L'affaire de la maternité d'Orthez a profondément marqué les esprits, soulevant des questions cruciales sur la sécurité des patients, le recrutement du personnel médical et la responsabilité des institutions. Au cœur de ce drame, le décès tragique d'une jeune femme de 28 ans, Xynthia Hawke, lors d'un accouchement par césarienne en septembre 2014. Cet événement a mis en lumière des manquements graves et a conduit à des conséquences désastreuses pour la maternité et les personnes impliquées.
Le Déroulement des Faits
Dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014, Xynthia Hawke, une jeune Anglaise résidant à Ustaritz, se rend à la maternité du centre hospitalier d'Orthez pour accoucher par césarienne. L'accouchement prend une tournure dramatique sous anesthésie générale. La patiente est victime d'un arrêt cardiaque avant d'être transférée à l'hôpital de Pau, où elle décède quelques jours plus tard, le 30 septembre. Heureusement, le nouveau-né est sain et sauf.
L'enquête révèle rapidement des éléments troublants concernant l'anesthésiste en charge de la patiente, Helga Wauters. Il apparaît que cette dernière souffre d'un "problème pathologique d'alcool" et qu'elle n'était pas dans son état normal au moment de l'intervention.
Mise en Examen et Détention Provisoire de l'Anesthésiste
L'anesthésiste mise en cause, Helga Wauters, de nationalité belge et âgée de 45 ans, avait été recrutée à la maternité d'Orthez depuis le 12 septembre. Elle est mise en examen pour homicide involontaire "aggravé par la violation manifeste et délibérée d'une obligation de prudence et de sécurité" et placée en détention provisoire à la maison d'arrêt de Pau.
Le parquet de Pau précise que le médecin souffre d'un "problème d'alcool pathologique et n'était pas dans son état normal au moment de l'intervention". Elle risque jusqu'à 5 ans d'emprisonnement.
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Selon France Bleu, elle a expliqué aux gendarmes boire tous les jours et avoir une bouteille d'eau remplie de vodka toujours sur elle. Les gendarmes ont également retrouvé de nombreuses bouteilles d'alcool vides à son domicile. Tous les témoignages convergent vers l'hypothèse qu'elle était alcoolisée au moment du drame. Le procureur de Pau a expliqué qu'"un certain nombre d'éléments semblent confirmer que ce problème existait dans sa pratique professionnelle, jusqu'à y compris, aux conditions dans lesquelles s'est déroulée l'anesthésie qui a été fatale à la victime".
Les Erreurs Médicales et l'État d'Ivresse
Les circonstances exactes de l'accident sont glaçantes. Au lieu de se servir du respirateur du bloc opératoire, l'anesthésiste avait utilisé un ballon manuel pour ventiler sa patiente et avait intubé les voies digestives au lieu des voies respiratoires.
Helga Wauters était poursuivie pour une série d’erreurs médicales commises alors qu’elle intervenait, en état d’ivresse, sur l’accouchement sous césarienne.
La Fermeture de la Maternité
La maternité d'Orthez, temporairement fermée depuis le 26 septembre, jour de l'accident d'anesthésie, est sous le coup d'une procédure de fermeture définitive, précise l'Agence régionale de santé (ARS). La maternité était déjà en sursis en raison du manque de recrutement de gynécologues-obstétriciens et une décision pourrait être prise dès vendredi par une commission spécialisée d'organisation des soins.
L'annonce d'une procédure de fermeture définitive de la maternité a fait vivement réagir la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité. Un membre du collectif, Jean-Luc Landas, a estimé que "c'est odieux sur des cas comme ça, dramatiques, d'avoir un couperet immédiat, et qui n'atteint que les petites structures. Il y a des erreurs dans les CHU, mais on ne les ferme pas pour autant". Il déplore également "le climat de suspicion" dans lequel travaillent les personnels des petites structures menacées.
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La ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, a promis de "faire la lumière" sur les circonstances de l'accident, mais a insisté sur le fait que la procédure engagée "de longue date" concernant la possible fermeture de la maternité et l'enquête des autorités sanitaires concernant le drame étaient "deux procédures différentes".
