Nous vivons aujourd'hui dans une société d'hyperconnexion, où la grande majorité d'entre nous sommes hyperconnectés. Cette hyperconnexion se manifeste par le temps considérable que nous passons quotidiennement devant divers supports numériques : tablettes, ordinateurs, smartphones, télévisions et consoles de jeux. Ce temps, appelé « temps écran », englobe aussi bien l'usage des écrans dans la sphère professionnelle que personnelle. Si la cyberdépendance touche des personnes de tous âges, elle concerne particulièrement les jeunes. Une exposition excessive aux écrans chez l'enfant peut entraîner des risques, notamment sur le cerveau encore en développement.
Pourquoi les enfants sont-ils attirés par les écrans ?
Les enfants et les adolescents recherchent souvent le divertissement lorsqu'ils se connectent. Les jeux vidéo et les réseaux sociaux sont deux sources majeures d'attraction. Selon une étude du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) menée en 2020, 64 % des enfants de 10 à 14 ans jouent régulièrement à des jeux vidéo, et 20 % d'entre eux y consacrent plus de deux heures par jour. De même, une étude de 2020 de l'ONG britannique Royal Society for Public Health révèle que les réseaux sociaux sont la deuxième activité préférée des jeunes de 12 à 15 ans, juste après la télévision. La révolution numérique a transformé les familles, et les écrans ont envahi les chambres des enfants.
Les dangers de l'exposition excessive aux écrans
L'addiction aux écrans peut avoir des conséquences néfastes sur la santé physique et mentale des jeunes. Une étude de 2019 de l'Université de Californie à Los Angeles a montré que les jeunes qui passent plus de sept heures par jour devant un écran présentent une diminution de la substance blanche dans leur cerveau, ce qui peut nuire à leur capacité d'apprentissage et de concentration.
Impact sur le développement du cerveau et l'apprentissage
Les enfants surexposés aux écrans ont plus de risques de souffrir d'un retard de langage. Une étude récente a mis en évidence l'impact à long terme d'une exposition importante aux écrans dans les premières années de vie, montrant que chaque heure supplémentaire passée devant la télévision par un enfant en bas âge diminuait ses performances scolaires à l'âge de 10 ans, se traduisant par un moindre intérêt pour l'école et une moindre habileté en mathématiques.
Impact sur le bien-être et l'équilibre émotionnel
Une enquête du Public Health England a révélé que les enfants qui passent trop de temps devant les écrans seraient moins heureux, plus anxieux et plus déprimés que les autres. Au-delà de quatre heures par jour, le risque de problèmes émotionnels et d'une mauvaise estime de soi augmenterait considérablement.
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Impact sur le comportement
Les enfants qui passent beaucoup de temps devant des contenus violents (jeux vidéo ou télévision) sont plus agressifs, plus impulsifs et plus enclins à se battre.
Impact sur la santé physique
Une surconsommation d'écrans contribue à réduire le temps consacré aux activités physiques et peut favoriser le grignotage, entraînant une prise de poids. Le temps passé devant un écran réduit les interactions sociales directes, essentielles au développement des jeunes enfants et adolescents. Les enfants risquent de perdre des opportunités d’apprendre à communiquer, coopérer et développer leur empathie. En outre, l’usage excessif des écrans est lié à une augmentation des problèmes de santé mentale chez les adolescents. Les réseaux sociaux, en particulier, exacerbent les problèmes d’estime de soi en exposant les jeunes à des comparaisons sociales constantes. La sédentarité, causée par le temps passé devant la télévision ou un ordinateur, représente un autre risque majeur pour la santé des enfants. Cette absence d’activité physique, combinée à une alimentation souvent déséquilibrée, peut entraîner une obésité infantile, un problème de santé publique croissant. Les enfants qui passent trop de temps devant les écrans sont également plus exposés à des problèmes musculo-squelettiques.
Manifestations d'une dépendance aux écrans chez l'enfant
Un enfant dépendant préfère systématiquement passer du temps sur un écran à toute autre activité, délaissant les jouets traditionnels et les sorties au parc. Il est incapable d'arrêter ou de limiter sa consommation d'écran et n'a pas conscience du caractère parfois violent du contenu qu'il visionne. En cas de privation d'écran, il peut exprimer des formes de chantage ou des menaces graves. Dans la vie de tous les jours, il est souvent violent et nerveux, surtout lorsque l'accès aux écrans lui est restreint, ressentant un sentiment de vide en leur absence.
Symptômes cliniques de la dépendance aux écrans
Les enfants dépendants aux écrans peuvent présenter des symptômes comportementaux tels que la perte de contrôle, l'incapacité à s'arrêter, l'usage du mensonge, le déni du temps passé devant un écran, des négociations permanentes, l'agressivité, le désinvestissement des jouets, des difficultés scolaires, des problèmes relationnels, une fascination pour les images violentes, des difficultés de perception de la réalité et une attitude amorphe loin des écrans.
Ils peuvent également présenter des symptômes physiologiques tels que des troubles du sommeil, une fatigue chronique, des maux de tête, une sécheresse des yeux, des difficultés motrices, un retard de langage, des problèmes de concentration, des troubles de la mémoire, de l'anxiété et des angoisses.
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Conséquences de la dépendance aux écrans
La dépendance aux écrans peut entraîner de sérieuses conséquences sur la vie sociale, l'équilibre psychique et la santé de l'enfant.
