Le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Rennes, autrefois un fleuron de la neurochirurgie, est aujourd'hui secoué par une crise profonde. Des témoignages poignants révèlent un climat de terreur et de harcèlement moral, menant à une perte de chance pour les patients et à la dévastation d'une équipe médicale autrefois respectée.
Un Service de Neurochirurgie au Bord du Gouffre
Le service de neurochirurgie du CHU de Rennes a été marqué par le départ de 17 chirurgiens depuis 2013. Seules les urgences et les pathologies pédiatriques y sont désormais prises en charge. La raison de cette hémorragie ? Un management toxique exercé par deux professeurs, qualifié de « féodal » par un praticien, et des comportements délétères connus de la hiérarchie depuis des années.
En mars 2023, la direction du CHU a saisi le procureur de la République pour harcèlement moral et sexuel sur six internes, déclenchant une enquête préliminaire. Les auditions se sont multipliées, révélant un tableau sombre de brimades, d'humiliations, de violence verbale et de harcèlement sexuel.
Selon l'Isni, il est démontré de « la récurrence de comportements et de propos complètement inadaptés de la part de messieurs Xavier Morandi et Marco Corniola ». Les neurochirurgiens qui ont fui le CHU de Rennes justifient tous leur départ par une mise en danger de leur santé physique et mentale.
Témoignages de Souffrance et de Désespoir
Les témoignages des soignants dépeignent une ambiance de travail insoutenable. Le Dr Éric Seigneuret, arrivé en 1997, a tenu sept années avant de claquer la porte, détruit par le harcèlement moral. Il décrit une situation où il était devenu le souffre-douleur du Pr Morandi, subissant des phrases assassines et une pression constante.
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Le Dr Pierre-Jean Le Reste, arrivé en 2008, a fait front pendant treize ans avant de quitter le service en 2022. Il se souvient d'une époque où les jeunes médecins fermaient leurs gueules, bossaient dur, soumis et éreintés après une dizaine de jours de travail d'affilée sans souffler. Il décrit un rythme de travail inhumain, incompatible avec la sécurité des patients.
Le Dr Jean Lefebvre, filmé en 2013 dans la série documentaire « Médecins de demain », a témoigné de la violence psychologique qu'il a subie lors de son passage à Rennes. Il décrit une situation où toute critique se terminait en humiliation, une ambiance de travail où la souffrance était la norme.
Maltraitance Psychologique et Mise en Danger des Patients
La maltraitance psychologique ne se limitait pas aux médecins. Une infirmière en poste au début des années 2000 a été témoin de scènes éloquentes où le neurochirurgien humiliait les uns et les autres sur leur physique ou leurs capacités. Elle témoigne également de propos sexistes et sexuels adressés aux jeunes externes.
L'épuisement et le stress causés par ce management toxique ont eu des conséquences directes sur la qualité des soins. Le Dr Jean Lefebvre confesse avoir commis une erreur médicale grave en raison de son état d'exténuation, mettant en danger la vie d'un patient. Le Dr Le Reste a également vécu une situation similaire, où il a pensé avoir pris une mauvaise décision médicale en raison de son état psychologique.
Même l'hôpital reconnaît « une augmentation du nombre d'événements indésirables » dans un document interne du 29 novembre 2023. Le Dr Michel Galliez constate une flambée des infections postopératoires, un signe révélateur d'un service en surchauffe avec des gens usés, à bout, moins vigilants.
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L'Impunité et le Silence de la Hiérarchie
Malgré les nombreux signalements et alertes, la hiérarchie du CHU est restée silencieuse pendant des années. Jérôme Guy, infirmier anesthésiste et représentant du syndicat Sud, résume la situation : « Depuis le début des années 2000, Morandi agit avec le soutien de la direction du CHU et de la faculté, ils l'ont laissé installer son comportement autoritaire sans jamais l'arrêter. »
Ce silence complice a permis au Pr Morandi et au Pr Corniola de continuer à exercer leur pouvoir destructeur, en toute impunité. Les victimes de harcèlement moral et sexuel ont été laissées à leur propre sort, sans soutien ni protection.
Des Conséquences Désastreuses
La crise au CHU de Rennes a des conséquences désastreuses pour les patients, les soignants et l'image de l'établissement. La fuite des chirurgiens a entraîné une réduction de l'offre de soins et une perte d'expertise. Le climat de terreur et de harcèlement a affecté la santé mentale et physique des soignants, mettant en danger la sécurité des patients.
L'affaire du CHU de Rennes est un exemple frappant des dérives possibles du management dans le milieu hospitalier. Elle souligne la nécessité de mettre en place des mécanismes de prévention et de signalement efficaces pour lutter contre le harcèlement moral et sexuel, et de garantir un environnement de travail sain et respectueux pour tous les soignants.
Nécessité d'une Réforme Profonde
La crise au CHU de Rennes met en lumière la nécessité d'une réforme profonde du système de management hospitalier. Il est impératif de promouvoir une culture du respect, de l'écoute et de la bienveillance, où les soignants se sentent soutenus et protégés.
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Il est également essentiel de renforcer les mécanismes de contrôle et de sanction pour lutter contre les comportements abusifs et garantir que les responsables rendent compte de leurs actes. La sécurité des patients et le bien-être des soignants doivent être au cœur des préoccupations de la direction des établissements de santé.
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