L'école maternelle du groupe scolaire Jacques-Marie Parsonneau, située à Celles-sur-Belle dans le département des Deux-Sèvres, est actuellement confrontée à de graves accusations. Plusieurs parents d'élèves dénoncent une gestion jugée inappropriée par la direction de l'établissement face à des témoignages d'enfants faisant état de violences sexuelles. Ces allégations, qui s'étendent de 2023 à 2025, ont suscité une vive émotion et une profonde inquiétude au sein de la communauté éducative locale.
Révélations et témoignages poignants
Les témoignages recueillis par les parents auprès de leurs enfants révèlent des faits alarmants. Cinq fillettes de maternelle, issues de familles différentes, affirment avoir été victimes de violences sexuelles. Ces actes auraient été perpétrés par un camarade de classe, Bertrand* (prénom modifié), lui aussi élève de maternelle.
Selon les déclarations des petites filles, Bertrand* les isolait à l'abri du regard des adultes, profitant des angles morts de la cour de récréation ou des toilettes. Les violences rapportées comprennent des pénétrations anales et vaginales, ainsi que des simulations d'actes sexuels avec son pénis. Certaines victimes évoquent également la complicité d'autres garçons et des menaces de coups ou de chantage.
Un témoignage particulièrement poignant est celui de Chloé, une fillette de 6 ans. Dans un enregistrement daté du 25 mai, elle explique à sa mère que les cœurs barrés qu'elle dessine représentent "ce qu'il m'a fait" et expriment sa tristesse. Elle confie également pleurer en silence. Ses parents ont porté plainte pour "mise en danger d'autrui et non assistance à personne en danger" après ses révélations de viols.
Chronologie des événements et signalements
Dès mai 2023, une enfant met fin à une agression sexuelle commise par Bertrand* et un autre élève, et va prévenir l'équipe enseignante. En 2025, l'enfant victime des faits révèle à ses parents que les premières violences ont eu lieu plus tôt, et rapportent "des scènes très fréquentes" de viols et d'agressions sexuelles, en cours de récréation ou près des toilettes, sous la menace de coups ou de chantage.
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L'alerte des parents s'intensifie au fil des mois. En mars 2025, une famille porte plainte pour viol et agression sexuelle, suite à des faits commis sur leur fille dans la cour de récréation. À la même période, une autre fillette rapporte des "attouchements" et des violences infligées par Bertrand*.
Les parents élus de Celles-sur-Belle, face à ce qu'ils considèrent comme une minimisation des faits par la direction, contactent l'inspection et la mairie. Ils transmettent également une alerte "information préoccupante" à la Protection maternelle et infantile et au 119, le service national d'accueil téléphonique de l'enfance en danger.
Réactions et mesures prises
La direction de l'école est accusée par plusieurs parents de ne pas avoir pris au sérieux les témoignages de violences sexuelles. Lors des rendez-vous individuels, plusieurs familles évoquent une minimisation des faits par la directrice. Selon une parente d'élève, si l'équipe enseignante a d'abord expliqué que la victime devait alerter les adultes en cas de problème, les enseignants lui auraient ensuite intimé l'ordre de ne plus leur parler de ce sujet, et d'ignorer Bertrand*.
Le rectorat, contacté par France 3, reconnaît que Bertrand* peut avoir eu "des comportements violents" et "des propos et des demandes inappropriées envers des camarades" sur le temps scolaire. Cependant, il affirme que l'école n'a pas été informée d'autres faits tels que des viols ou des agressions sexuelles. L'école a signalé le comportement de Bertrand* au rectorat, et un accompagnement a été demandé à différents niveaux par la famille et par l’école.
La maire de Celles-sur-Belle, Sylvie Brunet, a rencontré la direction de l'établissement en mars 2025, mais n'a pas été tenue au courant de l'évolution de la situation par la suite. Elle nuance cependant : "On ne peut pas dire que rien n'a été fait, il y a des choses qui ont été mises en œuvre avec les moyens disponibles."