Mise en Examen d'un Obstétricien
Un deuxième praticien a été mis en examen pour "non assistance à personne en danger" dans l'affaire du décès de Xynthia Hawke. L'obstétricien présent le soir des faits a été mis en examen "pour non assistance à personne en danger" par la juge d'instruction de Pau le 25 février et placé sous contrôle judiciaire.
Le procureur de la République de Pau Jean-Christophe Muller a souligné que "l'obstétricien n'a pas l'interdiction d'exercer, car sa pratique professionnelle n'est pas en cause. C'est son comportement dans le bloc opératoire après l'accouchement qui est visé".
L'avocat de la famille de la victime, Me Philippe Courtois, a estimé que cette mise en examen "n'enlève en rien la responsabilité et aux fautes commises par (l'anesthésiste) le Dr Helga Wauters, qui ont conduit à l'arrêt de coeur" de la patiente.
Le Parcours Professionnel Chaotique d'Helga Wauters
L'ordonnance qui renvoie Helga Wauters devant le tribunal correctionnel précise son parcours professionnel chaotique en Belgique. Son alcoolisme chronique l'a poussée à une démission et deux licenciements pour fautes graves, en moins de quatre ans.
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Elle travaille depuis 1999 au sein de l'hôpital Bracops à Bruxelles. Elle fait une première cure de désintoxication dans un hôpital psychiatrique en 2009, puis une deuxième en 2010, mais elle ne peut plus travailler et démissionne. Elle est embauchée en décembre 2012 à l’hôpital de Haute Senne à Soignies. Une première fois, alors qu'elle est ivre, il faut la remplacer dans le bloc. En février 2013, elle est appelée pour une césarienne, elle arrive titubante en se tenant à la rampe. Elle est licenciée tout de suite. Elle fait une troisième cure pendant l'été et trouve une place à l’hôpital de Saint Vith. Elle est surveillée et doit se soumettre à des contrôles d'alcoolémie réguliers. Mais un jour, elle rate à deux reprises une péridurale. Elle est priée de sortir de la salle car elle sent l'alcool. Elle est licenciée une nouvelle fois sur-le-champ. Moins de sept mois plus tard, elle arrive à la clinique Labat d'Orthez.
Le Recrutement dans l'Urgence et le CV Incomplet
Il y a une personne chez Kappa Santé chargée du recrutement. Deux anesthésistes bulgares viennent de démissionner. Il y a donc urgence à recruter deux successeurs. Cette personne fait appel à un cabinet de recrutement à Anvers. Kappa Santé n'a pas vérifié le CV d'Helga Wauters. Le cabinet de recrutement affirme en avoir contacté deux, qui ne lui ont rien dit sur l'alcoolisme d'Helga Wauters.
Pour l’avocat de la famille de la victime, Me Philippe Courtois, l’instruction devait aussi permettre de révéler « des causalités indirectes » dans ce drame, et notamment la responsabilité de l’hôpital et de la clinique d’Orthez. Il résume que « C’est bien l’anesthésiste qui est directement responsable du décès de la patiente mais il existe des causalités indirectes qui ont participé à ce que ce drame se produise. Le recrutement a été effectué de manière très cavalière, alors que l’anesthésiste avait été licenciée à deux reprises en Belgique pour son alcoolisme. Et une sanction de suspension aurait dû être prise à son encontre dans les jours qui ont précédé les faits. Ce drame aurait pu être évité. »
Le Procès et la Condamnation d'Helga Wauters
Le procès d'Helga Wauters s'ouvre devant le tribunal correctionnel de Pau. Elle est jugée pour homicide involontaire après la mort de Xynthia Hawke. Après une instruction qui a duré cinq ans, l'anesthésiste est la seule à répondre de la mort de cette patiente.
Poursuivie pour un accouchement fatal pour la mère qu’elle avait pratiqué en étant ivre, une anesthésiste belge a été condamnée à trois ans de prison ferme et à l’interdiction définitive d’exercer la médecine. Elle a par ailleurs été sommée de verser près de 1,4 million d’euros de dommages et intérêts aux proches de la victime - à savoir son fils, son compagnon de l’époque, sa sœur et ses parents.
