Loading...

Éruptions Fébriles chez le Nourrisson : Causes, Diagnostics et Prise en Charge

Les éruptions fébriles sont un motif fréquent de consultation en pédiatrie. Chez les nourrissons, ces éruptions cutanées, accompagnées de fièvre, peuvent être source d'inquiétude pour les parents. Cet article vise à explorer les causes les plus courantes de ces éruptions, en mettant l'accent sur les maladies virales infantiles, les réactions allergiques et d'autres affections cutanées. Une analyse méthodique et fine de l'anamnèse et de la sémiologie est nécessaire afin de poser un diagnostic, qui est le plus souvent clinique, et d'éliminer une urgence thérapeutique. L'interrogatoire prend une place importante.

Maladies Virales Infantiles : Principales Causes d'Éruptions

Plusieurs maladies virales infantiles sont fréquemment associées à des éruptions cutanées. Rubéole, rougeole, varicelle… Ces maladies, bien que souvent bénignes, nécessitent une attention particulière et une consultation médicale.

Rubéole

La rubéole est une maladie virale causée par le rubivirus de la famille des Togaviridae. Bien qu'elle soit généralement bénigne chez les enfants, elle peut avoir des conséquences graves si elle est contractée par une femme enceinte, entraînant un risque de mort fœtale ou de rubéole congénitale. L'incubation dure de quatorze à vingt et un jours avant l'éruption. Si votre enfant développe une rubéole, il commencera par avoir un petit rhume, un léger mal de gorge et des ganglions, perceptibles au toucher, derrière les oreilles. L’éruption apparaît en moyenne le deuxième jour : des taches roses se développent sur le visage, puis sur tout le corps. Elles s’accompagnent d’une légère fièvre. L'éruption maculeuse, rose pâle, est à évolution descendante en vingt-quatre heures. Les signes associés sont des adénopathies nucales et occipitales postérieures, des arthralgies qui peuvent durer plusieurs mois. Un vaccin contre la rougeole et la rubéole, combiné avec celui des oreillons, est vivement recommandé dès l’âge d’un an, afin de prévenir ces maladies qui ne sont pas bénignes (deux doses de vaccins sont préconisées : une à un an et un rappel entre 16 et 18 mois).

Rougeole

La rougeole est une maladie extrêmement contagieuse causée par le virus morbilleux, appartenant à la famille des Paramyxoviridae. Les récentes épidémies rappellent l'importance d'une couverture vaccinale optimale. La phase d’incubation est en moyenne de douze jours. Une personne est contagieuse dans les cinq jours qui précèdent et les cinq jours qui suivent l’éruption. La rougeole se manifeste, en général, tout d’abord par un écoulement nasal, une gorge irritée, des yeux qui pleurent et une grosse fièvre. Les boutons ne surviennent en moyenne que le surlendemain de l’apparition des premiers symptômes. La fièvre diminue et des petits boutons blancs apparaissent dans la bouche. Deux jours après, la température remonte et des tâches en relief se déclarent, d’abord derrière les oreilles, sur le front, puis sur tout le corps. L’éruption débute par un énanthème, notamment le signe de Koplik : piqueté blanc en regard des molaires. L’éruption maculo-papuleuse débute derrière les oreilles et suit une évolution descendante en une poussée. Une desquamation est observée dans certains cas, après quelques jours. Il est important de coucher votre enfant et de le faire boire régulièrement, surtout en cas de fièvre. Des antibiotiques peuvent être prescrits pour lutter contre une surinfection bactérienne qui risquerait de provoquer une otite, une laryngite ou une surinfection des poumons ou des bronches.