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Le rectorat a publié un communiqué de presse le 23 mai 2025, témoignant son soutien à l'équipe enseignante et actant l'octroi d'un renfort enseignant pour "faciliter la sérénité de l’école et la prise en charge de l’ensemble des élèves". Des rencontres régulières ont également été proposées aux parents.
Manifestation des parents et enquête administrative
Le 26 mai 2025, une vingtaine de parents d'élèves ont manifesté devant l'école maternelle pour dénoncer les violences sexuelles subies par leurs enfants. Ils s'inquiètent pour la sécurité des élèves et doutent de l'efficacité des mesures prises par la direction. Un encadrant supplémentaire a été promis par la direction académique.
Face aux faits signalés, une enquête administrative a été diligentée par la directrice académique des services de l’éducation nationale des Deux-Sèvres, Véronique Guggiari, « concernant l’adéquation des mesures de sécurité mises en œuvre dans l’école maternelle ». L'académie de Poitiers annonce que les « mesures de protection seront poursuivies et pour certaines renforcées » à la rentrée scolaire.
Le point de vue de la mère de Bertrand*
La mère de Bertrand, le garçon accusé des violences, a également pris la parole. Elle affirme qu'elle n'était pas au courant des agissements de son enfant jusqu'à ce jour. Elle explique que dès octobre 2023, elle a été informée de "phénomènes verbaux" de son fils et a mis en place "un suivi médical et psychologique adapté". Bertrand était déjà suivi psychologiquement car "il est hyperactif".
La mère de Bertrand* se dit en état de choc après les révélations de violences sexuelles. Elle estime que la situation s'est aggravée car le traitement mis en place auprès de son fils n'était pas adapté à la gravité de la situation. Elle se sent victime de non-assistance ou de non-accompagnement par l'école et déplore que l'on ne lui ait pas dit toute la vérité.
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Difficultés et conséquences pour les enfants
Les enfants victimes de ces violences subissent des conséquences psychologiques importantes. Chloé, par exemple, se voit diagnostiquer "des symptômes de stress post-traumatique" par sa psychologue. D'autres enfants présentent des signes de souffrance, tels que l'agitation, des problèmes de concentration, l'anxiété et la peur d'aller à l'école.
Plusieurs familles ont quitté l'établissement, engendrant une réorganisation coûteuse pour ces familles vivant en milieu rural.
Les "zonages" et autres mesures : une efficacité contestée
Les parents d'élèves dénoncent l'inefficacité des mesures mises en place par l'école, telles que les "zonages" visant à séparer les enfants. Ils estiment que ces dispositifs ne sont pas suivis et n'empêchent pas les agressions.
Ils alertent l'inspection académique, mais leur courrier reste sans réponse. Ils réclament un "enseignant pompier" pour accompagner l'enfant en permanence, mais cette demande n'est satisfaite que partiellement et tardivement.
Dénonciations et manque de communication
Les parents d'élèves dénoncent le manque de communication de l'école et le fait qu'on leur ait souvent répondu qu'il s'agissait d'un "acte isolé" et qu'Arnaud était sous surveillance, ou pire, qu'on les a qualifiés de "parents angoissés". Ils estiment que l'école nie les faits plutôt que de chercher des solutions et cache des informations aux parents, y compris ceux d'Arnaud.
Ils réclament que toute la lumière soit faite sur ces dysfonctionnements.
Réponse de la mairie et du rectorat
La mairie semble minimiser les faits, arguant qu'en l'absence de plainte, de constat médical et de témoin, il est difficile d'agir. Elle rappelle que l'école est obligatoire et ouverte à tous et que la justice doit être faite par les juges.
Le rectorat se refuse à commenter "les allégations émises par certains parents", estimant que "la matérialité des faits n'a pas été établie à ce jour". Il précise cependant que "les préoccupations des parents sont considérées avec la plus grande attention".
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