Le film Mignonnes de Maïmouna Doucouré a déclenché une vive controverse, notamment aux États-Unis, en raison de sa représentation de l'hypersexualisation des préadolescentes. Cette polémique met en lumière des questions complexes sur la sexualisation des enfants, l'influence des médias et de la société, et les limites de la liberté artistique.
Genèse de la controverse
Le film, sorti en France le 19 août, a suscité un tollé lors de l'annonce de sa diffusion par Netflix. La controverse s'est intensifiée avec la publication d'une affiche promotionnelle américaine montrant les jeunes filles dans des poses suggestives et des tenues moulantes. Cette image a été perçue par beaucoup comme une incitation à la pédopornographie et une trahison du message du film.
Netflix a été pointé du doigt pour ce choix, jugé par beaucoup comme très douteux car encourageant la sexualisation des fillettes et la pédopornographie. Le résumé officiel du film, rebaptisé Cuties sur le marché américain, était du même acabit. «À 11 ans, Amy devient fascinée avec une troupe de danse pratiquant le twerk. Il n'en fallait pas plus pour excéder les réseaux sociaux des deux côtés de l’Atlantique. Aux États-Unis, les réactions se sont multipliées, l'écrasante majorité du temps, sans que les censeurs aient la moindre idée du contenu réel et des thèmes abordés dans le film Mignonnes.
Une pétition a été lancée sur Change.org pour interdire le film, rassemblant plus de 572 222 signatures. Les critiques ont fusé, accusant Netflix de promouvoir la sexualisation des enfants et d'exploiter l'image des jeunes filles noires.
Le film Mignonnes : Un regard sur l'hypersexualisation
Mignonnes raconte l'histoire d'Amy, une jeune fille tiraillée entre les traditions familiales et son désir d'intégrer un groupe de danseuses qui pratiquent le twerk. La réalisatrice, Maïmouna Doucouré, a souhaité montrer la difficile construction identitaire d'une jeune fille confrontée à l'hypersexualisation et aux diktats de la société.
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Le film a été primé au Festival de Sundance et à la Berlinale, soulignant sa qualité artistique et son message pertinent. En France, Le Figaro y voyait « une innocence qui touche », décrivant Amy comme une jeune fille préférant « s'acoquiner avec une bande de gamines délurées, vêtues comme des strip-teaseuses qui préparent un concours de danse aux poses suggestives. Pas de leur âge, tout ça. »
Maïmouna Doucouré a déclaré que le film visait à dénoncer l'hypersexualisation des jeunes filles, alimentée par les médias, la mode et les réseaux sociaux. Elle déplore que l'on utilise encore et toujours le corps des femmes pour vendre des gels douche ou des canapés.
Une journaliste du site Slate a analysé que le film a pour but de décortiquer le mécanisme qui mène à cette hypersexualisation : les clips de RnB, la mode et les magazines, au même titre que l'envie d'appartenir à un groupe, de s'émanciper et de plaire selon les seuls codes qui sont accessibles en tant que jeunes filles.
L'hypersexualisation : Définition et enjeux
L'hypersexualisation se définit comme l'attribution de caractéristiques et de comportements sexuels à des enfants et des adolescents. Elle se manifeste par une importance excessive accordée à la sexualité dans l'espace public, notamment à travers les médias et la publicité.
L'hypersexualisation des jeunes filles remet en question certains droits pourtant consacrés dans la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) de 1989. En effet, ces derniers l’ont seulement signée, car, dans certains États américains, il est tout à fait légal de condamner un enfant à la peine de mort, la ratification n’a donc pas eu lieu. En l’occurrence, la CIDE a pour but d’éradiquer toute forme de violence, de maltraitance et d’exploitation à l’égard des enfants. Ainsi, l’article 19-1 de la CIDE3 affirme le droit de chaque enfant à la protection contre la violence physique ou mentale, et l’article 344 contre l’exploitation et les violences sexuelles. Or, l’hypersexualisation peut s’apparenter à une forme de violence mentale envers ces enfants qui sont soumis.es à un conditionnement, à une manière de vivre allant à l’encontre de ce qui est favorable à leur bon développement. Cela peut même parfois, dans les cas les plus extrêmes, entraîner des violences sexuelles à leur encontre.