Varicelle

La varicelle est la primo-infection par le virus varicelle-zona (VZV), de la famille des Herpesviridae. C’est une pathologie très fréquente et très contagieuse : 90 % de la population est séroconvertie avant l’âge de 15 ans. Elle est présente toute l’année, avec un pic printanier. La varicelle est très contagieuse chez l’enfant. Elle se transmet généralement via des gouttelettes de salive. Les premiers symptômes sont une forte fatigue, de la fièvre, puis l’apparition des fameux boutons, très facilement reconnaissables. Ils se propagent d’abord sur la poitrine, le ventre, le dos, le visage… Puis le corps se couvre de papilles rouges, avec une zone de pus blanchâtre au centre. Un exanthème maculo-papuleux prurigineux sur le cuir chevelu et le tronc peut précéder l’apparition des vésicules. Celles-ci sont initialement claires « en gouttes de rosée sur un pétale de rose » qui s’ombiliquent, se troublent puis se rompent, formant une érosion croûteuse. Les lésions sont prurigineuses, elles siègent notamment au niveau du cuir chevelu et du tronc. Elles épargnent les paumes et les plantes. L’évolution est descendante. Ces éruptions surviennent en poussées successives, la présence de lésions d’âges différents est ainsi caractéristique de la varicelle. Elles peuvent être accompagnées d'un énanthème buccal érosif non spécifique. Si la fièvre n’est pas très élevée, ces boutons provoquent de fortes démangeaisons. Or, lorsqu’ils ne sont pas grattés, les boutons sèchent et laissent la peau intacte après la guérison. Dans le cas contraire, la pustule s’infecte et laisse une petite cicatrice. Si votre enfant a contracté la varicelle, et que cette dernière a bien été diagnostiquée par votre pédiatre, sachez qu’il n’y a pas de traitement spécifique. Il est possible toutefois de réduire les symptômes, notamment d’administrer du paracétamol en cas de fièvre. Bien hydrater l’enfant est également très important. Il existe aussi un vaccin spécifique à la varicelle, qui peut être injecté dans des cas bien spécifiques (personnes à risque, entourage fragile).

Lire aussi: Solutions pour la diarrhée et les éruptions cutanées chez le bébé

Roséole

La roséole est une autre infection virale courante chez les nourrissons, causée par le virus humain herpétique 6 (HHV-6), et plus rarement par le HHV-7. La roséole a un temps d’incubation situé entre 5 et 15 jours. Les premiers symptômes consistent en une fièvre élevée, entre 39 et 40 degrés. Cette dernière dure environ trois jours. Dans certains cas, des convulsions peuvent être aussi constatées. Après quarante-huit à soixante-douze heures de fièvre élevée bien tolérée, se développe une éruption maculo-papuleuse prédominant sur la partie haute du tronc et au niveau du visage. Un discret halo pâle peut entourer chaque lésion. Cette éruption est fugace et concomitante de la défervescence thermique. Dans le cas d’une roséole, l’éruption cutanée se compose de petits boutons roses, qui se propagent sur l’ensemble du corps. Ces boutons atteignent très rarement le visage. Ils disparaissent généralement au bout de 48 heures. Comme pour la varicelle, il n’y a pas de traitement propre à la roséole. Votre médecin pourra prescrire du paracétamol pour soulager la fièvre.

Syndrome Pieds-Mains-Bouche

Principalement lié au virus Coxsackie, le syndrome pieds-mains-bouche est un exanthème lié aux entérovirus, famille regroupant une centaine de virus. Il est le plus souvent observé au cours de la petite enfance, sous forme épidémique à la fin de l’été ou au début de l’automne. La transmission est interhumaine et se fait à partir de liquide biologique contaminé (salive, selles). Le syndrome pieds-mains-bouche est une infection virale fréquente chez les nourrissons et les jeunes enfants, le plus souvent causée par des entérovirus. Il débute généralement par une fièvre modérée, parfois associée à un mal de gorge, une fatigue ou une diminution de l’appétit. Rapidement, apparaissent de petits boutons rouges ou des vésicules, localisés principalement dans la bouche (langue, gencives, intérieur des joues), mais aussi sur les paumes des mains, la plante des pieds et parfois les fesses. Ces lésions peuvent être douloureuses, notamment dans la bouche, et gêner l’alimentation. À la différence d’autres exanthèmes peu spécifiques associés à certains entérovirus, le syndrome pieds-mains-bouche est suffisamment caractéristique cliniquement pour affirmer un diagnostic étiologique : éruption vésiculeuse avec des vésicules ovalaires grisâtres cernées d’un halo érythémateux situées au niveau des paumes des mains et des plantes des pieds, souvent associées à des localisations au niveau du siège, autour et dans la bouche (aphtes), et parfois beaucoup plus étendues (tronc, membres). Contrairement aux vésicules herpétiques, les dermatoglyphes sont visibles à la surface des vésicules. Le syndrome pieds-mains-bouche est contagieux, mais le plus souvent bénin. Il n’existe pas de traitement spécifique : la prise en charge repose sur le paracétamol en cas de fièvre ou de douleur, une bonne hydratation et une alimentation adaptée. Les symptômes disparaissent spontanément en 7 à 10 jours.

