Le terme "enfant du ghetto" évoque immédiatement des images poignantes de la Shoah et de la déshumanisation subie par les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Cependant, pour comprendre pleinement cette expression, il est essentiel d'examiner l'histoire des ghettos, les réalités de la vie à l'intérieur de leurs murs et l'héritage durable qu'ils ont laissé. Cet article explore la définition de l'enfant du ghetto, en s'appuyant sur des exemples historiques et la figure emblématique de Janusz Korczak, pédagogue et humaniste qui a consacré sa vie aux enfants, même dans les circonstances les plus désespérées.
La Définition du Ghetto : Entre Histoire et Réalité Sociale
Le mot "ghetto" est chargé d'ambiguïtés, recouvrant plusieurs significations qui ont évolué au fil du temps. Initialement, il désignait le quartier juif de Venise, créé en 1516, sur le site d'une ancienne fonderie (du mot vénitien "gettare" qui signifie fondre). Les Juifs étaient contraints d'y résider, isolés du reste de la population et étroitement surveillés. Avec l'avancée des troupes napoléoniennes en 1797, les portes du ghetto de Venise furent démolies.
Aujourd'hui, le terme est souvent employé pour décrire des quartiers urbains caractérisés par la concentration de groupes socialement marginalisés. Il peut revêtir une signification géographique (un quartier fermé), sociologique (la marginalisation d'un groupe social), politique (l'ostracisme prononcé par le pouvoir dominant) et symbolique (le stigmate qui pèse sur un territoire et ses habitants).
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont créé des ghettos dans de nombreuses villes d'Europe de l'Est, notamment en Pologne. Ces ghettos, tels que celui de Varsovie, étaient des zones de confinement où les Juifs étaient forcés de vivre dans des conditions de surpopulation, de famine et de misère. Les premiers ghettos ouvrirent dès 1939, après l’invasion de la Pologne par le régime nazi ; Piotrkow Trybunalski fut le premier à voir le jour le 8 octobre 1939. Les ghettos répondaient à une logique d’exclusion, de contrôle et de déshumanisation. Les nazis contrôlaient et limitaient les approvisionnements.
La Vie dans le Ghetto : Un Combat Quotidien pour la Survie
La vie dans les ghettos était extrêmement difficile, marquée par la faim, la maladie, la violence et la peur constante de la déportation. Les nazis contrôlaient et limitaient les approvisionnements, ce qui entraînait une malnutrition généralisée. La ration quotidienne pour un Juif à Varsovie était de seulement 184 calories, soit 15 % du minimum vital.
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La surpopulation était également un problème majeur. Dans le ghetto de Varsovie, il y avait 128 000 habitants au km², contre 14 000 dans la Varsovie non juive. Cette promiscuité favorisait la propagation des maladies, et les hôpitaux étaient débordés et manquaient de médicaments.
Malgré ces conditions terribles, les habitants des ghettos ont fait preuve d'une incroyable résilience et ont tenté de maintenir une vie sociale et culturelle. Des écoles clandestines ont été créées pour les enfants, des concerts et des pièces de théâtre ont été organisés, et des journaux clandestins ont été publiés.
La résistance dans le ghetto: Durant la période de 1941 à 1943, des mouvements de résistance clandestine ont émergé dans de nombreux ghettos. Les partis politiques juifs participaient également à cette vie culturelle et poursuivaient souterrainement leurs activités. Apparue au début de 1940, la presse clandestine est le miroir de cette vie politique souterraine. Au printemps 1942, 47 titres différents ont été recensés.
L'aide sociale: Gérée avant guerre par la kehillah (la communauté), l’aide sociale est désormais centralisée par le ZSS (en allemand, JSS pour Jüdische Soziale Selbsthilfe). Elle est nourrie par les fonds de l’étranger et concentre son activité sur l’organisation des soupes populaires fréquentées au printemps 1941 par 65 % de la population. Entre septembre 1939 et juillet 1942, 100 000 personnes auraient survécu grâce à l’aide des travailleurs sociaux. Avec l’effondrement des autorités constituées, la population se prend spontanément en charge sous la forme des comités d’immeubles. À l’initiative d’Emmanuel Ringelblum, qui dirige le service social du ZSS, les comités d’immeubles sont transformés en cellules d’auto assistance (2 000 en septembre 1940, à peine 1 100 en janvier 1942). Elles financent les cantines populaires, collectent des vêtements et de l’argent, fournissent une aide médicale et un refuge.
Les archives clandestines: Emmanuel Ringelblum constitue dès le 22 novembre 1940, un groupe d’une douzaine de personnes, sous le nom yiddish d’Oyneg Shabbes (Joie du shabbat), qui se fixent pour objectif d’élaborer une histoire des Juifs de Pologne durant la guerre. Dans la plus stricte clandestinité, une vaste documentation sur la situation à Varsovie et au sein des autres ghettos en Pologne est peu à peu constituée. Des listes des déportés et des travailleurs forcés sont établies et des témoignages en provenance des différents ghettos de Pologne sont recueillis.
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L'Enfant du Ghetto : Innocence Perdue et Résilience
L'enfant du ghetto est une figure particulièrement tragique de cette période. Privés de leur enfance, confrontés à la faim, à la maladie et à la mort, ces enfants ont été témoins de l'horreur et de la cruauté du régime nazi. En février 1942, 10 à 15 % de la population de chaque immeuble étaient constitués d’enfants auxquels manquaient l’un ou leurs deux parents. Errant de rue en rue, de nombreux orphelins sont morts de faim et de froid. À partir du printemps 1941, on ne voyait plus d’enfants de moins de deux ans dans le ghetto.
Malgré ces traumatismes, de nombreux enfants ont fait preuve d'une incroyable résilience et ont trouvé des moyens de survivre. Certains ont travaillé comme coursiers, transportant des marchandises et des messages à travers le ghetto. D'autres ont participé à des activités de résistance. Plus de 25 000 enfants sont pris en charge par des institutions diverses qui dispensent leur enseignement dans des centres de réfugiés ou dans des cantines populaires. Mais comment enseigner à des enfants affamés, exténués, et terrorisés ? Peu ou pas rétribués, les enseignants souffrent aussi de la faim et de maladies.
Janusz Korczak, figure emblématique, illustre l'engagement envers ces enfants.
Janusz Korczak : Un Symbole d'Espoir et de Dignité
Janusz Korczak (1878-1942), de son vrai nom Henryk Goldszmit, était un médecin, pédagogue et écrivain polonais d'origine juive. Il a consacré sa vie aux enfants, en particulier aux enfants orphelins et défavorisés. Il est entré dans l'histoire pour n'avoir pas voulu abandonner les enfants juifs du ghetto de Varsovie et les avoir accompagnés dans la déportation jusqu'au camp d’extermination de Treblinka.
Dès avant la Seconde Guerre mondiale, Janusz Korczac (1879-1942) fut célèbre dans le monde entier par ses livres pour enfants et ses ouvrages pédagogiques, ses causeries à la radio polonaise, sa direction d’orphelinats pour enfants catholiques et enfants juifs. Korczak œuvre à la réforme du statut des enfants fondé sur leur respect en tant que personnes. Pour lui, « l’enfant ne devient pas [un être humain], il en est déjà un ». Son œuvre pédagogique est partie prenante de l’Éducation nouvelle. Korczak est l’éducateur qui met en œuvre une pédagogie fondée sur des pratiques d’expression (le texte libre, la lettre, le journal), de parole (dialogues, échanges entre pairs, entre enfants et adultes), de participation démocratique et d’autogestion (boîte aux lettres, conseil, parlement des enfants, tribunal) où les enfants ont une place entière en tant que personnes aux côtés et avec des adultes. Les conflits comme les délits sont gérés par les enfants, toutes les plaintes sont entendues.
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Korczak a fondé deux orphelinats et les a organisés en républiques dotées d’un parlement, d’un tribunal et d’un journal, donnant aux pensionnaires des responsabilités et une autonomie auxquelles son roman Le Roi Mathias Ier, où un enfant roi défie les conventions et veut le bonheur de tous, fait écho.
Lorsque les nazis ont créé le ghetto de Varsovie, Korczak a déménagé son orphelinat à l'intérieur de ses murs. Là, il a continué à s'occuper des enfants, leur offrant un environnement aussi stable et aimant que possible. Il a refusé plusieurs offres de se sauver, préférant rester avec ses enfants jusqu'à la fin.
En août 1942, Korczak et les enfants de son orphelinat ont été déportés au camp d'extermination de Treblinka, où ils ont été assassinés. Son sacrifice est un symbole puissant de l'amour, de la dignité et de la responsabilité envers les enfants, même dans les circonstances les plus extrêmes.
L'Héritage de l'Enfant du Ghetto et de Janusz Korczak
L'histoire de l'enfant du ghetto est un rappel poignant des horreurs de la Shoah et de la nécessité de lutter contre toutes les formes de discrimination et de persécution. L'exemple de Janusz Korczak nous enseigne l'importance du respect, de l'amour et de la dignité envers les enfants, et nous inspire à créer un monde où tous les enfants peuvent grandir dans la paix et la sécurité.
Korczak fut aussi l'initiateur de pédagogies innovantes et l'inspirateur de la Convention relative aux droits de l’enfant, adoptée par les Nations Unies en 1989. En 1979 la Pologne, en se référant à Korczak, propose à l’ONU de rédiger une Convention relative aux droits de l’enfant. Contrairement à la Déclaration des droits de l’enfant de 1959, elle doit être contraignante pour les États. Le Comité des droits de l’enfant de l’ONU veille au respect de la Convention par les États, il examine les rapports que les États ont l’obligation de lui remettre tous les cinq ans. Pour la France, le dernier examen était en 2016, le prochain sera pour 2021. En 2019, la Convention internationale des droits de l’enfant est ratifiée par 196 États sur 197, seuls les États-Unis ne l’ont pas ratifiée.
Cependant, trente ans après l’adoption de la Convention, des droits sont encore bafoués par ces États et dans de nombreux domaines, même dans les États dit riches. En France, tou·tes les enfants n’ont pas accès aux droits fondamentaux. L’inégalité de revenus en est la principale cause. Certains revenus sont si bas qu’ils ne permettent pas de vivre décemment : logement, alimentation, vêtements sont hors de portée. De nombreuses familles vivent ainsi dans la pauvreté et dépendent d’aides sociales soumises aux décisions politiques. L’accès au travail est difficile, pour beaucoup c’est le chômage. Les enfants, dans les cas où elles et ils ont accès à l’école, n’y entrent pas dans de bonnes conditions (sommeil, nourriture, sérénité…). Les inégalités ne se limitent pas à la pauvreté. Beaucoup d’autres facteurs entrent en compte (sociaux, ethniques, religieux, politiques) et en se conjuguant ils excluent des familles de leurs droits. Par exemple en France, malgré sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité », l’accès aux droits fondamentaux n’est pas garanti pour tou·tes les enfants.
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