L'allaitement maternel est un sujet d'une importance capitale dans de nombreuses cultures et religions, notamment en Islam. Il est perçu comme un droit fondamental de l'enfant et une source de nutrition et de protection inégalable. Cependant, le don de lait maternel, bien qu'étant une pratique potentiellement salvatrice, soulève des questions complexes d'un point de vue religieux et sanitaire. Cet article explore les différentes facettes de cette question, en tenant compte des avis islamiques et des recommandations des autorités sanitaires.
Risques liés au partage de lait maternel non contrôlé
Les autorités sanitaires, telles que l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), mettent en garde contre les dangers de l'échange de lait maternel via des réseaux informels sur Internet. Cette pratique comporte des risques de transmission d'agents infectieux, car aucun contrôle microbiologique et sérologique n'est effectué sur le lait de la donneuse. De plus, les conditions de transport et de conservation du lait ne sont pas encadrées, ce qui peut entraîner une dégradation du produit et un développement bactérien.
Les risques de transmission de maladies graves comme le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), le virus T-lymphotrophique (HTLV), les hépatites ou la rubéole sont bien réels en l'absence d'analyses rigoureuses. C'est pourquoi les lactariums, centres spécialisés dans le don de lait maternel, sont la solution la plus sûre, car ils respectent des normes strictes de contrôle et de sécurité.
Le Ramadan, le jeûne et l'allaitement : perspectives islamiques
Le Ramadan est un mois sacré pour les musulmans, durant lequel ils jeûnent de l'aube au coucher du soleil. Cependant, l'Islam prévoit des exemptions pour certaines catégories de personnes, notamment les femmes enceintes et allaitantes. Si une mère enceinte ou qui allaite craint pour sa santé ou celle de son enfant en raison du jeûne, elle a le droit religieux de rompre le jeûne.
Allah a exempté cette tranche vulnérable du jeûne, car Il sait qu'il peut être difficile pour le voyageur, le malade, la femme enceinte et allaitante. D'après ‘Abdallah Ibn ‘Omar, le Prophète a dit : « Certes Allah aime que l’on profite de ses facilités comme Il aime que l’on délaisse ce qu’Il a interdit ».
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Cheikh Ibn Outhaymine a été interrogé sur le cas de la femme enceinte et de celle qui allaite :
- Si le jeûne ne leur est pas pénible et qu'elles n'en craignent pas les effets sur leurs enfants, elles doivent observer le jeûne.
- Si elles craignent les effets du jeûne sur elles-mêmes ou leurs enfants, elles peuvent ne pas observer le jeûne. Certains savants estiment même que si elles craignent pour leurs enfants, l'observance du jeûne leur est interdite.
Les ulémas divergent quant à la compensation pour les jours de jeûne non observés :
- Certains estiment qu'elles doivent effectuer un jeûne de rattrapage (avis de l'imam Abou Hanifa).
- D'autres pensent que si elles craignent pour elles-mêmes, elles n'auront qu'à effectuer un jeûne de rattrapage, mais si elles craignent pour leurs enfants, elles doivent effectuer un jeûne de rattrapage et nourrir un pauvre pour chaque jour (avis des imams Ahmad et Chafii).
- Un troisième avis est qu'elles peuvent se contenter de nourrir un pauvre pour chaque jour non jeûné (avis d'Abd Allah ibn Abbas).
Il est donc essentiel de se référer à une autorité savante ou à l'Imam de sa région et de consulter un médecin pour déterminer si le jeûne est possible pendant la grossesse ou l'allaitement, en fonction de l'état de santé de la mère et de l'enfant.
Impact du jeûne sur l'allaitement maternel
La recherche scientifique indique que le jeûne à court terme n'affecte généralement pas la production de lait maternel. Le corps de la femme qui allaite semble s'adapter métaboliquement pour maintenir la production de lait. Cependant, certaines études ont montré que le jeûne peut entraîner une diminution de certains nutriments (zinc, magnésium, potassium) dans le lait maternel et affecter l'état nutritionnel de la mère.
Il est donc crucial que la femme allaitante soit à l'écoute de son corps et de son bébé. Si elle constate des difficultés, il est préférable de renoncer au jeûne pour préserver sa santé et celle de son enfant.
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Quand la maman allaitante ne doit-elle pas jeûner ?
