L'avènement du dépistage prénatal non invasif (DPNI) a transformé le paysage de la génétique prénatale, offrant aux futurs parents des informations cruciales sur la santé de leur enfant à naître avec un risque minimal. Au cœur de cette révolution se trouve l'expertise de laboratoires comme Pasteur-Cerba, un acteur majeur dans le domaine du diagnostic prénatal en France. Cet article explore les implications du DPNI, en se basant sur les perspectives de spécialistes tels que Jean-Marc Costa, biologiste et directeur adjoint du laboratoire Pasteur-Cerba (Cergy).
L'Essor du Dépistage Prénatal Non Invasif (DPNI)
Le DPNI repose sur la découverte fondamentale de l'ADN fœtal circulant dans le sang maternel. Cette percée permet de réaliser des tests génétiques sur le fœtus à partir d'un simple prélèvement sanguin chez la mère, évitant ainsi les procédures invasives comme l'amniocentèse ou la choriocentèse, qui comportent un faible risque de fausse couche.
La Technique Fondamentale: Recherche de l'ADN Fœtal
Jean-Marc Costa explique que le DPNI se fonde sur une découverte faite il y a dix ans et brevetée par le professeur Dennis Lo, alors à l'université britannique d'Oxford. Cette découverte concerne la recherche de la présence dans le sang d'un ADN fœtal caractéristique du chromosome Y. Si cet ADN est présent, il indique un sexe masculin. Dans le cas contraire, par défaut, on conclut au sexe féminin.
L'exemple du test "Pink or Blue"
La société américaine DNA Worlwide commercialise en Grande-Bretagne un test appelé "Pink or Blue". En pratique, il suffit d'adresser à cette société une goutte de sang, prélevée au bout d'un doigt de la femme enceinte et fixée sur un papier buvard, pour connaître, en moins d'une semaine, le sexe de l'enfant qu'elle porte. Baptisée "Pink or Blue" ("rose ou bleu"), cette méthode est facturée 278 euros pour une réponse en six jours et 350 euros pour une réponse en quatre jours. DNA Worldwide assure que sa méthode est fiable à 99 % et s'engage à rembourser les futurs parents en cas d'erreur. Aux Etats-Unis, où elle est commercialisée depuis deux ans, elle n'est pas considérée comme un diagnostic médical.
Implications Éthiques et Légales du DPNI
Si le DPNI offre des avantages considérables en termes de sécurité et de précocité du diagnostic, il soulève également des questions éthiques et légales importantes.
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Le Dépistage du Sexe et les Risques de Sélection
L'une des préoccupations majeures concerne l'utilisation du DPNI pour le dépistage du sexe du fœtus. Bien que cette information puisse être importante pour certaines familles, elle ouvre la porte à des avortements sélectifs en fonction du sexe, une pratique qui est interdite en France, sauf en cas de risque de maladie génétique liée au sexe.
En France, le dispositif législatif en vigueur depuis 1994 interdit le diagnostic biologique prénatal du sexe de l'enfant à naître en dehors de certaines indications médicales, lorsque les parents sont exposés au risque de transmettre une maladie génétique. Ce type de diagnostic ne peut être effectué que dans des centres spécialisés dont les activités sont placées sous le contrôle de l'Agence de biomédecine. Le diagnostic prénatal est d'autre part entièrement pris en charge par la collectivité. Dans ce contexte, les autorités sanitaires et éthiques expliquent ne pas pouvoir autoriser le développement de cette méthode en France.
La Position de la France et de l'Agence de Biomédecine
Les responsables de l'Agence de biomédecine ont indiqué que la France n'autoriserait pas la pratique, sur son sol, d'un test de dépistage génétique permettant de connaître le sexe d'un enfant à naître dès la sixième semaine de grossesse. Pour autant, cette institution précise que rien ne sera fait pour interdire aux personnes qui le souhaiteraient d'avoir accès, via Internet, à cette méthode qui vient d'être commercialisée en Grande-Bretagne par la société américaine DNA Worlwide.
Les Inquiétudes Internationales
Jean-Marc Costa souligne l'importance de s'interroger sur les conséquences de la commercialisation de ces techniques, en particulier dans des pays comme l'Inde et la Chine, où l'avortement sélectif en fonction du sexe est une pratique préoccupante. Il estime qu'on ne peut plus aujourd'hui faire l'économie d'une interrogation sur les conséquences, à court ou moyen terme, de la commercialisation de cette technique sur la pratique de l'interruption de grossesse. Cette interrogation vaut tout particulièrement pour des pays comme l'Inde et la Chine, où l'on a recours massivement à l'échographie obstétricale pour pratiquer ensuite des avortements sélectifs en fonction du sexe.
En Grande-Bretagne, où l'avortement est autorisé jusqu'à 24 semaines, la commercialisation de ce test a été dénoncée par les responsables des mouvements militant contre l'interruption volontaire de grossesse. "Ce test est très dangereux. Il pourrait mener à des avortements simplement parce que des bébés sont du mauvais sexe", a ainsi déclaré Michaela Aston, de l'association Life.
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Les Défis Scientifiques et Techniques
Malgré les progrès considérables du DPNI, des défis scientifiques et techniques persistent.
Fiabilité des Tests et Volume de Sang
Jean-Marc Costa exprime des réserves quant à la fiabilité des tests qui prétendent déterminer le sexe à partir d'un faible volume de sang. Il se refuse à communiquer à la communauté scientifique les caractéristiques techniques de sa méthode et ne comprends pas comment elle peut parvenir aux résultats qu'elle annonce à partir d'un aussi faible volume de sang.
L'Avenir du Diagnostic Prénatal
Plus généralement il faut aussi s'interroger sur toutes les conséquences que pourrait avoir l'application des techniques en cours de développement dans le domaine du diagnostic prénatal.
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