Introduction
L'Amérique latine, une région marquée par de profondes inégalités, voit une situation déjà précaire s'aggraver avec la pandémie. Parmi les 118 millions de femmes vivant dans la pauvreté dans la région, les défis sont exacerbés par le fardeau disproportionné du travail de soins non rémunéré qu'elles assument. Au Guatemala, comme ailleurs, cette réalité se traduit par des violences sexistes persistantes et un accès limité aux droits reproductifs, notamment à l'avortement.
L'Inégalité de Genre et le Fardeau du Travail de Soins
L'asymétrie dans la sphère domestique est un facteur majeur de l'inégalité entre les sexes en Amérique latine. Les femmes consacrent trois fois plus de temps aux soins des enfants, des personnes handicapées ou âgées, ainsi qu'aux tâches ménagères. Au Mexique, moins de la moitié des femmes ont un emploi rémunéré, et le travail de soins non rémunéré représente une part significative du produit intérieur brut national, principalement effectué par les femmes.
La pandémie a accentué ce fardeau, avec les fermetures d'écoles obligeant des millions d'enfants à rester à la maison toute la journée. Les femmes sont alors moins susceptibles de participer pleinement au marché du travail, se contentant d'emplois précaires et à bas salaires qui leur permettent de continuer à assumer leurs responsabilités de soins.
Violences Sexistes : Un Continuum Alarmant
La violence sexiste est un fléau social qui nécessite des politiques préventives effectives pour être éradiqué. Ana Leticia Aguilar, sociologue guatémaltèque, souligne que le féminicide est l'ultime degré d'un continuum de différentes manifestations de violences contre les femmes, tant en public que dans le privé.
En l'absence de statistiques officielles complètes, l'Observatoire des Féminicides d'Argentine a calculé qu'une femme est assassinée par violence sexiste toutes les 35 heures en moyenne. Les jeunes filles, voire les fillettes, sont également victimes de violences sexistes.
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Au Guatemala, le cas est particulièrement grave : selon les données officielles, un nombre alarmant de femmes ont été assassinées en raison de leur genre. Ces chiffres révèlent une réalité préoccupante où la violence envers les femmes est banalisée et considérée comme naturelle.
Le Féminicide : Un Crime du Pouvoir Patriarcal au Guatemala
Au Guatemala, la violence patriarcale envers les femmes est un problème grave et malheureusement banalisé. Le féminicide est l'expression maximale de cette violence, résultant de la discrimination et du mépris des hommes envers les femmes en raison de leur genre.
Les idées de supériorité masculine et d'infériorité féminine, ancrées dans la société patriarcale, conduisent à un contrôle de la vie, du corps et de la sexualité des femmes. Les hommes considèrent souvent les femmes comme leur « propriété exclusive », et toute tentative d'échapper à ce contrôle est perçue comme un affront.
Avortement : Un Droit Contesté
L'accès à l'avortement est un enjeu majeur pour les droits reproductifs des femmes. Aux États-Unis, la Cour suprême a examiné une affaire qui pourrait renverser l'arrêt Roe v Wade, qui a établi le droit à l'avortement dans le pays. Les défenseurs des droits reproductifs craignent que de nombreux États américains interdisent l'avortement si cet arrêt est annulé.
Au Costa Rica, la contraception d'urgence est désormais disponible gratuitement, tandis qu'au Royaume-Uni, des réductions de financement au Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) menacent l'accès aux contraceptifs.
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À Malte, une députée a déposé un projet de loi visant à dépénaliser l'avortement, le seul pays de l'UE à interdire la procédure en toutes circonstances.
Éducation Sexuelle : Un Pilier Essentiel
L'éducation sexuelle est un outil essentiel pour promouvoir les droits reproductifs et prévenir les grossesses précoces. Au Guatemala, les chiffres de l'Institut Guttmacher montrent l'urgence d'introduire l'éducation sexuelle dans les écoles, le pays se classant parmi les plus hauts en Amérique Centrale pour les grossesses d'adolescentes.
En 2005, une loi de planification familiale avait été approuvée, obligeant les hôpitaux et les centres de santé à délivrer des contraceptifs gratuitement et les écoles à dispenser l'éducation sexuelle. Cependant, ce processus a été paralysé en 2012.
Le Collectif pour la Défense des Droits de la Femme au Guatemala (CODEFEM) organise des ateliers de genre destinés aux hommes, dans un effort pour éradiquer le machisme et éviter l'isolement des femmes qui participent aux campagnes en faveur des droits reproductifs.
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