La fécondation in vitro (FIV) est une technique de procréation médicalement assistée (PMA) qui offre une solution pour les couples infertiles. Le processus de FIV implique la rencontre des gamètes (ovocytes et spermatozoïdes) en laboratoire, en dehors de l’appareil génital de la femme, afin d’obtenir des embryons qui seront ensuite placés dans l’utérus lors du transfert embryonnaire. Le choix des embryons à transférer est une étape cruciale pour maximiser les chances de grossesse. Cet article explore les critères utilisés pour la sélection des embryons en FIV, en tenant compte des aspects éthiques et des avancées scientifiques récentes.
Le statut de l’embryon en France
En France, l’embryon n’a pas d’existence juridique propre. Seule la naissance confère un statut légal. Sur le plan éthique, le statut de l’embryon fait l’objet de débats influencés par les convictions personnelles. La perception de l’embryon évolue en fonction de son projet parental : s’il est destiné à être transféré et à donner naissance à un enfant, il est considéré comme une personne potentielle. Même lorsque le projet parental est abandonné, l’embryon doit être traité avec respect en raison de son origine humaine.
Origine des embryons utilisés pour la recherche
Les embryons utilisés pour la recherche proviennent principalement de deux sources :
- Embryons issus de FIV présentant des anomalies précoces : Ces embryons peuvent présenter des anomalies de développement ou être porteurs d’altérations génétiques ou chromosomiques détectées par diagnostic préimplantatoire (DPI). Ils ne sont pas transférables dans l’utérus.
- Embryons surnuméraires congelés : Ces embryons ont été congelés lors d’une FIV et ne font plus l’objet d’un projet parental. En principe, ils ne présentent pas d’anomalies.
Le don d’embryons à la science requiert le consentement du couple. Les couples qui n’ont plus de projet parental peuvent choisir de donner leurs embryons cryoconservés à la recherche.
Recherches possibles sur l’embryon
Trois types de recherches sont menées sur l’embryon :
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- Recherche fondamentale : Elle vise à comprendre le développement précoce de l’embryon et ses perturbations. La recherche sur des embryons humains est nécessaire car il existe des différences entre les modèles animaux et l’être humain.
- Recherche préclinique : Elle a pour but de développer de nouvelles méthodologies et procédures à visée thérapeutique, comme la correction de mutations géniques ou l’amélioration des techniques de PMA.
- Recherche clinique : Depuis 2015, la loi française autorise le transfert dans l’utérus d’embryons ayant fait l’objet d’une recherche à l’occasion d’une PMA, sous autorisation de l’ANSM.
Il est également possible de prélever des cellules souches pluripotentes sur un embryon pour des recherches fondamentales, précliniques ou cliniques, notamment pour la thérapie cellulaire.
Critères morphologiques d’évaluation des embryons
Lors de la culture embryonnaire au laboratoire de FIV, les embryons sont régulièrement observés afin d’évaluer leur évolution et leur morphologie. Ces critères permettent d’évaluer la capacité d’un embryon à donner une grossesse et sont donc utilisés par les biologistes pour choisir les embryons pour le transfert et la congélation.
Développement embryonnaire in vitro :
Une fois l’ovocyte et le(s) spermatozoïde(s) mis en contact, l’embryon obtenu commence à se développer en réalisant des divisions cellulaires.
- Jour 1 : Le zygote (cellule issue de la fécondation) se forme.
- Jour 2 : L’embryon se divise en 2 cellules.
- Jour 3 : L’embryon se divise en 4 cellules (40 heures).
- Jour 4 : L’embryon se divise en 8 cellules (60 heures).
- Jour 4 : L’embryon atteint le stade morula (64 cellules à 96 heures).
- Jour 5 : L’embryon atteint le stade blastocyste (une centaine de cellules).
Classification des blastocystes :
Au stade blastocyste (J5), les embryons sont classés selon différents critères morphologiques :
- B5 : Blastocyste de qualité similaire à B4, avec un début d’éclosion de cellules.
- Type C : Cellules lisses, sans cellules individualisables.
Le biologiste peut décider de réaliser le transfert précocement à J2 ou J3 (stade 4-8 cellules).
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Critères d’évaluation à différents stades :
- 2ème jour de culture : L’aspect morphologique permet de repérer les embryons issus d’ovocytes immatures. Une notation est attribuée (1 pour un embryon typique, 2 pour un embryon non typique).
- Au cours des divisions cellulaires : La présence de fragments (petits morceaux de cellules) est notée.
- 4ème jour : L’embryon commence sa transformation en blastocyste. On évalue l’augmentation du nombre de cellules, le degré de compactage et l’inclusion de toutes les cellules.
- Entre le 5ème et le 6ème jour : Les embryons terminent leur transformation en blastocystes. On évalue le blastocèle (cavité interne), la zone pellucide (couche externe), le trophectoderme (couche de cellules externe qui conduira au placenta) et la masse cellulaire interne (à partir de laquelle le fœtus prend son origine).
Il est important de noter que la classification des embryons est un outil d’évaluation de la qualité du développement et de ses chances de gestation. Cependant, ni un embryon de type A ne garantit le succès, ni un embryon de type D ne garantit l’échec.
Techniques d’amélioration de la sélection embryonnaire
Plusieurs techniques sont utilisées pour améliorer la sélection des embryons :
- Time-lapse : Cette technique utilise un incubateur embryonnaire équipé d’une caméra qui enregistre la division cellulaire en temps réel. Elle permet de recréer des conditions de développement stables et d’observer attentivement le développement embryonnaire sans perturber les embryons.
- Coculture : Cette technique consiste à cultiver les embryons jusqu’au stade de blastocyste (5/6 jours). Seuls les meilleurs embryons parviennent à ce stade, ce qui permet une meilleure synchronisation avec le processus physiologique et augmente les chances de succès.
- Diagnostic préimplantatoire (DPI) : Le DPI permet de détecter des anomalies génétiques ou chromosomiques sur une ou plusieurs cellules de l’embryon avant le transfert. Il est proposé aux couples porteurs d’une maladie génétique grave et incurable.
Aspects éthiques et réglementaires
La recherche sur l’embryon est encadrée par des règles strictes en France. Elle est autorisée depuis 2013, sous conditions et sous contrôle de l’Agence de biomédecine. Elle doit s’exercer dans le plus grand respect dû à l’embryon, aux couples donneurs et pour éviter des dérives.
L’édition génomique, qui consiste à modifier le génome à volonté, suscite des débats éthiques importants. De nombreux organismes estiment qu’il est actuellement inenvisageable de recourir à ce type d’intervention chez un embryon destiné à faire naître un enfant, faute de garanties d’efficacité et de sécurité suffisantes.
Conservation des embryons
Les embryons peuvent être conservés 7 jours en France pour être étudiés. Certains pays, comme le Royaume-Uni, autorisent une conservation de 14 jours. La limite de 7 jours est discutable dans le cadre de la recherche fondamentale sur le développement embryonnaire.
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La congélation embryonnaire est un progrès considérable pour la prise en charge en FIV, puisqu’elle permet d’augmenter les chances cumulées de succès d’une ponction. Le développement de la technique de vitrification a permis d’obtenir d’excellents résultats.
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