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Don d'ovocytes : Enjeux éthiques, techniques et perspectives d'avenir

Le don d'ovocytes, une procédure qui permet à des couples infertiles de concevoir un enfant grâce aux ovocytes d'une donneuse, soulève des questions éthiques et sociétales importantes. En France, ce don est encadré par des lois de bioéthique strictes, qui garantissent son anonymat et sa gratuité. Cependant, ces principes sont régulièrement remis en question, notamment en raison de la pénurie de dons et des longs délais d'attente. Cet article explore les différents aspects du don d'ovocytes, en mettant en lumière les enjeux éthiques, les aspects techniques, la situation en France et à l'étranger, ainsi que les perspectives d'évolution de cette pratique.

Qu'est-ce qu'un ovocyte ?

Un ovocyte, plus communément appelé ovule, est la cellule reproductrice féminine contenue dans l'ovaire. Dès la naissance, chaque ovaire contient plusieurs milliers d'ovocytes. À partir de la puberté, chaque mois, une dizaine d'ovocytes se développent, mais un seul parvient à l'ovulation et peut être fécondé par un spermatozoïde. Les autres disparaissent naturellement, ce qui explique la diminution du nombre d'ovocytes au fil des ans.

Le don d'ovocytes : un espoir pour les couples infertiles

Le don d'ovocytes offre une solution aux couples dont l'infertilité est due à une insuffisance ovarienne, voire à une absence d'ovaires. Il permet à ces couples de bénéficier du transfert d'un ou deux embryons conçus in vitro à partir des ovocytes d'une donneuse, fécondés par les spermatozoïdes du conjoint.

En France, le don d'ovocytes est légalisé depuis juillet 1994. Les femmes qui ont recours au don sont majoritairement âgées de 42 à 45 ans et ont un utérus susceptible d'accueillir une grossesse.

Critères de sélection des donneuses

La "donneuse" doit répondre à des critères précis :

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  • Être une femme de moins de 38 ans ayant un conjoint et au moins un enfant, et vivant avec le conjoint actuel.
  • Présenter un état de santé physique et psychologique sain, ainsi que des antécédents familiaux sans problème.
  • Ses différents caractères physiques (ethnie, couleur des cheveux, des yeux, rapport poids/taille…) sont relevés afin d’établir l’appariement le plus harmonieux possible avec la receveuse.
  • Faire preuve d'une certaine "bonté", car ce don est gratuit.

Le processus du don d'ovocytes

Le processus du don d'ovocytes se déroule en plusieurs étapes :

  1. Traitement médical de la donneuse : La donneuse doit subir une stimulation ovarienne accompagnée d'un suivi médical régulier. Cette stimulation dure environ 10 à 12 jours et permet d'aboutir à la maturation de plusieurs ovocytes. Elle est généralement réalisée par la donneuse elle-même ou par une infirmière grâce à des injections sous-cutanées quotidiennes. Le plus souvent, cette phase de stimulation est précédée d’une ou plusieurs injections pour mettre les ovaires au repos. Pendant la période de stimulation, 3 à 4 prises de sang et/ou échographies ovariennes permettent d’évaluer la bonne réponse au traitement. La stimulation est ainsi adaptée au fur et à mesure. Cette surveillance permet également de fixer le jour et l’heure de la dernière injection qui achève la maturation des ovocytes.
  2. Prélèvement des ovocytes : Une fois les follicules matures, la donneuse est hospitalisée durant quelques heures afin que ses ovocytes soient prélevés. C'est la dernière étape du don. Il a lieu au cours d’une hospitalisation d’un jour, 35 à 36 heures après la dernière injection. Il s’effectue par voie vaginale sous contrôle échographique et sous analgésie ou anesthésie. La donneuse peut ensuite quitter l’hôpital, à condition d’être accompagnée. Après le prélèvement, les ovocytes sont généralement vitrifiés (congélation ultra-rapide) ou utilisés immédiatement pour fécondation in vitro.
  3. Préparation de la receveuse : Afin d'être en mesure de recevoir l'œuf fécondé, la receveuse subit un traitement à base d'œstradiol et de progestérone permettant d'obtenir un endomètre favorable à la nidation de l'embryon. Cette procédure s'étale sur plusieurs jours et est accompagnée d'une surveillance échographique afin de s'assurer de son efficacité.

Les enjeux éthiques du don d'ovocytes

Le don d'ovocytes soulève des questions éthiques complexes, notamment en ce qui concerne l'anonymat, la gratuité et l'accès aux origines.

L'anonymat : un principe remis en question

En France, le don d'ovocytes était traditionnellement anonyme, afin de protéger les donneuses et les receveuses. Cependant, ce principe est de plus en plus remis en question, notamment par les personnes nées d'un don, qui souhaitent connaître leurs origines.

Depuis la loi de bioéthique du 2 août 2021, le principe de l’accès aux origines est appliqué : la personne née d’un don peut demander à sa majorité les données non identifiantes, voire l’identité de la donneuse, si celle-ci a consenti à cette communication au moment du don. Ce droit ne concerne que l’enfant devenu majeur : ni le couple receveur ni la femme receveuse ne peuvent demander ces informations. Lorsqu’une personne majeure née d’un don de gamètes souhaite connaître des informations sur le donneur, elle s’adresse à la Commission d’accès aux données non identifiantes et à l’identité du tiers donneur. Le donneur n’est pas présent dans le registre ou n’a pas consenti à la divulgation de son identité (cas des dons antérieurs à la loi de 2021) : la commission essaie de reprendre contact avec le donneur pour recueillir son accord.