Le verdict du tribunal correctionnel de Pau est conforme aux réquisitions du parquet à l’encontre de Helga Wauters, jugée pour une série d’erreurs médicales lors de l’accouchement (sous césarienne) de Xynthia Hawke, une patiente britannique âgée de 28 ans.
La Réaction du Compagnon de la Victime
Yannick Balthazar, compagnon de l’époque de la victime et père de leur fils, a réagi : « La justice a donné un exemple pour ce type de médecin, qui n’est pas à mes yeux un médecin, [la justice] a été jusqu’au bout en prononçant ces trois ans ferme et surtout l’interdiction d’exercer, ce qui montre aussi que c’est une personne incompétente ».
Il a été satisfait de l’interdiction d’exercer. Mais pour sa condamnation à 3 ans ferme, il pense néanmoins que la justice ne va pas suffisamment loin. Il estime que les peines pour les accidents de la route sont plus importantes que pour une faute médicale fatale. Il pense surtout que les pouvoirs publics auraient dû se saisir de cette thématique de l’erreur médicale et que les médecins sont intouchables, la clinique et l’hôpital n’ayant pas été mis en cause malgré leur part de responsabilité.
Il n'a jamais eu de contact avec Helga Wauters depuis les faits. Elle s’était approchée de nous à la fin du procès mais avec la colère et la détresse qu’il avait, il n’avait pas voulu l’écouter. Il voulait simplement qu’elle reconnaisse son erreur. L’explication, on l’avait : elle est allée travailler en sachant qu’elle était alcoolisée et ce n’était pas la première fois.
La Vie Après le Drame : Témoignage du Compagnon de Xynthia Hawke
Yannick Balthazar témoigne de la difficulté de vivre après le drame. Il s'est réfugié dans le travail pour avancer et mettre les problèmes de côté. Au début, l’accident pouvait revenir à n’importe quel moment. Plein de petites choses lui rappelaient Xynthia et le drame, des moments de la vie, des détails.
Il a intégré une nouvelle entreprise et travaille dur, ce qui lui permet d'avancer et de mettre un peu les problèmes de côté. Il a été satisfait de l’interdiction d’exercer prononcée à l'encontre d'Helga Wauters.
Il évoque également la longue attente judiciaire, le procès ayant eu lieu six ans après les faits. Il estime que les pouvoirs publics auraient dû se saisir de cette thématique de l’erreur médicale et que les médecins sont intouchables, la clinique et l’hôpital n’ayant pas été mis en cause malgré leur part de responsabilité.
Il se souvient du procès et de la pression médiatique autour, se sentant spectateur d'une joute verbale autour de son drame personnel. Il se cachait, n’osait plus faire les courses, avait peur qu’on le reconnaisse dans la rue, qu’on le prenne en photo. Il choisissait ses horaires pour sortir et rencontrer le moins de gens possible.
Il a reconstruit une vie avec sa nouvelle compagne, mais la place de Xynthia et de l’accident a pu être difficile par moments. Les anniversaires, notamment, étaient gênants. Il a décidé de fêter ses anniversaires, qui sont très rapprochés, ensemble avec son fils Isaac, pour que cela reste une fête et non un moment négatif pour lui.
Il a toujours dit à son fils qu’il avait eu une mère, qu’elle avait eu un accident mais que ce n’était pas de sa faute. Il s'est fait aider par un psychologue pour qu’il puisse poser davantage de questions.
Il entretient une méfiance envers la médecine et s'interroge lorsqu'il doit voir un spécialiste qu'il ne connaît pas. Lorsque je sais qu’un de mes proches doit être opéré, je ne suis pas rassuré. Je me dis qu’il peut ne pas revenir. Le soir de l’accident, on s’était regardés avec Xynthia et on s’était dit qu’on la trouvait bizarre, cette anesthésiste.
Son message aux personnes frappées par des épreuves comme la sienne est que les débuts sont difficiles, mais que progressivement, on se dit que pour faire honneur à la personne qu’on a perdue, le mieux, c’est de vivre pleinement.
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