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Ce phénomène peut avoir des conséquences néfastes sur le développement psychologique et émotionnel des enfants, en les incitant à adopter des comportements sexuels précoces et en les réduisant à des objets de désir. Cela peut même parfois, dans les cas les plus extrêmes, entraîner des violences sexuelles à leur encontre.
La loi face à l'hypersexualisation
La loi joue un rôle important dans la protection des enfants contre l'hypersexualisation. En France, l'article L.112-47 du code de l’action sociale et de la famille impose la prise en compte de l’intérêt de l’enfant pour toute décision le concernant. Il est également possible de faire valoir le principe de respect de la dignité humaine de tout être humain afin de s’opposer à l’hypersexualisation des filles. Selon le rapport Jouanno, la définition juridique de dignité humaine communément admise est la suivante : « un principe qui interdit de soumettre un être humain à toute forme d’asservissement et de dégradation, de le considérer comme un objet dans la totale dépendance du pouvoir d’autrui ».
La loi française du 12 juillet 1990 réglemente l'utilisation de l'image des enfants dans la publicité et le mannequinat. Certains États européens, comme le Danemark et l'Espagne, ont des lois plus strictes interdisant l'utilisation d'enfants de moins de 14 ans dans les publicités télévisuelles, sauf si leur présence est indispensable ou que le produit les concerne directement.
Hypersexualisation et sexisme
L'hypersexualisation des enfants, en particulier des filles, est étroitement liée au sexisme et aux stéréotypes de genre. La socialisation genrée et sexiste amène par exemple les petites filles à ne se considérer que comme des objets esthétiques et à rêver de devenir mannequin, chanteuse ou actrice. On peut par exemple penser aux sites de jeux en ligne « pour filles » dont les différents jeux consistent à coiffer, habiller ou maquiller des mannequins. Ces jeux sont centrés sur la présentation de soi et le paraître. On apprend à se mettre en scène, à plaire, à n’être qu’un objet de beauté.
Les jouets et les vêtements pour enfants sont souvent genrés, renforçant une identité sexuée dès le plus jeune âge. En 2011, la fameuse marque française Petit Bateau fit scandale lors de la commercialisation de bodies pour bébés roses portant les inscriptions « jolie, têtue, rigolote, douce, élégante, belle » et bleus « courageux, fort, fier, vaillant, robuste, rusé, habile, déterminé, espiègle, cool ».
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Réactions et controverses similaires
La controverse autour de Mignonnes n'est pas un cas isolé. Des événements similaires ont suscité des débats sur la sexualisation des enfants, comme la polémique autour du twerk d'adolescentes dans une école de danse à Orenbourg, en Russie.
En août dernier, le film Mignonnes réalisé par Maïmouna Doucouré a fait polémique en raison de sa soi-disant sexualisation des pré-adolescentes, notamment à cause de l’affiche promotionnelle américaine diffusée par Netflix. Pourtant, c’est justement ce que cherchait à dénoncer l’équipe du film. Cette affiche, tirée d’une scène volontairement gênante et sexualisée, a été mal interprétée par les personnes n’ayant pas vu le film. En réalité, le film dénonce avec brio l’hypersexualisation des filles et des adolescentes dans nos sociétés contemporaines, mais aussi le male gaze, ou regard masculin, à travers lequel se produit cette hypersexualisation.
La duchesse de Sussex, Meghan Markle, a également été critiquée pour une vidéo la montrant en train de danser à quelques heures de donner naissance à sa fille Lilibet. Certains internautes ont accusé l'ancienne actrice de simuler sa grossesse et d'exploiter l'image de ses enfants.
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