La péridurale est une méthode pharmacologique largement utilisée en France pour atténuer la douleur pendant le travail. En 2021, plus de 80 % des femmes ont accouché sous péridurale en France. Cependant, malgré sa banalisation apparente, la péridurale n'est pas sans risques et effets secondaires. Cet article vise à informer de manière approfondie sur la péridurale, ses effets secondaires potentiels, les alternatives existantes et l'importance d'un choix éclairé.
Qu'est-ce que la péridurale ?
La péridurale est une technique d'anesthésie loco-régionale qui bloque la transmission de la douleur des contractions. Elle consiste à injecter un anesthésique dans l'espace péridural, situé entre les ligaments vertébraux et l'enveloppe nerveuse du canal rachidien, au niveau des vertèbres lombaires. Idéalement, elle permet à la femme enceinte de ressentir les contractions sans la douleur associée.
Bénéfices et limites de la péridurale
Le principal avantage de la péridurale est l'atténuation de la douleur des contractions. Cependant, il est crucial de considérer les effets secondaires, les risques et les inconvénients potentiels. Il est important de noter que la liste des effets secondaires présentée ci-dessous n'est pas exhaustive.
Effets secondaires et risques potentiels
Baisse de tension
La personne enceinte peut subir une baisse de tension soudaine, entraînant une sensation de malaise. Cet effet peut avoir des répercussions sur le bébé, causant une détresse fœtale. Généralement, cet effet est bien géré par les équipes médicales.
Diminution de la poussée réflexe
Sous péridurale, le réflexe d'éjection du fœtus peut être diminué, voire inexistant. Certaines études se contredisent sur ce point. Une méta-analyse Cochrane indique que les femmes sous péridurale ont un premier et un deuxième stade de travail plus longs. D'autres études ne trouvent pas de différence significative dans la durée du travail. Une étude de 2012 suggère que l'absence de différence pourrait être due à l'injection plus fréquente d'ocytocine synthétique sous péridurale.
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Risque de césarienne
Les études sur le lien entre péridurale et risque de césarienne sont contradictoires. Selon plusieurs études, dont une méta-analyse Cochrane, il n'y a pas d'augmentation du risque. Cependant, une étude australienne de grande ampleur (non randomisée contrôlée) conclut que la péridurale est associée à un risque accru de césarienne, particulièrement en cas de non-progression du travail. Cette étude a été menée en réaction à la méta-analyse Cochrane et se base sur une population de 172 785 femmes.
Risque d’extraction instrumentale
Le risque d'extraction instrumentale (forceps, ventouses) semble plus élevé sous péridurale, mais il se réduit avec les progrès techniques. Les protocoles évoluent, notamment en ce qui concerne l'utilisation systématique d'ocytociques lors de l'analgésie péridurale, qui n'est plus recommandée par les Recommandations Formalisées d'Experts (RFE) de 2017, car elle ne modifie pas les taux d'ocytocine endogène.
Réduction de l'autonomie de mouvement
La péridurale peut limiter les mouvements en raison du "bloc moteur" (paralysie transitoire des membres inférieurs) et du "bloc sensitif" (inhibition des fibres sensitives). Bien que la péridurale moderne vise à préserver une certaine capacité motrice, la réponse à la péridurale varie d'une femme à l'autre. Dans le rapport de l'enquête périnatale de 2021, 19,6 % des femmes ont estimé que la péridurale était « peu ou partiellement efficace » et 3,6 % « totalement inefficace ».
Les effets de la péridurale sur la mécanique obstétricale dépendent de la nature et de la concentration des produits injectés. L'utilisation de la lidocaïne, par exemple, est connue pour augmenter le bloc moteur. Les doses d'anesthésiques locaux sont aujourd'hui faiblement concentrées pour réduire l'intensité du bloc moteur. Cependant, la réponse de chaque femme reste unique et imprévisible.
La péridurale peut être administrée en continu ou par bolus (doses injectées à intervalles réguliers). Les pompes spéciales (PIEB : Programmed Intermittent Epidural Bolus) automatisent les injections. La pompe PCEA (Patient Controlled Epidural Analgesia) permet à la patiente de s'injecter une dose d'analgésique à tout moment.
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La limitation des mouvements due à la péridurale peut affecter la durée du travail, le taux d'extractions instrumentales et de césariennes, ainsi que le recours à l'ocytocine de synthèse. La déambulation et la posture verticale favorisent l'efficacité des contractions. Pour minimiser le bloc moteur, il est préférable d'éviter les fortes concentrations d'analgésiques locaux et l'administration continue.
Autres effets secondaires possibles
- Céphalées post-ponction lombaire : Des maux de tête peuvent survenir suite à une brèche dans le plan postérieur de l'espace péridural lors de la pose de la péridurale. L'intensité de la céphalée dépend de la taille de la brèche. Un "blood patch" peut être réalisé pour colmater la brèche.