Érythème infectieux (Parvovirus B19)

La primo-infection par le parvovirus B19, qui appartient à la famille de Parvoviridae, touche essentiellement les enfants entre l’âge de 4 et 10 ans. L’incubation est de quatre à quatorze jours ; les personnes ne sont plus contagieuses dès que l’éruption apparaît. Celle-ci débute au niveau du visage par des plaques rouge vif, donnant un aspect de « joues souffletées » plus ou moins intense, touchant avec prédilection la racine des membres. L’état général est conservé, la fièvre est modérée ou absente. Au point de vue hématologique, il entraîne une érythroblastopénie qui peut se compliquer d’une anémie sévère, notamment chez les patients immunodéprimés, porteurs d’une pathologie du globule rouge, ou le fœtus. Le diagnostic repose sur la recherche d’anticorps anti-parvovirus dans le sérum (IgM et IgG). Il n’y a pas de traitement curatif ou préventif spécifique.

Mononucléose infectieuse

La mononucléose infectieuse est un syndrome associé dans la majorité des cas à une primo-infection au virus d’Epstein-Barr (EBV), qui est un virus de la famille des Herpesviridae. La transmission se fait par voie aérienne, la période d’incubation est de trente à cinquante jours. L’éruption est inconstante, variable et peu spécifique. Un œdème des paupières est souvent associé. La fièvre est variable, parfois absente ou prolongée. La confirmation du diagnostic est sérologique : la présence d’IgM anti-VCA (IgM contre l'antigène de la capside virale du virus Epstein-Barr) est en faveur d’une primo-infection récente. Le MNI-test n’est pas indiqué chez l’enfant, car il n’est pas suffisamment fiable.

Autres Causes d'Éruptions Fébriles

Outre les maladies virales, d'autres facteurs peuvent provoquer des éruptions cutanées accompagnées de fièvre chez les nourrissons.

Lire aussi: Conseils pour l'Éruption Dentaire

Allergies et Irritations Cutanées

Il est également possible que votre enfant souffre d’une allergie, par exemple aux couches. L’eczéma, quant à lui, peut se manifester dès le deuxième mois de votre bébé. Une forme d’eczéma moins connue est celle liée à la salive : les rougeurs se situent alors autour de sa bouche et sur ses lèvres. Souvent liées à une salivation excessive, par exemple si bébé fait ses dents, elles disparaissent d’elles-mêmes dès que le problème originel est résolu. Votre pédiatre vérifiera également qu’aucune piqûre d’insecte ne peut être à l’origine de ces éruptions cutanées. Enfin, la chaleur, l’humidité, des irritations et des frictions peuvent être la source d’une éruption cutanée. Si les boutons sont majoritairement sur les fesses du nourrisson, votre pédiatre pensera certainement à la possibilité d’un érythème fessier. Dernière cause fréquente de boutons : une allergie alimentaire.

Purpura

Un purpura associé à de la fièvre doit faire évoquer une infection bactérienne invasive, principalement à méningocoque et pneumocoque, plus rarement à streptocoque ou à bacille Gram négatif. Le purpura observé dans le purpura fulminans est maculeux, extensif (taille supérieure à 3 mm), d’évolution rapidement nécrotique, bilatéral et symétrique, avec une atteinte plus importante des extrémités. C’est une urgence thérapeutique vitale, car le délai de mise en place du traitement antibiotique est un élément pronostique majeur : l’antibiothérapie par une céphalosporine de troisième génération (ceftriaxone 100 mg/kg/j en une injection ou céfotaxime 300 mg/kg/j en quatre injections) doit être débutée le plus rapidement possible ; en l’absence de voie intraveineuse, une injection par voie intra-musculaire de ceftriaxone 50 mg/kg (dose maximale par injection : 2 g) doit être réalisée. Des lésions purpuriques peuvent être également observées au cours de vascularite, d’infection virale (parvovirus B19, rougeole…) ou être d’origine mécanique, par exemple dans le territoire de la veine cave supérieure après des efforts de vomissements.