D'un point de vue religieux, la femme qui allaite ne doit pas jeûner si elle craint pour sa santé ou celle de son enfant. Certains savants estiment même qu'il est mal d'ignorer cette permission. Allah dit : « Allah a l’intention de vous soulager et n’a pas l’intention de vous faire souffrir… »
Plusieurs paramètres individuels sont à prendre en considération :
- La période de l'année où tombe le Ramadan (durée du jeûne).
- La situation de la maman (congé parental ou reprise du travail, entourage aidant ou non, autres enfants à charge).
- L'alimentation de la maman (équilibrée ou non, possibilité de se reposer).
- L'état de la lactation (bien lancée ou non).
- L'état du bébé (malade, poussée dentaire, pic de développement, rythme de tétées).
Il est déconseillé de jeûner les six premiers mois de l'enfant, car il dépend entièrement du lait maternel. Si la maman décide de jeûner malgré tout, elle doit être très attentive aux signes de baisse de lactation et peser son bébé chaque semaine.
La mère de lait en Islam : conditions et implications
Dans la tradition islamique, une mère de lait (nourrice) est une femme qui allaite un enfant qui n'est pas biologiquement le sien. Cette pratique a des implications religieuses et juridiques importantes. La plupart des musulmans considèrent que l'allaitement maternel est un droit accordé par Allah à l'enfant.
Les quatre écoles juridiques sunnites (Hanafite, Malikite, Shafi'ite et Hanbalite) partagent des principes communs concernant les conditions pour qu'une femme soit considérée comme une mère de lait, mais il existe des variations spécifiques :
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- École Hanafite : Toute tétée, même unique, suffit à établir la relation entre la femme qui allaite et l'enfant. L'allaitement doit avoir lieu avant que l'enfant atteigne ses 2 ans et directement au sein.
- École Malikite : Une femme est considérée comme mère de lait dès lors qu'elle a allaité distinctement un enfant qui n'est pas le sien.
- École Shafi'ite : La mère de lait doit allaiter à cinq reprises l'enfant avant ses 2 ans. Chaque tétée doit être complète et distincte.
- École Hanbalite : Les cinq tétées doivent être complètes et nécessaires pour considérer une femme comme mère de lait. L'allaitement doit avoir lieu avant l'âge de 2 ans.
Toutes les écoles s'accordent sur le fait que l'allaitement doit se faire avant l'âge de 2 ans. Les écoles Malikite et Hanafite n'imposent pas plus d'une tétée, tandis que les écoles Shafi'ite et Hanbalite en requièrent cinq.
Le témoignage de personnes est nécessaire dans certaines situations complexes pour attester du lien d'affiliation par le lait. La mère de lait doit reconnaître devant des témoins qu'elle a allaité.
Conséquences de la relation de parenté par l'allaitement
Si une femme allaite un enfant au moins une fois (selon l'école juridique suivie) avant l'âge de 2 ans, l'enfant devient son enfant de lait et devient mahram pour elle. Cela signifie que l'enfant ne pourra pas se marier avec la nourrice, ni avec les enfants biologiques de sa mère de lait.
La relation de nourrice ne crée pas de droits d'héritage entre la nourrice et l'enfant allaité, contrairement à la relation de parenté biologique.
Avantages d'être une mère de lait en Islam
Être une mère de lait présente plusieurs avantages pour la famille et l'enfant :
- Les filles n'ont pas besoin de porter le hijab devant leurs frères de lait.
- Les frères de lait peuvent récupérer leurs sœurs de lait sans être accompagnés d'un mahram.
- La mère biologique a moins d'appréhension à laisser son bébé, sachant qu'il sera nourri et bien pris en charge.
- La solidarité et l'entraide au sein de la communauté sont renforcées.
Les banques de lait maternel : une solution controversée
Les banques de lait maternel, qui collectent, contrôlent et redistribuent le lait de donneuses, existent dans plusieurs pays. Cependant, elles suscitent des controverses dans les sociétés musulmanes en raison des implications liées à la relation de parenté par l'allaitement.
Certains estiment que le risque de mariages interdits entre frères et sœurs de lait est trop élevé, car il est difficile de suivre la trace des donneuses et des receveurs. D'autres, comme le gouvernement turc, cherchent des solutions pour apaiser les inquiétudes et encourager le don de lait maternel, tout en respectant les principes islamiques.
Certains érudits estiment que l'interdiction du mariage par l'allaitement est liée à la "maternité nourricière", qui s'accomplit lorsque l'enfant tète le sein de sa nourrice et que sa joue entre en contact avec le sein. Dans le cas des banques de lait, cette condition n'est pas remplie, ce qui pourrait justifier leur licéité.
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