Introduction
La recherche sur les embryons créés par transposition nucléaire (TPN), souvent appelée clonage thérapeutique, suscite un vif intérêt en raison de son potentiel pour la médecine régénérative. Cette technique, qui consiste à transférer le noyau d'une cellule somatique dans un ovocyte énucléé, offre la possibilité de créer des cellules souches embryonnaires (CSE) génétiquement compatibles avec le patient, ouvrant ainsi la voie à des traitements personnalisés pour diverses maladies. Cependant, elle soulève également d'importantes questions éthiques concernant le statut de l'embryon et les limites de la manipulation du vivant.
Fonctionnement de la transposition nucléaire
La TPN est une technique complexe qui implique plusieurs étapes clés :
- Énucléation de l'ovocyte : Le noyau de l'ovocyte est retiré, laissant un ovocyte sans matériel génétique propre.
- Transfert du noyau : Le noyau d'une cellule somatique (cellule différenciée provenant d'un tissu spécifique) est prélevé et inséré dans l'ovocyte énucléé.
- Activation de l'ovocyte : L'ovocyte est stimulé pour qu'il se divise et se développe comme un embryon fécondé naturellement.
- Culture de l'embryon : L'embryon est cultivé in vitro jusqu'au stade de blastocyste (embryon de 32 à 64 cellules), où se trouvent les CSE.
- Isolement des cellules souches embryonnaires : Les CSE sont extraites du blastocyste, ce qui entraîne la destruction de l'embryon. Ces cellules sont ensuite cultivées et peuvent être différenciées en différents types de cellules spécialisées (neurones, cellules cardiaques, cellules hépatiques, etc.).
Le statut de l'embryon : un enjeu éthique majeur
La recherche sur les CSE issues de la TPN soulève des questions éthiques fondamentales concernant le statut moral de l'embryon. Les opinions divergent quant au moment où la vie humaine commence et aux droits qui doivent être accordés à l'embryon.
- Position de l'Église catholique : L'Église catholique considère que la vie humaine commence dès la fécondation de l'ovocyte par le spermatozoïde et s'oppose fermement à toute recherche qui impliquerait la destruction d'embryons.
- Autres perspectives : D'autres estiment que l'embryon n'acquiert le statut de personne humaine qu'à un stade ultérieur de son développement, par exemple au moment de la nidation (environ 14 jours après la fécondation) ou lorsque le système nerveux central commence à se former.
Ces divergences d'opinions se reflètent dans les législations nationales, qui varient considérablement d'un pays à l'autre.
Cadre juridique et réglementaire
Les lois nationales dans le domaine de la recherche sur les cellules souches sont disparates du fait des diverses traditions nationales. Malgré une forte tradition catholique en Espagne, la loi espagnole se veut plus permissive que le droit français normalement pionnier dans ce domaine.
Lire aussi: FIV : Ce qu'il faut savoir
- France : La loi française encadre strictement la recherche sur les embryons. Elle interdit la création d'embryons à des fins de recherche, mais autorise, sous certaines conditions, l'utilisation d'embryons surnuméraires issus de fécondations in vitro et ne faisant plus l'objet d'un projet parental.
- Espagne : La loi espagnole est plus permissive et autorise la création d'embryons à des fins de recherche, sous certaines conditions.
- Droit international : Au niveau international, la Convention d'Oviedo sur les droits de l'homme et la biomédecine interdit la création d'embryons à des fins de recherche, mais laisse aux États parties le soin de définir la notion d'embryon et de déterminer les conditions dans lesquelles la recherche sur les embryons est autorisée.
Applications thérapeutiques potentielles
La TPN et les CSE offrent des perspectives thérapeutiques prometteuses pour un large éventail de maladies :
- Maladies neurodégénératives : Parkinson, Huntington, Alzheimer. La transplantation de neurones dérivés de CSE pourrait permettre de remplacer les cellules nerveuses endommagées ou détruites par ces maladies. L'unité 421 de l’INSERM que dirige le docteur PESCHANSKI a été créée en 1995 pour la mise en œuvre de thérapies interventionnelles, cellulaires et géniques, destinées au traitement des maladies du système nerveux central.
- Diabète : La transplantation de cellules pancréatiques sécrétant de l'insuline, dérivées de CSE, pourrait permettre de traiter le diabète de type 1.
- Maladies cardiaques : La transplantation de cellules cardiaques dérivées de CSE pourrait permettre de réparer les tissus cardiaques endommagés après un infarctus du myocarde.
- Lésions de la moelle épinière : La transplantation de cellules nerveuses dérivées de CSE pourrait favoriser la régénération des axones endommagés et améliorer la fonction motrice.
- Maladies du foie : La recherche sur les cellules hépatiques a pris un tournant décisif lorsqu’ont été mises au point des méthodes d’isolement et de purification par digestion enzymatique de l’organe entier par la collagénase.
Défis et perspectives
Malgré son potentiel, la TPN fait face à plusieurs défis :
- Difficultés techniques : La TPN est une technique complexe qui nécessite une expertise particulière et des équipements coûteux.
- Faible efficacité : Le taux de réussite de la TPN est encore relativement faible, ce qui nécessite l'utilisation d'un grand nombre d'ovocytes.
- Risques pour la santé des donneuses d'ovocytes : La stimulation ovarienne nécessaire pour obtenir des ovocytes peut entraîner des effets secondaires indésirables pour les donneuses.
- Risque de transmission de maladies : Les CSE peuvent être susceptibles de transmettre des maladies si les cellules somatiques utilisées pour la TPN sont infectées par des virus ou d'autres agents pathogènes.
- Instabilité génétique : Les CSE dérivées de la TPN peuvent présenter des anomalies génétiques qui pourraient compromettre leur utilisation thérapeutique.
Cependant, les progrès scientifiques et technologiques constants laissent entrevoir des perspectives d'amélioration de la TPN et de développement de nouvelles applications thérapeutiques des CSE. La découverte de nouvelles méthodes pour reprogrammer les cellules somatiques en cellules pluripotentes induites (iPS) offre une alternative prometteuse à la TPN, en évitant la destruction d'embryons.
Thérapie cellulaire : greffe neuronale et autres applications
La transplantation de cellules neuronales, inaugurée en Suède à partir de 1989, s’est développée ensuite aux Etats-Unis, en France et en Belgique. Elle a été pratiquée, les premiers temps de façon unilatérale (i.e. un seul hémisphère cérébral était traité). Après une greffe bilatérale, on a pu noter une amélioration, que l’on peut chiffrer de 30 à 40 % de l’état antérieur dans la majorité des cas, se traduisant par une réduction des périodes de blocage, une amélioration des capacités motrices et une modification des dyskinésies, le tout sans effets secondaires majeurs.
Outre les neurones, la recherche s'étend aux hépatocytes, cellules du parenchyme hépatique à fonctions multiples (par exemple : transformations, synthèses, détoxication, production de bile…). La recherche sur ces cellules hépatiques a pris un tournant décisif lorsqu’ont été mises au point des méthodes d’isolement et de purification par digestion enzymatique de l’organe entier par la collagénase.
Lire aussi: Facteurs influençant la réussite de la FIV ICSI
Lire aussi: Critères de sélection des embryons en FIV
tags: #embryons #créés #par #transposition #nucléaire #fonctionnement