Syndromes Toxiniques

Les syndromes toxiniques sont principalement causés par des infections bactériennes à staphylocoques et à streptocoques. Le syndrome du choc toxique à staphylocoque et streptocoque produit est dû à des toxines à activité superantigénique qui stimulent la prolifération d’un grand nombre de lymphocytes T et provoquent une avalanche cytokinique. Il se manifeste par une hyperthermie, une éruption maculeuse érythémateuse diffuse ; une chéilite et une conjonctivite peuvent s’y associer. L’hémodynamique est altérée avec, dans un premier temps, une tachycardie, puis une hypotension artérielle et une atteinte systémique évoluant rapidement vers une défaillance multiviscérale. La prise en charge repose sur le traitement du choc septique et du foyer infectieux. Le syndrome de choc toxique staphylococcique est associé à des staphylocoques aureus producteurs de toxines superantigènes (TSST-1, entérotoxines A, B, C, D, E). La TSST-1 est responsable du choc menstruel, qui survient lors de l’utilisation de tampons vaginaux. Le syndrome de choc toxinique streptococcique est initialement décrit avec le streptocoque A, puis avec d’autres streptocoques bêtahémolytiques de types B et C.

Urticaire Aiguë

L’urticaire aiguë est une affection très fréquente chez l’enfant. Les lésions apparaissent brutalement, sous forme de papules prurigineuses roses ou rouges, de taille et de forme variables (notamment annulaire). Elles sont fugaces et migratrices. Ces plaques s’associent fréquemment à un œdème (angioœdème), forme profonde de l’urticaire. Chez le nourrisson et le jeune enfant, des lésions ecchymotiques se mêlent au tableau dans environ un cas sur deux, parfois source d’erreur diagnostique, notamment confusion avec l’œdème hémorragique du nourrisson. L’indentification du facteur déclenchant est en général difficile. Elle est principalement secondaire à un virus dans un contexte de fièvre, mais d’autres agents infectieux peuvent être responsables (infection à Streptococcus pyogenes, parasites) et/ou la prise de certains médicaments (le plus souvent par mécanisme non spécifique histamino-libérateur, sans véritable allergie).

Manifestations Cutanées Associées au Covid-19

Les manifestations cutanées associées au Covid-19 sont nombreuses et peuvent varier considérablement. Lors du début de la pandémie, l’une des complications grave de l’infection était le pediatric inflammatory multisystem syndrome (PIMS). Il s’agit d’un syndrome inflammatoire multisystémique avec des caractéristiques semblables à la maladie de Kawasaki chez des enfants testés positifs au SARS-CoV-2 dans les deux mois précédents. Comme la maladie de Kawasaki, ce syndrome se caractérise par une éruption polymorphe inconstante.

Lire aussi: Éruption cutanée (rougeole)

Arbovirus

Les arbovirus (arthropod-borne viruses) sont des virus transmis à l’homme par des arthropodes hématophages (moustiques, tiques, phlébotomes) à partir d’un réservoir animal ou d’un individu infecté. Ils regroupent un ensemble hétérogène de virus : principalement la dengue, le chikungunya et le virus Zika.

Syndrome de Gianotti-Crosti

Cet exanthème, dont l’origine virale est discutée, survient pendant l’enfance. L’éruption est constituée de papules érythémateuses groupées en placards mal limités, d’aspect eczématiforme. Le syndrome de Gianotti-Crosti est rencontré chez l’enfant généralement âgé de 1 à 6 ans.

Diagnostic et Prise en Charge

Face à une éruption fébrile chez un nourrisson, il est crucial de consulter un pédiatre. L’interrogatoire doit tenir compte de l’épidémiologie de ces pathologies (âge de l’enfant, saison, épidémies en cours), de la notion de contage, des prodromes, de voyages à l’étranger et du statut vaccinal. L’analyse sémiologique précise des lésions cutanées élémentaires ainsi celle de leur topographie et de leur évolution est essentielle à la démarche diagnostique. Le pédiatre pourra ainsi déterminer la cause de l'éruption et prescrire le traitement approprié. En général, aucun antibiotique n’est prescrit et la grande majorité des enfants s’en remettent très vite. Il lui prescrira un médicament pour faire baisser la fièvre, une crème pour calmer les démangeaisons et une pommade antibiotique si les boutons sont infectés.

Il est important de noter que plusieurs signes sont à prendre au sérieux. Si ces pathologies comportent, la plupart du temps, peu de risques pour la santé de bébé, les démangeaisons peuvent être très désagréables, perturber son sommeil et son appétit.

tags: #éruption #fébrile #nourrisson #causes

Articles populaires:

Share: