Les dons de moelle osseuse, de gamètes et de sang sont essentiels pour répondre aux besoins croissants et favoriser le succès des greffes. Cependant, on observe des disparités significatives entre les sexes en matière de dons. Cet article se penche sur les différences entre le don de sang et le don de spermatozoïdes, en explorant les raisons de ces disparités et les implications pour l'avenir.
Disparités entre les sexes dans les dons
Sans raison explicite, les hommes sont moins nombreux que les femmes à donner leur moelle osseuse, leurs gamètes ou encore leur sang. Or, leurs dons sont cruciaux pour faire face à des besoins croissants et favoriser le succès de greffes. En juin 2023, le registre national des donneurs volontaires de moelle osseuse était composé à 35 % par des hommes et 65 % par des femmes. Un écart constaté depuis de nombreuses années, selon l’agence de biomédecine, qui gère ce registre.
Don de moelle osseuse
Les centres de greffes s’orientent vers des donneurs masculins dans plus de 70 % des cas. Une greffe réalisée à partir d’un prélèvement de cellules de moelle osseuse effectué chez un homme optimise nettement les chances de réussite. Chez les femmes, des anticorps sont développés naturellement lors de chaque grossesse, complexifiant la bonne tolérance du greffon de moelle osseuse après la greffe pour le malade. Puisqu’ils sont absents chez les hommes, le risque de complication est réduit. Lorsqu'ils ont le choix entre deux greffons compatibles, "les centres de greffe vont donc privilégier systématiquement un donneur homme", souligne la Dr Faucher.
L'agence constate sur le terrain que les hommes se questionnent davantage que les femmes sur les modalités de prélèvement. Dans 80 % des cas, il s’agit d’un prélèvement sanguin. Le prélèvement par ponction dans les os postérieurs du bassin, une intervention qui se fait alors sous anesthésie générale, ne s’effectue que dans 20 % des cas.
Don de sang
Dans une moindre mesure, le don du sang illustre aussi une différence entre hommes et femmes: selon l'Établissement français du sang (EFS) en 2022, 46,5% des donneurs étaient des hommes contre 53,5% des femmes. Les dons des hommes représentent toutefois 52% du total, ces derniers pouvant donner leurs concentrés de globules rouges jusqu'à 6 fois par an contre 4 fois pour les femmes. Des études publiées par plusieurs équipes de nationalité différente convergent vers certaines explications, selon l'EFS, notamment des comportements altruistes valorisés chez les femmes dès le plus jeune âge.
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Don de gamètes
En 2022, 990 femmes ont été candidates pour donner leurs ovocytes, alors que 764 hommes ont donné leur sperme. Ces chiffres, en hausse, restent toutefois insuffisants face à des besoins croissants, notamment en spermatozoïdes, explique l'agence de biomédecine. En 2021, la loi de bioéthique a évolué pour permettre l'accès à la procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux couples de femmes. Conséquence, "depuis deux ans, la demande de PMA avec don de spermatozoïdes a été multipliée par 7,5", déclare Marine Jeantet, la directrice générale de l'agence de la biomédecine.
Le don de spermatozoïdes : un don spécifique
Le don de spermatozoïdes est une démarche encadrée qui répond à des besoins spécifiques. Certaines personnes ne peuvent pas avoir d’enfant, parce que l’homme souffre d’infertilité ou d’une maladie génétique ou tout simplement parce que ce sont des couples de femmes ou des femmes seules. Il est alors possible de faire appel à un don de spermatozoïdes.
Qu'est-ce qu'un spermatozoïde ?
Le spermatozoïde est une cellule masculine nécessaire pour la reproduction. Si la femme se trouve au moment de l’ovulation, plusieurs centaines de milliers de spermatozoïdes gravitent alors dans l’une des deux trompes de Fallope pour rejoindre un éventuel ovocyte. Depuis plusieurs années, le don de sperme est l'une des techniques utilisées pour procéder à une insémination artificielle, qui est l'un des moyens permettant de réaliser une PMA.
Le parcours du donneur de spermatozoïdes
Après un premier rendez-vous informatif concernant le don, le donneur doit signer un formulaire de consentement et se soumettre à quelques examens médicaux (prises de sang, consultation génétique). Un premier recueil peut se faire au tout début. Il permet de vérifier la qualité des spermatozoïdes et la présence d’éventuelles infections. Le donneur peut alors venir au moment où son emploi du temps professionnel et familial l’autorise et selon les horaires d’ouverture du centre. Le sperme est obtenu par masturbation. Six mois après le dernier don, d’autres tests sont effectués à la recherche d’éventuelles autres infections (VIH).
