui ont recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception qui n'a pas fonctionné.

Les ressources disponibles

Il existe de nombreuses ressources pour les femmes qui envisagent un avortement ou qui ont des difficultés psychologiques après un avortement :

  • Le Planning familial : Ce réseau de plus de 80 associations informe et oriente sur les questions liées à la sexualité, la contraception, l'avortement, la prévention des violences sexistes et sexuelles et la promotion de l'égalité de genre.
  • Les consultations psycho-sociales : Elles sont proposées (et obligatoires pour les mineures) avant et après l'IVG.
  • Les associations de soutien : Elles peuvent apporter un soutien important aux femmes qui ont vécu un avortement.
  • Les professionnels de la santé mentale : Un accompagnement psychologique par un professionnel peut être mis en place à plus long terme.

L'IVG dans le monde : un droit menacé

Si l'IVG est légale en France, ce n'est pas le cas partout dans le monde. Aux États-Unis, l'annulation de l'arrêt Roe vs Wade par la Cour suprême en 2022 a remis en question le droit à l'avortement dans de nombreux États. En Hongrie, les femmes souhaitant avoir recours à une IVG doivent désormais écouter les battements de cœur du fœtus. L'Italie pourrait être le prochain pays à limiter ou interdire ce droit fondamental.

Ces évolutions juridiques doivent nous alerter sur les menaces qui pèsent sur le droit à l'avortement et sur la nécessité de le défendre. Interdire l'IVG n'empêche pas les femmes d'avorter, mais les place dans l'illégalité et les conduit à la clandestinité, avec des conséquences désastreuses pour leur santé physique et mentale.

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