L'interruption volontaire de grossesse (IVG), qu'elle soit médicamenteuse ou instrumentale, est une procédure médicale encadrée qui permet à une femme d'interrompre une grossesse non désirée. Bien que l'IVG soit une intervention sûre lorsqu'elle est pratiquée dans des conditions médicales appropriées, il est essentiel de comprendre les effets secondaires et les complications potentielles qui peuvent survenir, notamment les saignements. Cet article vise à informer sur les saignements après une IVG, en abordant les causes, la durée, les complications possibles et la conduite à tenir.
IVG médicamenteuse : déroulement et saignements attendus
L’IVG médicamenteuse est une méthode d’avortement qui peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Elle consiste à provoquer une fausse couche en prenant deux médicaments différents : la mifépristone (MYFEGINE) et le misoprostol (GYMISO). La mifépristone interrompt le développement de la grossesse, tandis que le misoprostol provoque l’expulsion de la grossesse. L’IVG médicamenteuse est pratiquée par un ou une médecin ou sage-femme d’un cabinet de ville, d’un centre de santé, ou d’un centre de planification ayant signé une convention avec un établissement de santé.
Les saignements sont un effet secondaire normal et attendu de l'IVG médicamenteuse. Ils surviennent généralement entre 30 minutes et 3 jours après la prise de misoprostol, le deuxième médicament. Dans la majorité des cas, ils se manifestent dans les 2 à 4 heures suivant la prise du misoprostol. Cependant, dans environ 5 % des cas, les saignements peuvent commencer dès la prise de la mifépristone. Il est donc conseillé de prévoir des protections menstruelles dès ce moment.
La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer. Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements.
Il est important de noter que les saignements ne sont pas la preuve de l’expulsion complète de la grossesse ; il est donc indispensable de réaliser une visite de suivi deux à trois semaines après l’IVG pour s’assurer que la grossesse est bien interrompue. Les saignements peuvent persister jusqu’à 30 jours après la prise du premier médicament.
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S’il n’y a pas de saignement à 24h, il faut contacter le ou la médecin ou sage-femme pour avoir une appréciation de la situation. Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre.
Intensité et durée des saignements
L'intensité et la durée des saignements varient d'une femme à l'autre. En général, les saignements sont plus abondants que les règles habituelles et peuvent contenir des caillots sanguins. Cette abondance est liée à l'expulsion de la muqueuse utérine. La durée des saignements peut varier de quelques jours à plusieurs semaines. Il est normal que les saignements diminuent progressivement en intensité avec le temps.
Pendant les jours qui suivent l’intervention, vous pouvez souffrir de maux de dos, de contractions et de saignements, comparables à ceux d’une menstruation normale. Souvent, les saignements les plus importants n’apparaissent que 4 à 7 jours après l’intervention et peuvent durer plus longtemps qu’une menstruation. Les saignements se terminent souvent par un écoulement brunâtre. Ils peuvent également être constitués de caillots. Les saignements peuvent disparaître un certain temps, puis reprendre, cela varie d’une femme à l’autre.
Complications potentielles et signes d'alerte
Bien que les saignements soient normaux après une IVG, certaines complications peuvent survenir. Il est crucial de connaître les signes d'alerte qui nécessitent une consultation médicale immédiate :
- Hémorragie : Pertes très abondantes de sang, nécessitant de changer de serviette hygiénique toutes les 30 minutes (serviette taille maxi) pendant plus de deux heures de suite.
- Fièvre : Température supérieure à 38 °C qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol.
- Douleurs abdominales intenses : Douleurs différentes de celles des règles, qui ne sont pas soulagées par les antalgiques prescrits.
- Infection : Pertes vaginales inhabituelles en couleur et odeur, associées à de la fièvre et des douleurs abdominales.
- Malaise.
Si vous présentez l’un ou plusieurs de ces symptômes/signes, vous devez alors rapidement contacter le professionnel de santé qui vous a suivie pour l’IVG, car cela peut être un signe de complication.
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Quand consulter un médecin ?
En cas de saignements trop abondants, de crampes abdominales, de malaise ou de fièvre persistante après une IVG, rendez-vous aux urgences de l’hôpital le plus proche.
Il est également important de consulter un médecin si :
- Les saignements ne diminuent pas en intensité après plusieurs jours.
- Les saignements persistent au-delà de 3 semaines.
- Vous avez des inquiétudes concernant l'évolution de vos saignements.
Suivi médical post-IVG
Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné. La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.
Afin de s’assurer de l’absence de complications post IVG, une consultation de contrôle est programmée 15 à 21 jours suivant l’IVG.
Effets indésirables et complications après une IVG instrumentale
Des lésions au niveau du col de l’utérus ou de la paroi utérine liées à l’intervention sont des complications très peu fréquentes. Des complications liées à l’anesthésie peuvent survenir (allergies aux produits d’anesthésie par exemple) tout comme pour toute autre intervention. Ces complications sont rares et la consultation d’anesthésie préopératoire permet de réduire considérablement ces risques.
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Les complications après l’intervention sont les mêmes que pour l’IVG médicamenteuses : une hémorragie, une infection ou des douleurs persistantes malgré la prise de médicaments antidouleurs.
Retour des règles et fertilité
Les règles reviennent généralement 4 à 6 semaines après l’IVG, selon la méthode contraceptive mise en place. Sous pilule contraceptive, les règles reviennent généralement dès la fin de la première plaquette. Les premières règles sont souvent très différentes des menstruations habituelles. Elles sont soit beaucoup plus abondantes ou plus longues, soit beaucoup moins importantes et plus courtes.
Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité, contrairement à certaines idées reçues. Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n’en avaient pas avant et elles ne seront pas forcément traumatisées. Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.
D’ailleurs, vous pouvez très vite tomber enceinte de nouveau. C’est pourquoi le choix d’une méthode contraceptive est abordé au cours de la procédure d'IVG.
Soutien psychologique
Après une IVG, parler, se sentir écoutée et soutenue peut s'avérer essentiel. N’hésitez pas à vous confier à une personne de confiance ou à en parler avec un professionnel de santé ou un psychologue. Vous pouvez aussi contacter l’antenne du Planning Familial la plus proche de chez vous ou le numéro vert national "IVG, sexualité" (par téléphone ou via le tchat) afin d’être orientée vers des associations légitimes et adéquates, et/ou vers un psychologue. Vous pouvez également vous rendre dans un centre de santé sexuelle ou un Espace vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS).
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