Qui peut bénéficier d'un don de spermatozoïdes ?
La personne s’adresse généralement d’abord à un gynécologue qui le guidera vers un Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme (CECOS). Celui-ci vérifie que la demande respecte les conditions légales d’accès au don (couple hétérosexuel, couple de femmes, femmes seules). Les femmes ménopausées ne peuvent accéder à ce don. Il y a ensuite un entretien avec l’équipe médicale pour répondre aux questions, pour prendre conscience des différences au niveau de la paternité.
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Anonymat et accès aux origines
Depuis le 1er septembre 2022 et la modification de loi relative à la bioéthique, le donneur de gamètes n'est plus totalement anonyme. Un enfant né de dons pourra, s'il le souhaite au moment de sa majorité, accéder aux données non identifiantes du donneur (âge, caractéristiques physiques, situation professionnelle…) où à son identité. Il faut noter que l’accès aux données non identifiantes ou à l’identité du donneur ne peut émaner que de l’enfant, une fois sa majorité atteinte, et jamais directement des parents.
Qui peut donner ses spermatozoïdes ?
Tout homme, même s'il n'est pas père, peut faire don de son sperme. A condition toutefois de satisfaire aux deux critères édictés par le code de la santé publique : il doit être âgé de moins de 45 ans et être bien sûr en bonne santé.
Gratuité du don
Depuis 1976, il est interdit de vendre son sperme en France. C’est pour cela qu’on parle de don de spermatozoïdes. Le don de gamètes est donc un acte gratuit.
Campagnes de sensibilisation et perspectives d'avenir
Face à ces disparités et aux besoins croissants, l'agence de biomédecine a lancé une campagne de communication ciblant exclusivement les hommes de 18 à 35 ans, dont le point d'orgue sera la journée mondiale pour le don de moelle osseuse.
Depuis un an, les donneurs de gamètes (spermatozoïdes et ovocytes) doivent consentir à ce que les enfants puissent à leur majorité demander l’accès à leur identité ainsi qu’à des données non identifiantes les concernant. Un décret paru cet été a fixé au 31 mars 2025 la date limite d'utilisation du stock de paillettes (les tubes de conservation des gamètes) constitué lorsque le consentement à la levée de l'anonymat n'était pas obligatoire.
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L’Agence de la biomédecine positionne la discussion au cœur de ses préoccupations pour faire taire les idées reçues. Qu’ils soient en attente d’un don, nés d’un don, qu’ils aient reçu un don ou qu’ils aient donné, découvrez leurs réponses aux questions que tout le monde se pose.
Questions fréquentes sur le don de gamètes
- On est obligé-e d’avoir eu un enfant pour donner ses gamètes ? Non.
- Faire un don ne diminue pas les chances de grossesses ultérieures.
- Qu'est-ce qu'un gamète ? Un gamète est une cellule de la reproduction. Il correspond à l'ovocyte ou ovule chez la femme et au spermatozoïde chez l'homme.
- Combien d'ovocytes une femme peut-elle donner ? Une donneuse, après stimulation ovocytaire, pourra donner une dizaine d’ovocytes environ qui serviront à une voire deux receveuses.
- Quelles sont les limites d'âge pour donner ? Il est possible de donner de 18 à 37 ans pour une femme et de 18 à 44 ans pour un homme, à condition d’être en bonne santé.
- Le don est-il anonyme ? Le donneur ne connaît pas le receveur et inversement, le receveur ne connaît pas le donneur. La nouvelle loi de bioéthique permet uniquement un droit d’accès aux origines. Seules les personnes issues d’un don pourront si elles le souhaitent demander à avoir accès à l’identité de leur donneur et à ses données non-identifiantes.
- Le don est-il rémunéré ? En France, tous les dons d’éléments du corps humain : don de sang, d’organes, de gamètes… sont strictement encadrés par la loi et toujours gratuits, sans contrepartie. Le don repose sur un principe de solidarité.
- Qu'en est-il des personnes nées grâce à un don fait avant le 1er septembre 2022 ? Cela sera soumis à l’accord du donneur. Pour les dons réalisés après le 1er septembre 2022, l’accord sera un prérequis au don.
- Femme célibataire ou en couple avec une autre femme, puis-je recevoir un don ? Depuis le 2 août 2021, l’AMP est possible pour toutes les femmes. Auparavant, elle était réservée aux couples hétérosexuels rencontrant un souci de fertilité. Désormais, les couples de femmes et les femmes seules peuvent y recourir. La diversité en dons doit pouvoir refléter la diversité de la société.
- En tant que receveur, est-ce que je peux choisir mon donneur ? Non.
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