L'expérience de Mel met en lumière une problématique complexe et délicate : la prise en charge des femmes en surpoids ou obèses dans le cadre de la procréation médicalement assistée (PMA). Son témoignage soulève des questions essentielles sur la grossophobie médicale, la légitimité des critères de sélection en FIV, et l'impact psychologique de ces discriminations.
Le Parcours de Mel : Espoir, Douleur et Discrimination
Mel, une femme de 33 ans, et son mari essaient d'avoir un enfant depuis 2017. Leur parcours, comme celui de nombreux couples confrontés à l'infertilité, a été jalonné d'épreuves : dépression, crises de larmes, et une grossesse extra-utérine en 2018 qui a entraîné la perte d'une trompe et de son bébé.
Après des mois d'examens, le couple se prépare enfin à entamer une première tentative de FIV. Cependant, la pandémie de Covid-19 vient interrompre brutalement leur projet. Lorsque les procédures reprennent, Mel est confrontée à une nouvelle épreuve : son médecin l'informe qu'en raison de son IMC (Indice de Masse Corporelle) trop élevé, elle devra attendre le mois de septembre, les femmes en "bonne santé" étant prioritaires.
"Et Ben, Il Va Falloir Maigrir !" : La Grossophobie Médicale en Question
Dès le premier rendez-vous avec sa gynécologue, Mel est confrontée à un discours culpabilisant et stigmatisant. La première question posée par le médecin est sans détour : "Vous pesez combien ?". Face à la réponse de Mel (100 kg pour 1.73m), le verdict tombe : "Et ben il va falloir maigrir !".
Bien que Mel soit consciente de son surpoids, elle se sent blessée et humiliée par cette injonction abrupte. Elle a été au régime toute sa vie, mais les épreuves qu'elle a traversées l'ont épuisée et découragée. Elle se demande si cette attitude relève de la grossophobie, une discrimination basée sur le poids.
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"Bonne Santé" : Un Prétexte Pour Exclure les Grosses ?
La décision du médecin de reporter la FIV de Mel au profit des femmes en "bonne santé" suscite l'incompréhension et la colère. Sa sœur, filiforme et mère de deux enfants, s'indigne de cette discrimination. Elle estime que le prétexte d'être "cash" n'autorise pas à traiter les patientes comme des sous-êtres humains, et que la notion de "bonne santé" est instrumentalisée pour exclure les personnes obèses.
Mel se demande si elle a pris l'habitude de se laisser marcher dessus, et si le fait de changer de médecin serait une solution pour être mieux prise en compte.
Surpoids et Fertilité : Réalités Médicales et Discriminations
Il est vrai que médicalement, les femmes en surpoids ou obèses peuvent rencontrer davantage de difficultés à concevoir un enfant. L'obésité peut entraîner des troubles hormonaux, des cycles irréguliers, une diminution de la qualité ovocytaire, et un risque accru de complications pendant la grossesse.
Cependant, il est important de souligner que de nombreuses femmes en surpoids ou obèses parviennent à concevoir et à mener à terme des grossesses sans complications. De plus, les critères de sélection en FIV doivent être justifiés par des données scientifiques solides et ne pas reposer sur des préjugés ou des discriminations.
Les Critères de Priorisation en PMA : Entre Légalité et Éthique
La loi française encadre strictement les conditions d'accès à la PMA. L'article L2141-2 du Code de la santé publique dispose que l'assistance médicale à la procréation est réservée aux couples hétérosexuels, mariés ou justifiant d'une vie commune d'au moins deux ans, en âge de procréer, et dont l'infertilité a été médicalement diagnostiquée.
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La loi ne mentionne pas explicitement le poids comme critère d'exclusion ou de priorisation en PMA. Cependant, les centres de PMA peuvent fixer des critères médicaux spécifiques, à condition qu'ils soient justifiés par des données scientifiques et qu'ils ne soient pas discriminatoires.
La question de la priorisation des patientes en fonction de leur poids est donc complexe et soulève des questions éthiques importantes. Il est essentiel de garantir un accès équitable à la PMA pour toutes les femmes, tout en tenant compte des risques médicaux spécifiques liés à l'obésité.
L'Impact Psychologique de la Grossophobie Médicale
Le témoignage de Mel met en lumière l'impact psychologique dévastateur de la grossophobie médicale. Les remarques désobligeantes et les discriminations subies par les patientes en surpoids ou obèses peuvent entraîner une perte de confiance en soi, un sentiment de honte, de culpabilité, et une détresse émotionnelle importante.
Il est essentiel que les professionnels de santé soient sensibilisés à ces problématiques et adoptent une approche bienveillante et respectueuse envers toutes les patientes, quelle que soit leur morphologie.
Changer de Médecin : Une Solution ?
Mel se demande si le fait de changer de médecin serait une solution pour être mieux prise en compte. Il est vrai que la relation de confiance entre le médecin et la patiente est essentielle pour un suivi médical optimal. Si Mel se sent mal à l'aise ou discriminée par son médecin actuel, il peut être judicieux de consulter un autre professionnel de santé.
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Il est important de choisir un médecin qui soit à l'écoute, respectueux, et qui prenne en compte les spécificités de chaque patiente.
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