Conséquences sur la vie sociale : L'isolement social et affectif peut engendrer des difficultés familiales et sociales. L'enfant peut se replier sur lui-même, se désintéresser de ses relations amicales et négliger sa vie scolaire. Coupé de sa réalité familiale, ludique et scolaire, l'enfant peut s'installer dans un état dépressif. Dans certains cas, il peut devenir une proie facile pour un pédophile sur internet.
Conséquences psychiques : Les enfants peuvent glisser vers une sensation de dépersonnalisation et un mal-être chronique. Les repères ne sont plus les mêmes, le principe de limites devient plus flexible, et l'enfant a de plus en plus de mal à faire la différence entre ce qui est grave et ce qui ne l'est pas.
Conséquences sur la santé : Des études évoquent les conséquences du temps passé devant les écrans sur le développement du cerveau. Si l'enfant acquiert une habileté motrice spécifique aux manettes de jeux, il peut présenter des difficultés graphiques et une mauvaise coordination motrice. On constate également des retards de développement du langage chez les très jeunes enfants.
Comment prévenir et gérer l'addiction aux écrans ?
Il est essentiel de ne pas bannir les écrans mais d'apprendre aux enfants à les gérer en fixant des règles de bon usage dès leur plus jeune âge.
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Limiter le temps d'exposition aux écrans
Il est important d'impliquer l'enfant dans un processus d'autorégulation afin de le rendre autonome et de limiter ses risques de perte de contrôle à l'âge adulte. Serge Tisseron suggère aux parents d'inciter leurs enfants, dès l'âge de 9 ans, à noter dans un carnet le temps passé devant les écrans.
S'intéresser à la pratique numérique de ses enfants
Il est important d'engager un dialogue avec ses enfants et de les accompagner dans leurs découvertes. Cela consiste à parler avec eux de ce qu'ils découvrent à travers les écrans pour les aider à développer leur intelligence narrative, et à les accompagner dans le choix des programmes et jeux.
Donner le bon exemple
Les parents doivent s'imposer une autodiscipline et se déconnecter le soir à la maison, ou à table en famille. Le développement d'un enfant se structure autour de ses capacités d'imitation et d'attention à l'autre. Si ses parents sont captivés par leur téléphone, il aura tendance à s'y intéresser également.
Fixer un cadre et des limites adaptées à chaque âge
L'introduction des écrans dans la vie des enfants doit se faire de façon progressive en tenant compte des besoins propres à chaque âge.
- Avant 3 ans : Éviter la télévision et les écrans non interactifs.
- Entre 3 et 6 ans : Limiter le temps d'écran et éviter de placer un écran dans la chambre de l'enfant.
- Entre 6 et 9 ans : Fixer un temps d'écran autorisé et veiller à ce que l'enfant continue à consacrer du temps à des activités hors écrans.
- A partir de 9 ans : Initier l'enfant à Internet, l'accompagner dans cette découverte et lui expliquer les dangers d'Internet.
Recommandations du Haut Conseil de la santé publique et de l'OMS
En France, le Haut Conseil de la santé publique recommande de proscrire les écrans avant l'âge de 3 ans si les conditions d'une interaction parentale ne sont pas réunies. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommandait en 2019 de ne pas « placer l'enfant devant un écran » avant ses 2 ans et de limiter la pratique à une heure par jour maximum entre 3 et 5 ans.
Stratégies parentales pour limiter l'usage des écrans
Il est important de fixer des limites de temps et des plages horaires pour l'utilisation des écrans, et d'installer un contrôle parental si nécessaire. Il est préférable de privilégier un temps d'écran réaliste dès la mise en place du contrôle parental et d'être souple pendant les vacances, mais ferme en temps scolaire. Communiquer avec l'enfant et essayer de comprendre ses usages, plutôt que d'imposer des règles trop strictes, est essentiel.
Quand consulter un professionnel ?
Si la situation persiste et que les difficultés émotionnelles de l'enfant sont très ancrées, il est conseillé de se faire aider par un professionnel ou de consulter un médecin.
La cyberaddictologie : une aide spécialisée
La cyberaddictologie a pour objet d'aider et d'accompagner les personnes souffrant de dépendance aux écrans. Une thérapie de traitement de l'addiction aux écrans passe généralement par deux étapes :
- 1ère étape : Faire l'état des lieux et établir un diagnostic, en comprenant ce qui est problématique dans la relation de l'enfant avec les écrans. Le rôle du thérapeute est de déculpabiliser l'enfant et de permettre un état des lieux sincère.
- 2nde étape : Reconstruire une relation non addictive avec les écrans, en convenant ensemble d'un objectif de régulation plutôt que de sevrage radical. Le cyberaddictologue va aider l'enfant à reprogrammer son usage des écrans en fonction de ses besoins et de ses goûts.
Initiatives gouvernementales et ressources
Un nouveau groupe de travail rattaché à l'Elysée a la mission d'évaluer l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans et devra rendre ses recommandations en mars 2024. Le gouvernement a adopté une loi visant à instaurer une majorité numérique et à lutter contre la haine en ligne (loi n° 2023-566 du 7 juillet 2023), fixant la majorité numérique à 15 ans pour s'inscrire sur les réseaux sociaux.
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