- Neuropathies : Atteintes des nerfs pouvant causer des paresthésies ("fourmis") ou une perte de force dans les jambes ou les cuisses. Ces complications sont généralement transitoires et disparaissent en quelques mois.
- Douleurs lombaires : Bien que courantes après la grossesse, elles sont rarement dues à la péridurale elle-même.
- Hypotension artérielle et nausées : Fréquentes lors de césariennes sous péridurale, elles sont généralement transitoires.
- Complications graves (rares) : Crises convulsives, arrêt cardiaque (exceptionnel), paralysie (rarissime, souvent lié à des troubles de la coagulation non connus), hématomes ou abcès (extrêmement rares), bloc étendu.
Contre-indications à la péridurale
La péridurale est contre-indiquée dans certaines situations où les risques dépassent les bénéfices potentiels :
- Prise de médicaments fluidifiant le sang (aspirine, anti-vitamine K, etc.)
- Troubles de la coagulation
- Saignement important
- Infections bactériennes sévères
- Affections de la peau au niveau du site de ponction
- Allergies aux anesthésiques locaux (rares)
- Certaines maladies cardiaques
- Situations nécessitant une césarienne en urgence sous anesthésie générale.
Alternatives à la péridurale
Il est important d'explorer les alternatives à la péridurale et de tenter de progresser le plus possible sans médicalisation. Voici quelques options :
- Protoxyde d'azote (gaz hilarant) : Gaz inhalé pour un effet analgésique de courte durée.
- Changement de positions réguliers : Toutes les 15 minutes pour favoriser la progression du travail.
- Utilisation d'accessoires : Ballon, corde, coussin d'allaitement, bouillotte.
- Techniques de respiration : Pour gérer la douleur.
- Autohypnose et sophrologie : Des cours peuvent être proposés en maternité.
- Massages : Avec des balles de tennis sur les zones douloureuses (bas du dos, par exemple).
- Acupression : Stimulation de points spécifiques pour soulager la douleur.
- Bain chaud : L'eau peut avoir un effet miraculeux sur la douleur.
- Méthode Bonapace : Approche de préparation à la naissance axée sur la gestion de la douleur.
Faire un choix éclairé
La décision d'avoir recours à la péridurale est personnelle. Il est essentiel de s'informer sur les avantages, les inconvénients et les alternatives afin de faire un choix éclairé. Un accouchement réussi est un accouchement que l’on a choisi et non pas subi. Être actrice de son accouchement revient à (re)prendre le pouvoir et le contrôle sur la "douleur", c'est être à l'écoute de ses besoins et de ceux de son bébé.
L'importance du libre arbitre
Le contexte de l'accouchement doit être le résultat d'une décision prise en couple. Aucun professionnel de santé ne devrait imposer la position d'accouchement, les produits injectés ou le moment de couper le cordon ombilical. L'importance du libre arbitre est cruciale pour vivre une expérience d'accouchement positive.
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L'accouchement physiologique
L'accouchement physiologique est une naissance qui respecte les processus naturels spontanés, en opposition à l'accouchement médicalisé. Il s'agit de faire confiance à son corps et de le laisser gérer la mise au monde de l'enfant. Michel Odent, obstétricien français, est un précurseur de l'accouchement physiologique. Il souligne l'importance de créer un environnement favorable à la sécrétion d'hormones nécessaires au travail.
La péridurale comme une aide
La péridurale peut être une aide précieuse lorsqu'elle permet de surmonter les derniers obstacles de l'enfantement, à condition d'être dosée avec parcimonie. Elle peut rendre la poussée plus agréable et douce. De plus, elle peut être déjà posée en cas de césarienne.
La danse entre la mère et le bébé
L'accouchement est une valse entre la mère et son bébé, un ballet de cris, de mouvements et d'hormones. Les mouvements sont essentiels, même sous péridurale. Marcher, s'accroupir, lever les jambes, se balancer permettent au col de s'ouvrir et au bébé de naître.
La douleur comme un signal
La douleur pendant l'accouchement est un signal envoyé par le corps pour indiquer les bonnes postures à adopter. Il est important d'écouter son corps et de lui faire confiance.
Ressources pour un accouchement sans péridurale
- Livres :
- Maïtie Trélaün, J'accouche bientôt, que faire de la douleur ?
- Ina May Gaskin, Le guide de la naissance naturelle : Retrouver le pouvoir de son corps
- Aurélie Surmely, Accoucher Sans Péridurale - Pour Un Accouchement Naturel En Pleine Conscience
- Laura Kaplan Shanley, Accoucher par soi-même - Le guide de la naissance non assistée
- Michel Odent, Le bébé est un mammifère
- Films :
- Camille Teixeira, Accoucher autrement
- Catherine Bechard, Loba (disponible sur Viméo)
- Céline Darmayan, Entre leurs mains (disponible sur Youtube)
- Gilles de Maistre, le premier cri (disponible sur Youtube)
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