Dans plusieurs pays nordiques, les donneurs de sperme ne sont plus anonymes. Pourquoi ne pourrait-il pas en être de même pour le don d'ovocytes ?

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La gratuité : un frein au don ?

En France, le don d'ovocytes est gratuit, en accord avec le principe de non-patrimonialité du corps humain. Cette gratuité est perçue par certains comme un frein au don, car elle ne reconnaît pas la contrainte et la pénibilité du processus pour les donneuses.

Le professeur René Frydman, pionnier de la fécondation in vitro en France, estime que le moment est venu de réexaminer la pratique du don d'ovocytes en fonction de ses contraintes et de sa pénibilité. Il propose un dédommagement solidaire de cet acte de générosité, calculé de telle sorte qu'il ne devienne pas un objet de lucre. Une gestion de cette compensation financière par un organisme public, tel que l'Agence de biomédecine ou la Sécurité sociale, éviterait que l'équipe médicale et les patientes receveuses soient impliquées dans le dispositif de dédommagement.

Nous sommes les seuls en Europe à défendre de manière aussi farouche cette position de la gratuité absolue, une position qui a pour conséquence une très faible pratique du don.

L'accès aux origines : un droit fondamental

L'accès aux origines est un droit fondamental pour les personnes nées d'un don. Il leur permet de connaître leur histoire et de construire leur identité. La loi de bioéthique du 2 août 2021 a reconnu ce droit en France, en permettant aux personnes nées d'un don d'accéder à des informations non identifiantes sur la donneuse, voire à son identité si elle y a consenti.

La situation du don d'ovocytes en France

En France, le don d'ovocytes est confronté à une pénurie chronique, qui entraîne de longs délais d'attente pour les couples receveurs. En 2004, seulement 288 transferts d'embryons dans le cadre de dons d'ovocytes ont été réalisés, aboutissant à 48 accouchements sur l'ensemble du territoire.

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Plusieurs facteurs expliquent cette pénurie :

  • Le manque d'information et de sensibilisation sur le don d'ovocytes.
  • Les contraintes et la pénibilité du processus pour les donneuses.
  • Le principe de gratuité, qui ne reconnaît pas l'investissement des donneuses.
  • Le nombre limité de centres d'étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos) en France (19 actuellement).

Les perspectives d'amélioration

Pour améliorer la situation du don d'ovocytes en France, plusieurs pistes peuvent être envisagées :

  • Sensibiliser et informer le public : L'Agence de la biomédecine a lancé des campagnes de communication pour recruter de nouveaux donneurs et donneuses. Cependant, le professeur Frydman estime que ces campagnes nationales sont insuffisantes et qu'il faudrait développer des actions de proximité, en impliquant notamment les centres privés. Il faut créer des sages-femmes ou des psychologues qui sont dédiés, qui tournent centre par centre et qui sont là tel jour de la semaine pour répondre aux questions autour du don.
  • Améliorer l'accompagnement des donneuses : Il est essentiel d'offrir un accompagnement personnalisé et de qualité aux donneuses, en leur fournissant des informations claires et complètes sur le processus, en les soutenant psychologiquement et en reconnaissant leur engagement. Donner ses gamètes est tellement intime, ce n'est pas un simple don de sang. Il faut donc de l'humain, faire un effort qualitatif dans l'accompagnement de cette démarche très généreuse.
  • Revoir le principe de gratuité : Le professeur Frydman propose un dédommagement solidaire des donneuses, afin de reconnaître leur investissement et de les inciter à donner.
  • Augmenter le nombre de Cecos : Il est nécessaire d'augmenter le nombre de centres procédant au recueil de dons, afin de faciliter l'accès au don pour les donneurs et les receveurs.

La situation à l'étranger

Dans de nombreux pays européens, le don d'ovocytes est rémunéré, ce qui permet d'attirer davantage de donneuses et de réduire les délais d'attente. De très nombreuses femmes vont à l'étranger, notamment en Espagne ou en Belgique, pour bénéficier d'un don d'ovocytes à partir de donneuses rémunérées autour de 900 euros, ce qui assure une offre notable.

Cependant, il est important de veiller à ce que cette rémunération ne conduise pas à une commercialisation du corps humain et à une exploitation des femmes. Sans tomber dans la position ultralibérale, qui fleurit à Chypre et dans certains pays de l'Est, où l'on peut voir se développer une forme de commerce du corps humain sur catalogue, nous devons sortir du sacro-saint principe de la gratuité du don d'ovocytes.

Les perspectives d'avenir

La médecine de la reproduction est en constante évolution, et de nouvelles techniques permettent d'améliorer les chances de succès du don d'ovocytes. Le professeur Frydman estime que le plus important est de mieux comprendre le fonctionnement de l'ovaire, afin de mieux maîtriser la qualité des ovocytes et d'améliorer les taux de fécondation et d'implantation.

Il faut comprendre ce fameux potentiel de développement : pourquoi un ovocyte va se développer et un autre non ? De même pour un embryon.

Il est également important de poursuivre la réflexion sur les enjeux éthiques du don d'ovocytes, afin de garantir le respect des droits et de la dignité de toutes les personnes concernées.

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